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Libération - Couvre-feu : claque de fin pour l’exception culturelle

il y a 2 jours, par Info santé sécu social

Par Sandra Onana — 16 octobre 2020

A la veille de la mise sous cloche de neuf métropoles, Jean Castex a refusé toute dérogation pour les cinémas et théâtres. Un coup dur pour la profession, qui était appuyée par la ministre de la Culture.

C’est une fin de non-recevoir et un désaveu pour la ministre Roselyne Bachelot : pas d’exception pour la culture dans le cadre du couvre-feu dans les grandes métropoles françaises, qui entre en vigueur ce samedi à 21 heures. En déplacement à Lille vendredi pour préciser les annonces effectuées par Emmanuel Macron, le Premier ministre, Jean Castex, a fermé la porte à tout assouplissement en faveur des cinémas et théâtres, douchant ainsi les espoirs des professionnels. « Pour être acceptées, les règles doivent être claires et simples, les mêmes pour tous, a-t-il déclaré. Je suis sûr que chacun pourra s’adapter, y compris le monde de la culture. »

En s’entretenant vendredi matin avec le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, pour porter la cause du secteur, Roselyne Bachelot espérait obtenir un passe-droit pour les détenteurs de billets de spectacle ou de cinéma dont les séances s’achèveraient à 21 heures. L’idée était de laisser le temps au public de rentrer chez soi sans être en infraction avec la loi, le ticket faisant foi.

Fermeté
Depuis l’obtention des 2 milliards d’aides à la culture au sein du plan de relance, celle qui se présente dans une interview au Parisien comme une « médiatrice » entre le secteur et le gouvernement s’est ostensiblement illustrée comme une farouche alliée, ayant l’oreille du Président. Pas cette fois. « Je suis contre toute exemption, sauf pour les personnels de santé, les urgences, si vous devez aller voir quelqu’un malade… » assénait Le Maire, vendredi matin sur RMC. Démonstration de fermeté de l’exécutif, que la requête du secteur culturel ne saurait venir affaiblir. Et qui surprendrait presque par sa rudesse, après des semaines de cacophonie dans la préconisation des protocoles, et des efforts immenses, de la part des lieux de culture et des institutions, pour protéger le public.

Pour les acteurs de la culture, ce sont donc les montagnes russes. Le lendemain des annonces présidentielles, alors que les syndicats professionnels plaidaient leur cause auprès des pouvoirs publics, l’espoir était encore vivace. « Autoriser les loisirs culturels est une mesure de salubrité publique », déclarait à Libé la distributrice et productrice Carole Scotta (Haut et Court), espérant au moins voir aboutir les négociations en faveur du maintien de séances de cinémas à 19 heures au lieu de 20 heures (les deux séances du soir représentent 40 % du marché). D’autant qu’aucun cluster n’a été jusqu’ici déclaré dans les salles de spectacles et les cinémas, astreints au protocole sanitaire drastique de la distanciation et du masque obligatoire.

Si Jean Castex assure à la profession que « tous les moyens » seront déployés « pour amortir le choc » de la mesure, les effets attendus sont dévastateurs, et pourraient conduire à des fermetures en masse. Même rompus au diktat libéral de l’adaptation et de la flexibilité tous azimuts, tous les gérants de théâtre ne pourront adapter leurs horaires au couvre-feu et les cinémas redoutent un désengagement massif des distributeurs.

« Compensation »
Ceux-ci auraient en effet économiquement intérêt à annuler leurs sorties, notamment les plus ambitieuses. Ainsi d’Aline, le biopic sur Céline Dion à plus de 20 millions d’euros sur lequel Gaumont joue gros. Après l’annonce de son report, le film d’horreur coréen Peninsula est quant à lui maintenu in extremis en salles mercredi, par solidarité.

« Nous attendons un signal fort des pouvoirs publics, avec une forte compensation des distributeurs pour qu’ils maintiennent leurs films. Sinon, c’est tout l’écosystème des salles qui est remis en cause une deuxième fois », confiait jeudi le président de l’Association française des cinémas d’art et d’essai (AFCAE), François Aymé, à Libération. De son côté, le Syndicat national des entrepreneurs du spectacle (Snes) dénonce dans une lettre ouverte au Premier ministre, publiée vendredi soir, une « situation kafkaïenne » et demande « une exception culturelle qui rend [e] à la culture son caractère unique ». La grande question concernant désormais les spectateurs et la manière dont ils se comporteront avec ces nouvelles contraintes. Ce dont le contexte particulier des vacances scolaires risque d’abord de ne livrer qu’un aperçu en trompe-l’œil. Après la Toussaint, le déluge ?