Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Conjoncture sanitaire : données, c’est données

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Enquête flash, nombre d’hospitalisations… Les indicateurs épidémiologiques sont sur une ligne de crête, tandis que le couvre-feu a seulement un « impact limité » sur l’épidémie.

Anaïs Moran

« Très préoccupant. » Si le qualificatif est devenu une rengaine morose à chaque nouvelle flambée épidémique, le « très » employé dans le bulletin de Santé publique France (SPF) cette semaine est lourd de sens. Après quasiment un an de crise sanitaire, deux confinements et moult mesures restrictives, la présence de variants plus transmissibles sur le territoire - notamment le britannique - pourrait faire basculer le pays dans un épisode inédit, et dans ce cas la conjoncture sanitaire ne serait plus « la même histoire », selon les mots de l’épidémiologiste Daniel Levy-Bruhl, responsable de l’unité des infections respiratoires de SPF. « Actuellement, le R effectif est de 1,1. Ce qui signifie qu’on se situe sur un doublement des cas tous les quarante-cinquante jours. Mais ce temps de doublement correspond à une situation dans laquelle les variants ne se diffuseraient pas. Et ce n’est pas malheureusement le scénario que nous privilégions aujourd’hui », a indiqué l’expert lors d’un point de situation vendredi, quelques heures avant un énième Conseil de défense autour du président de la République et l’intervention télévisée du Premier ministre dans la soirée.

« Tendance ». Selon les dernières données consolidées du volet numéro 1 de l’enquête flash, le variant britannique représentait 3,3 % des cas de Covid-19 début janvier. Qu’en est-il depuis ? Lancé mercredi, le second volet devrait livrer dans quelques jours ses premiers résultats d’analyse de tests PCR dits « discordants » - c’est-à-dire qui ont émis un signal suggérant qu’il s’agissait d’un variant. « Tous les soirs, on fait une réunion téléphonique pour faire le point sur les plus de 150 laboratoires qui participent au projet, pour voir où cela en est. Mais c’est trop tôt pour émettre une tendance fiable, fait savoir le coordinateur de l’enquête, Bruno Lina, virologue et membre du conseil scientifique. On espère avoir des données disponibles lundi et il faudra confirmer par le séquençage en fin de semaine prochaine. »

Des chiffres intermédiaires ont fleuri ailleurs, mais l’état des lieux est « partiel et non représentatif de la réelle circulation du variant », a insisté vendredi le directeur des maladies infectieuses à SPF, Bruno Coignard. Mardi, des médecins de l’AP-HP ont annoncé que le variant anglais représentait désormais 10 % des cas dépistés en Ile-de-France depuis deux semaines (contre les 6,9 % définitivement établis le 7 et 8 janvier par l’enquête flash pour la région). Mercredi, c’est le groupe de laboratoires privés Eurofins qui informait que ledit variant concernait 14 % de leurs tests positifs franciliens. Lors d’une conférence de presse jeudi, Olivier Véran s’est emparé du sujet en indiquant que « plus de 2 000 patients par jour » étaient désormais infectés en France par un nouveau variant, sans préciser d’où il tenait cette information. « Ces données traduisent une réalité. La question effectivement est de savoir de quelle réalité il s’agit. […] Car elles sont forcément dépendantes du recrutement des laboratoires, a averti Bruno Coignard. C’est vraiment l’agrégation de données beaucoup plus nombreuses et exhaustives via les enquêtes flash qui vont permettre d’avoir un avis définitif. »

Une chose est en revanche déjà bien établie : si le variant anglais devenait majoritaire sans qu’aucune mesure ne soit prise pour freiner sa circulation, le R effectif pourrait monter jusqu’à 1,65 et conduire à un temps de doublement des cas Covid de seulement huit jours. Un scénario catastrophe, mais improbable, pour Daniel Levy-Bruhl. « On ne va jamais laisser cette situation survenir. On est déjà dans une situation en termes de capacité hospitalière qui commence à être délicate dans beaucoup d’endroits. Une petite augmentation du R déclencherait des actions très fortes, comme vous l’avez bien compris. »

Recul. Les indicateurs épidémiologiques sont sur une ligne de crête. Car le plateau haut dessiné par les différentes courbes depuis le pic de la seconde vague, en novembre, est désormais « montant », a insisté le ministre de la Santé jeudi. Quelque 20 000 cas positifs quotidiens sont diagnostiqués en moyenne ces derniers jours. « Quand on regarde la tendance, cela augmente d’environ 10 % par semaine, en moyenne, depuis trois semaines », a exposé Véran. En suractivité depuis trois mois, le système de santé essuie une pression grandissante cesdernières semaines : 11 155 nouvelles hospitalisations ont été déclarées à SPF pour la semaine du 18 au 24 janvier, contre 9 631 la semaine précédente et 8 872 la première semaine de janvier. Même dynamique pour les admissions quotidiennes en réanimation : la semaine du 18 janvier a comptabilisé 1706 nouvelles entrées, soit + 20 % et + 24 % que les deux semaines antérieures.

A l’aune du trentième jour de la mise en place du couvre-feu anticipé de 18 heures et du quinzième jour de sa généralisation, le gouvernement a considéré que cette mesure n’était pas suffisante pour freiner le Covid. Les analyses publiées jeudi par Santé publique France indiquent qu’il n’a eu qu’un « impact limité » et ne peut « contenir l’évolution défavorable de l’épidémie ». D’où les annonces de Jean Castex de durcir les entrées et sorties du territoire ou de fermer les grands centres commerciaux non alimentaires.