Europe

Libération - Covid-19 : en Allemagne, cacophonie et incompréhension

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Par Stéphane Roland, intérim à Berlin

Les décisions d’Angela Merkel comme des Länder, tout-puissants en matière de santé, parviennent de moins en moins à convaincre population et virologues.

L’Allemagne n’avait pas vécu une telle cacophonie depuis longtemps. Avec le rebond des infections, qui ont doublé en une semaine (actuellement plus de 4 000 par jour), les 16 régions (Länder) - maîtresses des décisions en matière de santé et de police - renchérissent dans les restrictions pour tenter de garder, à domicile, le contrôle du virus.

Le résultat est une confusion totale. « Les Brandebourgeois viennent à Berlin faire leurs courses, prennent le métro et mangent dans les restaurants. Les Berlinois, en revanche, n’ont pas le droit d’aller passer quelques jours dans un hôtel dans le Brandebourg [autour de Berlin, ndlr] ? Cela n’a aucun sens », s’est emporté Michael Müller, le maire social-démocrate de la capitale.

Punis
Sur fond de pré-campagne électorale (c’est à qui prendra les mesures les plus pertinentes), les responsables des régions continuent de décider, chacun de leur côté, de la durée de la quarantaine, du test obligatoire ou gratuit, du port du masque, de la taille des mariages, du nombre de spectateurs dans les stades de football, de la fermeture des bars, du niveau des amendes… « Les gens n’y comprennent plus rien. Rendez-vous compte : on peut se rendre de Mayence à Cologne mais pas de Cologne à Mayence », a déploré Armin Laschet, président de la puissante région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et successeur potentiel d’Angela Merkel à la chancellerie.

Un nouveau sommet est prévu à Berlin ce mercredi entre les responsables des régions et la chancelière pour « réajuster le tir ». Merkel craint en effet de perdre le soutien de la population à force de réduire les libertés. « Un deuxième confinement s’approche. Il faut trouver rapidement des solutions communes », a prévenu Markus Söder, patron de la Bavière et pressenti lui aussi pour remplacer Angela Merkel en 2021.

Les virologues tirent notamment à boulets rouges sur la nouvelle interdiction d’hébergement des personnes habitant dans les zones rouges (taux d’incidence dépassant les 50 pour 100 000 habitants). D’autant plus que la majorité des experts considèrent que le tourisme ne constitue pas une source de contamination. Beaucoup d’Allemands ont suivi les conseils de leur chancelière qui les exhortait à réserver un séjour « au pays » plutôt que de voyager à l’étranger. Des millions d’Allemands se sentent donc punis aujourd’hui à cause de leur bonne volonté : ils auraient dû partir en Grèce - épargnée actuellement par le retour du Covid-19 - plutôt que de réserver - et annuler - une chambre d’hôtel en Allemagne…

Coma
Quant à Berlin, en zone rouge depuis le week-end dernier, elle a décidé de réduire encore le rythme de sa vie nocturne, déjà dans le coma depuis le début la crise. « Ce n’est toujours pas le moment de faire la fête », a rappelé Michael Müller. Loin de parler de « couvre-feu » (les métros et les habitants peuvent circuler la nuit), le maire a décidé de fermer les bars et les restaurants à partir de 23 heures et d’envoyer plus de policiers dans les parcs et les clubs illégaux pour y déloger les fêtards accusés de favoriser la « deuxième vague » par manque de discipline. « On a fait tout ce qui pouvait être interdit », a confié anonymement un DJ dans le quotidien local Der Tagesspiegel.