Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - Covid-19 : le cri d’alerte de l’OMS face à une pandémie au long cours

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Par Léa Masseguin — 2 août 2020

L’organisation onusienne de la santé estime que les effets du virus se feront sentir « pendant des décennies ». Alors que le confinement a plombé les économies, des manifestations hostiles aux mesures de protection ont eu lieu en Allemagne et aux Etats-Unis.

Une pandémie « très longue », qui pourrait toucher « la plupart des habitants de la planète » et dont les effets « seront ressentis pendant des décennies ». L’Organisation mondiale de la santé (OMS) dresse un bilan alarmiste face à la progression du Covid-19 dans le monde. « Cette pandémie est une crise sanitaire exceptionnelle », a déclaré le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une réunion du comité d’urgence de l’organisation, vendredi.

« De nombreux pays qui croyaient que le pire était passé sont maintenant aux prises avec de nouvelles flambées. Certains pays qui ont été moins touchés au cours des premières semaines voient maintenant le nombre de cas et de décès augmenter. Et certains pays ont réussi à maîtriser des flambées de grande ampleur », a-t-il ajouté.

Le comité d’urgence (composé de 18 membres et 12 conseillers) s’est réuni pour la quatrième fois depuis le début de la pandémie afin de réévaluer les dangers du virus, qui a déjà infecté au moins 17,9 millions de personnes et fait plus de 685 000 morts.

Après un débat et un examen complet des données, il a convenu à l’unanimité que le Covid-19 constituait toujours une urgence de santé publique de portée internationale (le plus haut niveau d’alerte de l’OMS) et a insisté sur la nécessité d’une réponse nationale, régionale et globale.

Pour la seule journée de samedi, plus de 5 500 décès et 260 000 nouveaux cas ont été recensés dans le monde. Les Etats-Unis restent le pays le plus mortellement touché (155 000 décès), suivis du Brésil (93 500), du Mexique (47 500), du Royaume-Uni (46 000) et de l’Inde (37 000). « De nombreuses questions scientifiques ont été résolues, nombreuses sont celles qui attendent encore de l’être », a conclu le Dr Tedros.

Durcissement des mesures
Au niveau national, plusieurs Etats ont d’ores et déjà renforcé les mesures face à la progression du coronavirus. L’Australie (lire ci-contre) a annoncé dimanche un couvre-feu de 20 heures à 5 heures du matin à Melbourne, la deuxième ville du pays, malgré un confinement instauré début juillet. Depuis cette annonce, le hashtag #lockdownMelbourne (« confinement à Melbourne ») est devenu viral sur les réseaux sociaux : « C’est le sentiment le plus étrange de savoir qu’il est illégal de quitter ma maison un dimanche soir à 20 h 45 », a réagi Joe Ball, directeur général de l’entreprise Switchboard Victoria. « C’est le début de la fin pour tant d’entreprises victoriennes. Il sera impossible de s’en remettre », a pour sa part tweeté Sophie Elsworth, chroniqueuse sur les questions financières à News Corporation.

A Melbourne, un couvre-feu contre la seconde vague
En Europe, c’est Bruxelles qui durcit le ton. La Belgique, où le taux de mortalité dû au Covid-19 est l’un des plus élevés du monde (85 décès pour 100 000 habitants), a interdit samedi les « voyages non essentiels » vers plusieurs zones rouges sur le continent. Il sera désormais impossible pour les Belges de voyager vers les régions espagnoles de Navarre, d’Aragon, à Barcelone et à Lérida en Catalogne, dans la région lémanique en Suisse (cantons de Vaud, du Valais, de Genève), dans plusieurs zones de Bulgarie et de Roumanie, ainsi que dans la ville de Leicester (Royaume-Uni) et dans la Mayenne (France). Plusieurs nouveaux foyers de Covid-19 ont été identifiés cette semaine dans ce département français, où le port du masque sera obligatoire dans 69 communes, y compris les lieux publics, à partir de ce lundi.

Rebonds
D’autres pays de la « première vague » constatent une nouvelle intensification de la circulation du virus. A commencer par la Tunisie, qui a enregistré samedi son premier décès du Covid-19 depuis le 17 juin. Un mois après l’ouverture des frontières - sans précautions spécifiques imposées aux voyageurs de pays classés « verts », dont la France, l’Italie ou le Royaume-Uni -, le pays a vu le nombre de personnes contaminées décupler en juillet. Son voisin algérien fait face lui aussi à une augmentation inquiétante du nombre de cas. Le 30 juillet, l’Union européenne a retiré l’Algérie de sa liste des pays exemptés de restrictions de voyage.

A plus de 11 000 kilomètres, le Japon, qui avait été relativement épargné par la pandémie, connaît lui aussi une recrudescence alarmante des cas de Covid-19. Dimanche, Tokyo a confirmé 292 nouvelles infections, après une augmentation de plus de 400 cas au cours des deux derniers jours. La gouverneure de la capitale japonaise, Yuriko Koike, a déclaré vendredi que la ville de 9 millions d’habitants pourrait déclarer l’état d’urgence si la situation se détériorait davantage.

Economies en berne
Plombée par les restrictions et les mesures de confinement, les statistiques économiques mondiales donnent le tournis : la zone euro a enregistré au deuxième trimestre une chute historique de 12,1 % de son PIB (18,5 % en Espagne ; 13,8 % en France, 12,4 % en Italie, 10,14 % en Allemagne), a annoncé vendredi l’Office européen de statistiques. Aux Etats-Unis, le confinement a entraîné un effondrement de 32,9 % du PIB pendant la même période en rythme annualisé. Par rapport au deuxième trimestre 2019, la baisse est de 9,5 %. Avec cette deuxième chute trimestrielle consécutive, la première économie du monde est officiellement entrée en récession.

Mouvements anti-masques
Inutiles, antidémocratiques, liberticides… Les mesures de lutte contre la pandémie sont loin de faire l’unanimité. Aux Etats-Unis, où 60 000 nouveaux cas ont été enregistrés pour le cinquième jour d’affilée samedi, les manifestations anti-confinement aux quatre coins du pays ont fait le jeu de Donald Trump. Mais c’est à Berlin, samedi, qu’ont défilé (sans masques) quelque 20 000 manifestants pour exiger l’abolition des mesures contraignantes. « Nous sommes la seconde vague » ou encore « Résistance » ont-ils scandé, avant d’être dispersés par la police. Les autorités allemandes s’alarment elles aussi d’une lente reprise des infections.