Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Confinements : un énième suspense à en perdre l’horizon

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Les vingt départements placés la semaine dernière en « surveillance renforcée » doivent découvrir ce jeudi, lors de la conférence de presse du Premier ministre et du ministre de la Santé, s’ils subiront le même sort que les Alpes-Maritimes et Dunkerque.

publié le 3 mars 2021

Désigner l’autre rive, celle où il fait bon vivre, celle où les bars, les restos, les cinés, les musées sont ouverts, et même évoquer la possibilité d’y accoster « dès la mi-avril »… Tout en annonçant d’ici là des « semaines de remous, de gros temps, des semaines difficiles ». C’est l’exercice périlleux auquel s’est livré Gabriel Attal, mercredi à la sortie du Conseil de défense sanitaire et du Conseil des ministres. Le sort des vingt départements placés en « surveillance renforcée » par Jean Castex la semaine dernière (confinement le week-end ou pas ?) avait pourtant été tranché par Emmanuel Macron dans la matinée.

Mais le gouvernement a voulu se laisser encore du temps « pour affiner les décisions en lien avec les élus locaux et observer les toutes dernières indications épidémiologiques », précise un ministre avant la traditionnelle conférence de presse prévue pour jeudi 18 heures, au cours de laquelle le Premier ministre devrait mettre un terme à cet énième suspense. « Le nombre de contaminations augmente. Ce n’est pas une explosion, ce n’est pas une hausse exponentielle, mais c’est une montée continue et préoccupante », a tout de même prévenu Attal. « Les semaines qui arrivent vont être difficiles », avait déjà alerté Castex mardi, devant les députés LREM.

De fait, les « services de réanimation sont pleins à craquer », selon l’expression du porte-parole du gouvernement, ancien conseiller de l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine sous François Hollande. Plus de 70 % des lits sont actuellement occupés par des patients positifs au Covid. Fidèle à son approche « régionalisée » de la situation, Emmanuel Macron a encore opté pour du cas par cas, territoire par territoire. Certains des vingt départements sous surveillance devraient même échapper à un nouveau serrage de vis, la situation restant stable. D’autres, en revanche, pourraient subir le même sort que le littoral des Alpes-Maritimes et que Dunkerque (Nord), déjà reconfinés les week-ends. Même si une source gouvernementale affirmait mercredi soir à l’AFP et à plusieurs autres médias que seul le Pas-de-Calais serait en réalité concerné.

Une mesure « inhumaine »
Puisque l’approche territorialisée choisie par le chef de l’Etat implique par principe une négociation avec les élus, les barons locaux y sont allés de leur point de vue ces derniers jours, plus ou moins discrètement. Le Pas-de-Calais a réclamé à grands cris un confinement de tout le département pendant trois week-ends d’affilée. Renaud Muselier, président de la région Sud (ex-Paca), a dit non pour les Bouches-du-Rhône et le Var. Valérie Pécresse a fait savoir qu’elle n’était pas contre verrouiller la région Ile-de-France le week-end, à condition qu’il n’y ait pas d’autres solutions. Et la maire de Paris, Anne Hidalgo, a pour sa part refusé cette mesure « inhumaine », tout en proposant de mettre à disposition les parcs de la capitale pour que les professeurs puissent donner leurs cours en plein air.

Ces deux dernières dirigeantes se sont entendu dire la même chose lundi, lors de réunions successives avec les mêmes interlocuteurs (Didier Lallement, préfet de police de Paris, Marc Guillaume, préfet de région, et Aurélien Rousseau, président de l’Agence régionale de santé) : « Ils ont insisté sur la gravité de la situation dans la région et expliqué qu’un confinement le week-end était la piste privilégiée », rapporte-t-on dans les entourages respectifs. Pécresse avait alerté sur la situation particulière de son territoire face aux trois émissaires du gouvernement : « Il y a dans la région une augmentation du chômage de 15 % en un an alors que dans les autres régions, c’est plus 9 %. » Emmanuel Macron étant de plus en plus sensible aux versants économiques, psychologiques et sociaux de la crise, l’argument peut peser.

« Il faudrait que la vitesse de vaccination dépasse celle de la propagation des variants »
Sur quelle base, au milieu de ces chiffres affolants et autres perspectives de nouvelles restrictions, le pouvoir s’appuie-t-il donc pour promettre « un horizon au bout du tunnel » d’ici « quatre à six semaines » (Macron) ou même d’ici « mi-avril » (Attal) ? Le porte-parole du gouvernement répond que c’est la date avancée par de nombreux scientifiques pour « commencer à percevoir les effets de la vaccination sur la pression hospitalière ». Sauf que la campagne traîne. Même la ministre déléguée à l’Industrie l’a reconnu mercredi. « Le point bloquant, aujourd’hui, c’est les goulots d’étranglement en termes de fourniture de cuves, de fourniture de bouchons, de fourniture de flacons, de fourniture de capsules », a jargonné Agnès Pannier-Runacher, auditionnée à l’Assemblée nationale. « On va accélérer les choses pour que, mi-avril ou début mai, on puisse commencer à rouvrir », promet un conseiller du gouvernement. « Il faudrait que la vitesse de vaccination dépasse celle de la propagation des variants », résume un membre de l’opposition francilienne, qui a assisté aux négociations.

Emmanuel Macron semble avoir confiance en son calendrier. Mercredi à 17 heures, les principaux ministres concernés par la crise sanitaire – dont Olivier Véran (Santé), Bruno Le Maire (Economie et Finances), Jean-Michel Blanquer (Education nationale), Roselyne Bachelot (Culture), Roxana Maracineanu (Sports) – se sont retrouvés à l’Elysée pour expliquer comment ils pourraient, dans chacun de leur secteur, lever les protocoles sanitaires et mettre en place un « pass sanitaire ». Un « pass » pour l’autre rive.