Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Covid Face à l’obstination de Blanquer, les écoles veulent limiter la classe

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Confrontés à des contaminations galopantes, les établissements scolaires se vident, les parents retirent leurs enfants et les professeurs malades ne sont pas remplacés. Mais le ministre de l’Education reste sur ses positions.

Publié le 28 mars 2021

C’est décidé, Noelia ne remettra pas ses deux filles dans leur petite école à Chambost-Longessaigne, dans le Rhône, ce lundi. « Officiellement, elles sont malades. Il y a dix élèves positifs dans l’établissement, plus une enseignante. Hors de question qu’elles y remettent les pieds alors que le papa fait partie des personnes à risque », affirme cette mère de famille de 33 ans. Les deux petites, en moyenne section et CP, ne retourneront pas en classe « au moins jusqu’aux vacances scolaires ». Avec son mari Stéphane, Noelia espérait encore en fin de semaine dernière la fermeture prochaine de toutes les écoles. Mais non, le ministre de l’Education nationale n’en démord pas : elles resteront ouvertes, coûte que coûte. Jean-Michel Blanquer l’a encore répété vendredi, lors d’une conférence de presse convoquée en urgence : « C’est un objectif fondamental. Les jeunes ont besoin du système scolaire. »

« Volonté farouche de minimiser les situations »
L’annonce reste en travers de la gorge de Noelia : « C’est irresponsable, pour nos enfants, pour leurs familles et pour les enseignants. » Il faut dire que les derniers chiffres publiés par le ministère de l’Education nationale, vendredi, n’ont rien de rassurant. L’épidémie se répand au galop dans les écoles, avec plus de 21 000 élèves contaminés en une semaine (contre 15 000 sept jours plus tôt). Depuis le début du mois de janvier, le taux d’incidence chez les 0-19 ans a quasi quadruplé, alors qu’il a doublé dans l’ensemble de la population. Quelque 3 256 classes sont fermées et 148 établissements scolaires affichent porte close.

Ça, ce sont les chiffres officiels. Certains établissements n’accueillent plus d’élèves mais restent curieusement ouverts, histoire de ne pas trop faire grossir les chiffres. Exemple en Seine-et-Marne, où seize écoles et 101 classes sont fermées selon l’académie de Créteil. « C’est une communication mensongère avec une volonté farouche de minimiser les situations, assure Thierry Grignon, co-secrétaire départemental du Snuipp-FSU. On a trois écoles quasi vides avec des équipes enseignantes positives au Covid ou cas contact et presque pas de remplaçants. Dans l’une d’elles, un seul a été dépêché pour quelque 120 élèves. Alors les familles préfèrent garder leurs enfants chez elles et le remplaçant s’est retrouvé avec cinq élèves ! » Encore plus absurde : ses collègues du Snes, majoritaire dans le secondaire, rapportent le cas d’un collège et d’un lycée qui n’accueillent plus d’élèves mais qui restent officiellement ouverts. Raison invoquée par la direction académique : la continuité pédagogique. Les élèves travaillent en distanciel et les profs peuvent donner des cours de chez eux ou depuis l’établissement scolaire.

« Il faut mettre tout le monde à l’abri »
Face à la hausse des cas, de plus en plus de voix s’élèvent parmi les politiques et les scientifiques pour fermer les écoles, au moins en avançant de deux semaines les vacances scolaires de Pâques, comme le propose la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse. Mais selon Jean-Michel Blanquer, « il n’est pas démontré que cela améliore la situation ». Le ministre n’a finalement annoncé vendredi qu’un seul changement. Dans les 19 départements reconfinés, chaque classe sera désormais fermée dès qu’un élève sera testé positif au Covid, au lieu de trois jusqu’à présent, sauf en maternelle où les petits ne portent pas de masque. La mesure s’applique dès lundi pour tous les niveaux, de la petite section de maternelle à la terminale.

Concrètement, « les cas déclarés ce week-end et signalés par les parents, de même que les élèves testés jeudi ou vendredi et dont le résultat est rendu par les labos ce week-end ou ce lundi, déclenchent seuls la fermeture », précise le cabinet du ministre à Libération. Les parents d’élèves concernés auront droit à un arrêt de travail de leur employeur pour garder leurs enfants. « Ce n’est pas du tout suffisant. Dans les départements non confinés, on a aussi de nombreuses alertes où il faut mettre tout le monde à l’abri pour casser les chaînes de contaminations », regrette Guislaine David, co-secrétaire générale Snuipp-FSU. Etonnamment, cette nouvelle mesure ne comprend pas non plus les profs. S’ils sont testés positifs, le ministère précise que « la classe ne ferme pas forcément, car ils portent le masque devant les élèves et ne déjeunent pas avec eux ». La classe peut donc « généralement rester ouverte et le professeur est remplacé durant la période d’isolement ».

« Il y a très peu de remplacements »
Une réponse très optimiste alors que, sur le terrain, c’est le branle-bas de combat pour combler les trous. « Dans le second degré, en temps normal, seules les absences de plus de quinze jours sont remplacées, et il y en a peu. Alors avec le Covid, qui entraîne en général des absences plus courtes, il y a très peu de remplacements », souligne Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU. Résultat : les élèves loupent de plus en plus de cours. Dans les établissements du premier degré, quand les enfants ne peuvent pas rentrer chez eux, ils sont dispatchés dans d’autres classes, alors que les brassages doivent à tout prix être évités. Autre solution : le recours à d’autres membres du personnel, comme les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) ou des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).

Dans les rectorats « concernés par les situations de tension, […] il y aura des remplacements supplémentaires », assure Jean-Michel Blanquer, évoquant la possibilité de recourir aux listes complémentaires, c’est-à-dire aux étudiants qui ont passé le concours de professeurs des écoles et l’ont raté de peu. « Dans le Nord, on trouve 450 postes non remplacés. On a 60 personnes sur la liste complémentaire, mais, à cette époque de l’année, elles font autre chose, préparent un concours ou ont trouvé du boulot ailleurs, remarque Alain Talleu, le cosecrétaire départemental du Snuipp-FSU. Il nous faut des contractuels, mais on ne va pas en trouver autant en claquant des doigts. » Le ministère de l’Education nationale avait annoncé, fin novembre, la possibilité de recruter jusqu’à 6 000 enseignants du premier degré et 8 000 assistants d’éducation (AED) dans le second degré. « Mais ce ne sont pas aux surveillants de remplacer les profs ! s’agace Sophie Vénétitay. L’Education nationale bricole pour faire croire que tout va bien. »

A Drancy, les profs se retirent

En Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France et l’un des plus touchés par l’épidémie, des enseignants exercent leur droit de retrait depuis la semaine dernière. Vingt-deux classes du lycée Eugène-Delacroix de Drancy sont par exemple fermées ce lundi – 35 élèves et une dizaine de personnels ont été testés positifs. Les personnels ont dénoncé, dans une lettre ouverte, « une situation alarmante » et réclament la fermeture immédiate du lycée : « Tout est allé très vite, on a l’impression d’être au cœur d’un cluster. Vu la vitesse à laquelle ça se répand, il faut fermer temporairement et passer en distanciel le temps que ça se calme », insiste Aline Cottereau, professeure de lettres modernes. Elle explique ne pas se sentir « très à l’aise » sur place et pense surtout aux familles des élèves. « En un an, on a déjà vingt parents de ce lycée qui sont décédés du Covid. On ne peut pas savoir s’ils ont été contaminés par leurs enfants, mais cela démontre toute la vulnérabilité de ces familles défavorisées. On ne peut pas les mettre davantage en danger. » Ce lycée, comme tous les autres dans les départements où le virus circule le plus, est passé en demi-jauge. Mais la mesure n’est toujours pas généralisée dans les collèges. « Une aberration », pour le Snes-FSU, qui estime que les mesures ne sont pas à la hauteur de la gravité de la crise sanitaire.