Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - Covid : le télétravail abandonné malgré la « deuxième vague »

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Par Aurore Savarit-Lebrère et Victor Boiteau — 14 octobre 2020 à

Si les entreprises ont recouru massivement au télétravail pendant le confinement, cette pratique a chuté depuis la rentrée. En dépit des recommandations pressantes de l’exécutif, et de la progression de l’épidémie de Covid-19.

Le télétravail, « effet positif » de la crise sanitaire ? C’est ce qu’espérait le Premier ministre à la fin de l’été. Après le confinement du printemps, Jean Castex estimait même que le travail à distance des salariés était devenu un « fait de société » dans une France où le présentéisme était jusqu’alors le mode de gestion des ressources humaines privilégié. A l’époque, alors que les indicateurs du Covid n’avaient pas repris leur courbe ascendante, le chef du gouvernement avait énoncé un « principe simple » : pas d’obligation mais « on repart au travail et cela peut être tout à fait du télétravail ». Six semaines plus tard, c’est beaucoup plus compliqué.

Avant le confinement, seules 8% des entreprises avaient développé le télétravail, selon les données de l’Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH). En 2017, 3% des salariés pratiquaient le travail à la maison au moins une fois par semaine, selon des derniers chiffres disponibles de la Dares, l’organisme de statistiques du ministère du Travail. Devenue une pratique répandue durant les mois de confinement, le télétravail a concerné plus de 5 millions de personnes, selon un sondage Odoxa-Adviso Partners publié en avril dernier. Et au total, près de huit entreprises sur dix ont instauré le télétravail durant le premier semestre 2020, selon une enquête de la Confédération des petites et moyennes entreprises (Cpme). Une nouvelle manière de travailler, plébiscitée par les entreprises : sur les 132 DRH interrogés par le cabinet Willis Towers Watson au début de l’été, 98% déclaraient que les salariés appréciaient notamment de ne plus utiliser les transports en commun, gagnant du temps et réduisant leur stress en période de pandémie.

Mais après le déconfinement, le nombre de télétravailleurs a drastiquement chuté. Selon une étude du cabinet YouGov pour les Echos publiée fin août, seulement 15% des personnes en situation d’emploi travaillaient à domicile, contre 27% au printemps dernier. Et début octobre, un nouveau sondage Odoxa-Adviso Partners pour France Info est venu confirmer la mort lente de ce « phénomène de société » vanté par Jean Castex : 14% de télétravailleurs réguliers seulement dont 4% ne se rendent pas du tout dans leur entreprise et 10% alternent entre bureau et domicile.

Retour à la voiture ou adoption du vélo
Ce retour à la situation préconfinement semble se confirmer aussi en étudiant la fréquentation des transports franciliens. Sur le réseau Ile-de-France mobilités, elle est passée de 25% à la sortie du confinement à 60% en octobre. L’établissement public met néanmoins en garde : cette reprise de la fréquentation ne signifie pas pour autant une diminution du télétravail car la crise sanitaire a encouragé d’autres modes de transports. Retour à la case voiture pour certains, pour éviter la foule dans les bus et les métros, ou adoption du vélo pour aller au bureau.

Depuis septembre, à mesure que l’épidémie progressait de nouveau, l’exécutif s’est fait plus pressant. Le télétravail doit être une pratique « encouragée » et dont « il ne faut pas avoir peur », ajoutait Olivier Véran, ministre de la Santé, fin septembre. Mais toujours aucune mesure imposant le travail à distance. « En zone d’alerte renforcée et maximale, les employeurs et salariés doivent, autant que possible, recourir au télétravail », expliquait ensuite la ministre du Travail, Elisabeth Borne, le 5 octobre. Mais toujours pas de mesures contraignantes pour les entreprises. Deux jours plus tard, une nouvelle circulaire ministérielle adressée aux fonctionnaires mentionnait que « la pratique du télétravail [devait] être incitée très fortement par les employeurs ». L’incitation pourrait-elle devenir obligation, au vu des mauvaises statistiques sanitaires et de l’explosion des « clusters » dans la sphère professionnelle ? Emmanuel Macron doit préciser la stratégie de l’exécutif face à la nouvelle vague de l’épidémie mercredi soir.

Modalités du travail à domicile à négocier
« Les incitations n’ont pas été suivies d’effets spectaculaires, constate sobrement Carole Chapelle, secrétaire générale adjointe de la CFDT Fonction publique interrogée par Libération. Le recours au télétravail n’est pas spontané chez les employeurs. Ce n’est pas naturel. Et le management de confiance est plus difficile à mettre en place dans le public. » Dans le public comme pour le secteur privé, les syndicats réclament un cadre plus clair. Plusieurs réunions se sont tenues ces dernières semaines entre le patronat et les organisations syndicales. Objectif : encadrer les pratiques de télétravail, qui, même hors confinement, a connu un essor considérable ces dernières années. « On est passé de 2% de télétravailleurs en temps normal dans le service public à 60% pendant le confinement », appuie Carole Chapelle.

A la demande des syndicats, le Medef a convenu d’une « négociation », les 3 et 23 novembre prochains, soit dans trois semaines alors que les données sanitaires deviennent de plus en plus alarmantes chaque jour. Autour de la table, les partenaires sociaux doivent discuter des modalités relatives au travail à domicile : droits des salariés, protection des données, équipements de travail. Face à la pandémie, tout le monde s’est en effet organisé comme il pouvait : les salariés travaillant souvent avec leur matériel personnel et les entreprises mettant en place des normes sanitaires dans l’urgence (gel, masques, bureaux réorganisés). Les syndicats espèrent que la deuxième vague de télétravail sera plus encadrée.

Aurore Savarit-Lebrère , Victor Boiteau