Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération (CheckNews) - Covid-19 : que sait-on de l’efficacité des vaccins contre les variants britannique et sud-africain ?

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

Une moindre efficacité de certains vaccins contre le variant sud-africain est soupçonnée suite à la présentation de données préliminaires. Ces recherches doivent toutefois être approfondies.

Aucune donnée disponible ne suggère, pour l’heure, que les vaccins actuellement sur le marché seraient inefficaces contre le variant 501.V1 (dit « britannique », ou « B.1.1.7 ») du Sars-CoV-2. Il semble en effet que le système immunitaire des vaccinés reconnaisse et neutralise les protéines des virus mutés.

En revanche, des doutes subsistent encore concernant le variant 501.V2 du virus (aussi appelé « B.1.351 »), identifié en Afrique du Sud en décembre. Les mutations sont-elles suffisamment importantes pour que le virus passe, en tout ou partie, sous les « radars » du système immunitaire des vaccinés ? Ces derniers jours, des résultats communiqués par divers laboratoires invitent à la vigilance.

Vaccin AstraZeneca : pas de preuve d’efficacité, à ce jour, contre le variant sud-africain.
Ce 7 février, les autorités sanitaires d’Afrique du Sud ont interrompu le démarrage d’une campagne de vaccination avec le vaccin Oxford-AstraZeneca. La raison : la présentation de résultats préliminaires interrogeant l’efficacité de ce vaccin contre 501.V2.

Ces travaux de recherche ont été menés auprès de 1 467 volontaires sud-africains, dont 717 avaient reçu les deux doses du vaccin AstraZeneca, et deux doses d’un placebo pour 750 autres volontaires. Le suivi a été réalisé alors que le variant 501.V2 était en circulation majoritaire sur le territoire. L’analyse a porté sur l’apparition de cas symptomatiques modérés recensés à partir de la deuxième semaine suivant la seconde injection (correspondant au délai attendu pour que l’immunisation vaccinale soit achevée). Les auteurs ont recensé 23 cas de Covid-19 dans le groupe placebo, et 17 dans le groupe vacciné, chiffres très proches qui ne permettent pas de conclure que le vaccin est efficace. En effet, de tels résultats auraient pu être observés si le vaccin n’était pas efficace, ou avec une efficacité très réduite. Toutefois, avec si peu de participants, il est difficile de détecter l’effet d’un vaccin dont l’efficacité existerait, mais serait plus faible que les 60 % minimum escomptés par les chercheurs.

Autrement dit : à partir de ces résultats, on ne peut pas estimer le taux d’efficacité réel du vaccin AstraZeneca contre le variant sud-africain. Mais les données ne donnent pas non plus d’indice d’efficacité.

La petite étude sur le vaccin d’AstraZeneca a été réalisée par l’équipe du Pr Shabir Madhi, du centre VIDA, à l’université de Wits. Ce même centre a orchestré des essais sur les vaccins produits par Novavax (NVX-CoV2373) et Johnson & Johnson.

Novavax et Johnson & Johnson : des communiqués qui suggèrent au moins un minimum d’efficacité
Dans un communiqué diffusé fin janvier, Novavax affirme que les résultats préliminaires d’un essai clinique sur 15 000 volontaires britanniques concluent à un taux d’efficacité important du vaccin, estimé entre 74,2 % et 95,4 %. Le laboratoire précise que « des analyses préliminaires indiquent que la souche britannique […] a été détectée dans plus de 50 % des cas de symptomatiques confirmés par PCR » et que des tests concluent que « l’efficacité du vaccin s’élève à 95,6 % [pour les souches qui étaient en circulation avant l’apparition du variant anglais, ndlr] et à 85,6 % pour le variant anglais ». Toutefois, les auteurs ne précisent pas les marges d’erreurs attachées à ces résultats. De ce fait, rien n’indique que ces chiffres trahissent une réelle perte d’efficacité du vaccin face au variant britannique.

Toujours selon Novavax, les résultats d’un premier essai clinique en Afrique du Sud (sur 4 400 volontaires) aboutissent à une efficacité du vaccin estimée autour de 60 % (29 cas dans le groupe placebo contre 15 dans les vaccinés), mais avec des marges d’erreurs importantes qui pourraient placer la vraie valeur entre 20 % et 80 %. Ce vaccin semble donc toujours posséder une certaine efficacité, bien qu’il soit difficile d’estimer si elle équivaut à celle conférée contre les autres variants.

Ces annonces n’ont pas encore fait l’objet d’une publication dans des revues scientifiques avec revue critique par des experts indépendants.

Le lendemain de l’annonce de Novavax, Johnson & Johnson a également publié un communiqué concernant son vaccin mono-injection, développé par Janssen Pharmaceutical Companies. Un essai international sur 43 783 participants, dont 6 576 en Afrique du Sud, conclurait à une réduction de 66 % des formes modérées à graves, et de 85 % de formes graves. Le détail de ces chiffres (et l’incertitude associée) n’a pas été communiqué. L’entreprise affirme que le taux de protection « était généralement uniforme » dans toutes les régions étudiées, « y compris en Afrique du Sud où presque tous les cas de Covid-19 (95 %) étaient dus à une infection par le variant B.1.351 ».

Vaccin Pfizer-BionNTech : des essais en éprouvettes
Mi-janvier, des expériences en laboratoire ont suggéré une possible diminution de la capacité des anticorps des vaccinés (par Pfizer ou BioNTech) à neutraliser les mutations. Dans ces études, le plasma de patients vaccinés était exposé à des pseudotypes du SARS-CoV-2, c’est-à-dire des virus bénins modifiés pour présenter des protéines caractéristiques des variants préoccupants. Ces essais suggéraient qu’une plus grande quantité d’anticorps étaient nécessaires pour neutraliser les virus porteurs des mutations sud-africaines. Néanmoins, les chercheurs restaient globalement prudents sur l’interprétation de ces résultats sur pseudotypes.

Ce 8 février, une équipe étasunienne a présenté dans la revue Nature Medicine les résultats d’expériences in vitro sur la réaction de plasma de personnes vaccinées par Pfizer sur des modèles du virus qui présentent plusieurs mutations importantes du variant sud-africain. Les auteurs concluent que les anticorps des vaccinés sont capables de neutraliser les portions de protéines porteuses des fameuses mutations. Toutefois, rien ne prouve encore que cette neutralisation soit aussi efficace in vivo, sur les variants réellement en circulation.

Fin janvier, d’autres expériences en laboratoire sur le plasma de personnes vaccinées avec le traitement de Moderna ont suggéré que la capacité de neutralisation face au variant sud-africain était « diminuée », mais qu’elle restait significative.