Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - Covid-19 : le feu couve-t-il ?

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Par Luc Peillon — 15 octobre 2020

Avec une hausse des cas quasi ininterrompue depuis le milieu de l’été, et qui s’est accélérée fin septembre, l’exécutif craint une prochaine saturation des hôpitaux sur tout le territoire.

La situation est « préoccupante », mais « nous n’avons pas perdu le contrôle », s’est empressé d’affirmer le Président, jeudi soir, aux premières secondes de son interview sur TF1 et France 2, durant laquelle il a annoncé un couvre-feu dans huit métropoles et en Ile-de-France. Certes, le Covid-19 « recircule très vite partout en Europe et dans notre pays » et il nous « faut réagir », mais il « n’a pas décollé [comme en mars-avril] ».

Un virus « sous contrôle », avec « 20 000 contaminations par jour », et une situation épidémique qui n’est pas celle de la première vague ? Comment, dès lors, justifier une mesure telle que le couvre-feu ? Par la situation hospitalière, a expliqué Emmanuel Macron. Avec des lits en réanimation occupés pour plus d’un tiers par des patients Covid et surtout, l’impossibilité, à l’inverse d’il y a cinq mois, de déplacer des malades d’une région à une autre, dans la mesure où, cette fois-ci, le virus frappe de façon beaucoup plus homogène le territoire.

Justifiés, les arguments du chef de l’Etat ? A l’hôpital, mercredi, les lits en réanimation étaient effectivement occupés, à 32 %, par des patients Covid-19. La situation reste néanmoins contrastée entre l’Ile-de-France (44 %) ou Paca (43,7 %) d’un côté, et la Nouvelle-Aquitaine (15 %) ou la Bretagne (13,6 %) de l’autre. Surtout, elle se dégrade beaucoup moins rapidement que ce qu’avait prévu, fin septembre, l’Institut Pasteur, sur la base de projections hospitalières extrêmement alarmistes et qui ont été revues à la baisse depuis.

Amélioration
Il pourrait, cependant, ne s’agir que d’un répit. Le gouvernement surveille comme le lait sur le feu les contaminations quotidiennes, qui auront un impact quinze jours plus tard sur l’hôpital. Et celles-ci ne sont pas toujours très lisibles. Il est même probable qu’un « coup de feu » récent et inexpliqué des infections ait précipité la décision du gouvernement.

En effet, depuis le milieu de l’été, le nombre de contaminations ne cesse de progresser, mais à un rythme plus lent qu’en février-mars : quelque 2 500 contaminations quotidiennes mi-août, 5 000 fin août, 10 000 mi-septembre. L’épidémie jusqu’ici doublait tous les quinze jours, contre trois à quatre lors de la première vague. De quoi éventuellement s’en sortir - difficilement - en contrôlant les clusters, devait penser l’exécutif, même si, pour pouvoir suivre les chaînes de contamination, celui-ci s’était donné comme limite un seuil de 3 000 à 4 000 contaminations par jour (avec une capacité de 700 000 tests par semaine) au moment du déconfinement.

A compter du 22 septembre, le nombre de nouveaux cas en France s’est même mis à stagner… puis reculer pendant une semaine. Un phénomène que l’on a alors attribué à la baisse - concomitante - du nombre de tests. Sauf que les hospitalisations ont elles aussi flanché par la suite. Une amélioration soudaine et inexpliquée qui pourrait être due aux fortes chaleurs qui ont sévi une semaine plus tôt. Mais tout s’est effondré vers le 30 septembre, avec une courbe repartie plus que jamais à la hausse (davantage qu’avant cette pause), passant de 11 000 à 17 000 cas positifs par jour en deux semaines. Sans que l’on sache, pour autant, si cette inclinaison sera durable. L’exécutif, lui, n’a visiblement pas voulu attendre pour voir.

Cible

Le couvre-feu nocturne est-il pour autant la bonne option ? Le fait est qu’il n’en restait plus beaucoup au gouvernement, désireux de préserver l’économie. Et le reproche fait au Président par Jean-Luc Mélenchon de se tromper de cible, dans un tweet jeudi soir, en arguant que 60 % des contaminations ont lieu au travail et en milieu scolaire, donc en journée, est peu fondé. Du moins sur la base de ces données. Certes, 55 % des clusters en cours d’investigation concernent les entreprises et le milieu éducatif, mais ils ne représentent que 6 % de l’ensemble des contaminations. Reste que le leader de LFI n’a peut-être pas totalement tort. Bien qu’il n’existe pas d’étude définitive sur la dangerosité, en termes de contaminations, des différents lieux, un travail de l’université d’Oxford prépublié fin juillet, concernant huit mesures de lutte contre l’épidémie, estime que la fermeture des écoles et universités est une des plus efficaces.

Luc Peillon