Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Bouc-émissaire Variant omicron : l’Afrique du sud rafle la mise au ban

il y a 5 mois, par Info santé sécu social

Grâce à la qualité de ses instituts de recherche, le pays a pu identifier une nouvelle souche de coronavirus. Mais la suspension des lignes aériennes qui en découle suscite un sentiment d’injustice et menace l’économie.

par Patricia Huon, correspondante à Johannesburg
publié le 28 novembre 2021

« L’excellence scientifique doit être applaudie et non punie. » Les mots du ministère sud-africain des Affaires étrangères, dans un communiqué publié samedi, reflètent le sentiment d’injustice qui prévaut en Afrique du Sud. Le 24 novembre, le pays signalait à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) l’identification d’un nouveau variant du Covid-19, jugé « préoccupant ». Dans la foulée, de nombreux pays, dont la France, ont décidé de suspendre les vols avec l’Afrique australe et d’interdire l’entrée sur leur territoire aux ressortissants étrangers en provenance de la région.

Instituts de recherche de pointe
Ces mesures de précaution drastiques sont perçues comme « hâtives » par les autorités de Pretoria, et par de nombreux Sud-Africains qui ont exprimé leur frustration, ce week-end, sur les réseaux sociaux. « Cette dernière série d’interdictions de voyager équivaut à punir l’Afrique du Sud pour son séquençage génomique avancé et sa capacité à détecter plus rapidement de nouveaux variants », a déploré le gouvernement.

L’Afrique du Sud compte plusieurs instituts de recherche de pointe. Sur Twitter, le virologue Tulio de Oliveira a appelé le monde à ne pas isoler le pays, et le continent, pour avoir sonné l’alarme. Depuis le début de la pandémie, le laboratoire Krisp, qu’il dirige dans la ville côtière de Durban, a séquencé des milliers de génomes du Sars-CoV-2. Les prouesses de son équipe lui ont valu des éloges mondiaux.

Le séquençage génomique n’est pas neuf en Afrique du Sud. Il a été utilisé pour comprendre la transmission du VIH et de la tuberculose, l’évolution des virus et leur résistance à certains médicaments. Des investissements ont été réalisés dans ces recherches, qui pourraient révolutionner la santé publique et améliorer la riposte contre d’autres menaces sanitaires majeures, au-delà du Covid-19.

« On ne peut pas survivre sans clients »

C’est grâce à cette surveillance rigoureuse que les chercheurs sud-africains ont été les premiers à identifier le variant baptisé « omicron » par l’OMS, comme cela a été le cas, en décembre 2020, avec le variant bêta – permettant alors à des scientifiques de découvrir à leur tour un variant proche de ce dernier au Royaume-Uni, puis un autre au Brésil. Cette fois encore, en toute transparence, ils ont alerté leurs homologues à travers le monde.

« Il est naïf de croire qu’imposer des interdictions de voyager à une poignée de pays arrêtera l’importation d’un variant », estime le média en ligne The Daily Maverick. Plusieurs cas d’omicron ont déjà été identifiés en Europe, ainsi qu’au Botswana, à Hongkong et en Israël. Si le virus et ses mutations ne s’arrêtent pas aux frontières de l’Afrique australe, les conséquences de la mise au ban de l’Afrique du Sud et des pays voisins vont peser lourd sur une économie déjà très mal en point.

Les professionnels du tourisme estiment que ces nouvelles mesures vont mettre à genoux le secteur, alors que devait démarrer la saison estivale, avec un retour des voyageurs européens, pour la première fois depuis deux ans. « Nous avions pas mal de réservations pour la période de Noël. Là, nous avons déjà reçu des demandes d’annulation. Et nous n’avons aucune visibilité sur la durée de cette suspension, constate André Laget, directeur de l’agence Akilanga à Johannesburg. Nous avions juste commencé à réembaucher en novembre. Maintenant, nous ne savons pas quelles en seront les conséquences. Les hôtels, les guides, les tour-opérateurs ne peuvent pas survivre des années sans clients. »

Crainte d’une nouvelle vague

L’Afrique du Sud est le pays du continent le plus durement touché par la pandémie de Covid-19, avec un total de près de 3 millions de cas. Parallèlement à la découverte de ce nouveau variant, le nombre de cas positifs a explosé ces derniers jours dans le pays. Plus de 3 000 ont été recensés sur la journée de samedi, contre quelques centaines il y a tout juste une semaine. Si on est encore loin des chiffres enregistrés dans certains pays européens, la crainte d’une nouvelle vague, plus soudaine que prévu, grandit. La période des fêtes de fin d’année, les rassemblements et les déplacements interprovinciaux qu’elle entraîne ajoutent à la difficulté de freiner la courbe ascendante.

Mené par le président Cyril Ramaphosa, le Conseil national de commandement contre le coronavirus s’est réuni ce week-end. De nouvelles restrictions pourraient être introduites. L’Afrique du Sud fait à nouveau face à des choix difficiles. « Nous implorons les non-vaccinés de se faire vacciner, en particulier les personnes âgées et celles présentant des comorbidités », a déclaré Michelle Groome, de l’Institut national des maladies transmissibles. A ce jour en Afrique du Sud, seuls 35 % des adultes éligibles sont totalement vaccinés.

Les scientifiques sont désormais dans une course contre la montre pour analyser des centaines d’échantillons récemment collectés, afin d’avoir une idée de l’étendue de la propagation de ce nouveau variant dans le pays, et de tenter de comprendre si ses mutations le rendent plus contagieux, plus létal, ou susceptible d’être résistant aux vaccins existants.