Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Covid-19 : nous sommes fatigués, saoulés et paumés, mais la pandémie est toujours là

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Journal d’épidémie, par Christian Lehmann

publié le 10 mai 2022
« La pandémie de Covid-19 semble terminée : politiques et médias n’en parlent plus, note le collectif Du côté de la science dans un communiqué récent.

La campagne présidentielle aurait pu être l’occasion de faire un bilan. Mais pas un mot, rien ou presque, à tel point que l’on pouvait avoir le sentiment étrange que la crise sanitaire n’avait jamais eu lieu. Après avoir vécu pendant deux ans à travers le prisme du Covid-19, ne plus en parler serait une façon non seulement de tourner la page, mais de l’arracher du livre. Après chaque vague épidémique, on avait déjà observé un phénomène similaire de déni de la situation pandémique. Mais cette fois-ci, l’occultation prend un tour massif. »

La situation a changé. Nous ne sommes plus en 2020, quand une population naïve et sans défense face à un virus émergent s’est retrouvée confinée, dans un contexte de pénurie de masques, de tests, et de surcharge hospitalière. Nous ne sommes plus en 2021, quand la campagne vaccinale commencée très lentement avait réussi, injection après injection, à protéger progressivement la population, permettant d’espérer la fin du cauchemar récurrent. Nous sommes en 2022, bousculés par l’apparition successive de nouveaux variants qui semblent destinés à nous refaire passer à chaque fois dans la lessiveuse du Covid. Nous sommes fatigués, saoulés, et paumés. Fatigués par la persistance du virus, saoulés par les directives contradictoires, et paumés parce qu’aux avanies liées à l’apparition de variants dont la virulence et la contagiosité rebattent à chaque fois les cartes, et donc les recommandations pour s’en prémunir, s’ajoute le flot constant de désinformation véhiculé dans les médias et sur les réseaux sociaux par des gens dont le Covid semble être la seule et dernière légitimation de leur existence.

Incertitude permanente
Nous sommes dans une situation mouvante d’incertitude permanente, amenant certains à nier la persistance de l’épidémie, d’autres à craindre les interactions sociales. Comment savoir si nous sommes protégés, et dans quelle mesure, quand les antivax ont promis la mort ou « le sida à part entière (sic) » aux vaccinés sous trois mois, et que Didier Raoult refait un tour de piste dans les médias pour répéter : « La durée de protection de ce vaccin dans la situation actuelle est d’un mois et demi pour les formes graves. » Après avoir très tôt affirmé que personne ne voudrait d’un vaccin contre le Covid, puis qu’être vacciné augmenterait le risque d’être infecté à cause d’anticorps facilitants – deux affirmations qui ne reposent sur rien – le directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée n’en est pas à sa première tentative de manipuler l’opinion. Qu’en est-il aujourd’hui ? Que sait-on de l’efficacité du vaccin à l’heure actuelle ?

Les variants en circulation, essentiellement omicron, ont réussi à contourner en partie la protection contre l’infection et sa transmission. Là où face au virus « originel » une double vaccination ARNm diminuait fortement et durablement le risque infectieux, omicron a changé la donne. La protection contre l’infection semble durer dix à douze semaines après chaque injection avant de décliner de manière importante. Mais la protection contre les formes graves, pouvant nécessiter l’hospitalisation voire la réanimation, reste extrêmement importante. Les études britanniques en population l’estiment à 95% après schéma vaccinal complet, avec une baisse à 80% au bout de 250 jours. Ceci signifie qu’une personne vaccinée est protégée temporairement, pendant un peu plus de deux mois, contre le risque d’attraper et de transmettre le Covid, mais reste ensuite fortement protégée pendant près de huit mois contre les formes graves.

Si omicron infecte un vacciné, cette infection semble relancer durablement une immunité contre d’autres sous-variants, comme si dans ce cas omicron faisait effet de dose de rappel. Cependant, par lui-même, omicron ne confère pas une immunité durable, ce qui signifie qu’une personne non vaccinée qui contracte un Covid omicron n’est pas protégée par une réinfection avec un autre variant dans les mois qui suivent. D’où l’existence de plus en plus fréquente de patients infectés à de multiples reprises.

Le monde d’après n’est pas bienveillant
Ceci met en évidence l’une des failles majeures de la stratégie choisie en France par l’exécutif. Nous avons abandonné les masques en lieu clos, nous n’avons engagé quasiment aucune réflexion sur l’aération et la qualité de l’air intérieur, nous avons quasiment invisibilisé Sars-CoV-2, en décrétant en période électorale que puisque la tension hospitalière baissait, la pandémie était derrière nous. Nous avons cessé de suivre l’épidémie, relâché la politique de tests, accepté de ne pas comptabiliser les réinfections précoces, considéré que le Covid était « un rhume », mettant en grande difficulté tous ceux qui contractent actuellement un Covid symptomatique et rechignent à s’arrêter plus de cinq jours alors qu’ils sont épuisés…

Le monde d’après le Covid devra être bienveillant, avait ainsi énoncé Emmanuel Macron pendant la campagne, comme si ce monde était déjà là. Ce n’est pas le cas. Le Covid est toujours là, et la stratégie française a tout misé sur la vaccination. Une vaccination qui constitue un beau succès, dont on oublie souvent qu’il a été porté par le volontarisme des soignants engagés et des maires et agents des collectivités qui ont depuis près de dix-huit mois géré les centres vaccinaux au gré des directives contradictoires des Agences régionales de santé et de la Direction générale de la santé. Mais une vaccination qui comporte des points de fragilité.

Rappelons qu’un pourcentage non négligeable de personnes âgées de plus de 80 ans parmi les plus vulnérables (près de 10%), n’est toujours pas vacciné, et constitue de ce fait 45% des personnes hospitalisées. Que la quatrième dose des personnes âgées se heurte à une communication très peu volontariste, et à la fermeture progressive de la quasi-totalité des centres vaccinaux, alors même que les soignants en ville, médecins, infirmiers, pharmaciens, croulent sous la charge en période de désertification médicale. Rappelons enfin, et surtout, que la campagne de vaccination des enfants en France est un calamiteux fiasco, et que six mois après son début, nous plafonnons autour de 7% d’enfants vaccinés, quand certains de nos voisins européens avaient vacciné plus de 50% de leurs enfants dès le mois de janvier.

Méfiance injustifiée mais compréhensible
Il existe nombre d’explications à cet échec : la crainte du gouvernement d’une instrumentalisation politique par les antivax, l’incapacité à communiquer sur l’absence au niveau international de signal d’effets secondaires chez les 5-11 ans avec une dose pédiatrique plus faible (le manque de transparence sur les rares complications à type de myocardite chez l’adolescent à l’été 2021 a contribué à instiller une méfiance injustifiée mais compréhensible, tant il n’est pire ennemi d’une campagne de santé publique que l’absence de transparence), et enfin le fait que pendant le premier trimestre 2022, la circulation virale à l’école a été si importante qu’un très grand nombre d’enfants a été infecté, tandis qu’un discours rassuriste martelait que cela servirait au final l’immunité collective de la population. Nous savons maintenant qu’il n’en est rien, qu’omicron n’entraîne pas une immunité durable, et que la seule conséquence d’une infection par omicron chez un non vacciné est le risque de faire une forme symptomatique voire un Covid long.

Dernière population à risque, dont on parle peu : les dialysés et les cancéreux, dont la vaccination a parfois beaucoup tardé, dont les rappels ne sont pas systématiquement proposés. Combien de patients dialysés, cancéreux, immunodéprimés, ont-ils confié n’avoir pas été conseillés en ce sens par le médecin qu’ils considèrent être leur référent ? « On m’a dit que c’était trop tôt, ou que j’étais trop faible, que ce n’était pas sûr. » Ce type de désinformation a des conséquences dramatiques, en éloignant d’un schéma vaccinal complet des patients parmi les plus à risques. Pourtant, alors que de nouveaux variants omicron déferlent en Afrique du Sud, et que de nombreux exemples étrangers nous montrent que le degré de vaccination d’une population conditionne sa résistance à une nouvelle vague omicron, il semble à nombre de politiques, pénurie oblige, plus urgent de songer à réintégrer les soignants ayant refusé la vaccination que de poursuivre et systématiser l’effort vaccinal.