Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - Coronavirus : après l’été, l’inquiétude de la rentrée

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Par Sylvain Mouillard et Anaïs Moran — 25 juin 2020

La France est-elle entrée dans une « drôle de guerre » face à l’épidémie de Covid-19 ? Va-t-elle vivre une période estivale consacrée à panser les plaies creusées par le pic printanier, à scruter attentivement d’éventuels foyers de reprise, tout en reconstituant ses forces pour faire face à une éventuelle « seconde vague » ?

L’hypothèse est considérée par de nombreux scientifiques, alors que l’épidémie semble atteindre un seuil plancher, sans toutefois disparaître (lire ci-contre). Dans une note rendue en début de semaine, les treize membres du Conseil scientifique, l’organisme consultatif mis en place par Emmanuel Macron pour éclairer les décisions publiques, jugent « extrêmement probable » une « intensification de la circulation du Sars-CoV-2 dans l’hémisphère nord à une échéance plus ou moins lointaine (quelques mois, et notamment à l’approche de l’hiver) ».

De nombreuses inconnues subsistent, tant sur la capacité de diffusion du virus dans quelques mois que sur sa virulence. Toutefois, les scientifiques estiment que trois facteurs peuvent contribuer à une reprise de l’épidémie : la circulation encore intense du Covid-19 à l’échelle planétaire, la faible immunité collective de la population française (estimée autour de 5 %), ainsi que l’expérience des pandémies grippales, « qui se sont déroulées en deux ou trois vagues avant d’adopter un rythme saisonnier ». Interrogé le 18 juin par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, affirmait que « le risque d’une vraie deuxième vague venant de l’hémisphère sud, fin octobre, en novembre ou en décembre, doit être considéré ».

Covid-19 : la situation est-elle sous contrôle ?

Dans les colonnes de Libération, l’épidémiologiste Antoine Flahault estimait même qu’une « seconde vague pourrait durer bien plus longtemps que la première, puisqu’elle occuperait toute la saison froide à partir de la fin octobre jusqu’au mois d’avril ». Devant les députés, le professeur Didier Raoult a laissé la porte ouverte à d’autres options, plus optimistes : « Parmi les hypothèses les plus plausibles, il y a celle que cette maladie devienne une maladie saisonnière comme les autres coronavirus ou qu’elle disparaisse comme le Sras purement et simplement. »

De ces approches parfois contradictoires, Olivier Véran a retenu le « risque non négligeable d’une deuxième vague », dans une interview publiée dans le Monde jeudi. « Certains la voient à l’automne, d’autres dans un ou deux ans, voire en 2024, a indiqué le ministre de la Santé. Nous devons préparer le pays à toutes ces hypothèses. » Et d’annoncer viser « a minima 12 000 lits de réanimation dans les hôpitaux », pouvant accueillir au fur et à mesure quelque 30 000 malades en soins intensifs. Bien plus, donc, que les 9 000 lits déployés au plus fort de la première vague. Un scénario à « préparer », selon Jean-François Delfraissy, pour ne pas vivre à nouveau l’improvisation dans l’urgence de mars. Car, martèle-t-il, un reconfinement généralisé « ne sera ni possible, ni souhaitable ».