Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Covid long : les malades remuent le couteau dans l’après

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Récit

Des mois après leur contamination, de nombreuses personnes présentent encore des symptômes. Aussi variés qu’inexplicables, ils sont souvent invalidants et le corps médical a du mal à les traiter.

publié le 23 mars 2021
Ce sont les galériens du Covid. Des contaminés qui, vingt jours après l’infection, n’ont pas vu venir la guérison. Tant s’en faut : un an après avoir été contaminés, certains traînent toujours des symptômes inexpliqués, parfois invalidants. A l’appel de l’association de malades Après J20, forte de près de 600 membres, les plus révoltés s’affichent ces derniers jours sur Twitter, pancarte matricule en main : « Céline, 39 ans, J363 » ; « Sandrine, 46 ans, J354 » ; « Anaïs, 27 ans, J356 » ; mais aussi « Alex, 14 ans, sept mois »… Tous souffrent de Covid long, maladie reconnue par l’Organisation mondiale de la santé le 21 août, mais que les scientifiques peinent toujours à cerner. « Même si, à l’origine, elle n’a pas nécessité d’hospitalisation, l’infection entraîne chez certains des troubles prolongés et récurrents, qui ne sont pas dus à une complication post-Covid ou à la décompensation d’une pathologie antérieure, explique le professeur Dominique Salmon-Ceron, qui, dès le mois de mai, a ouvert une consultation à l’Hôtel-Dieu, à Paris, pour suivre ces patients atteints de forme longue. Cela peut être la perte de l’odorat, l’asthénie [la fatigue extrême sans rapport avec l’effort, ndlr], des troubles neurologiques et cognitifs, des tachycardies, mais aussi des lésions cutanées… » Une affection à géométrie très variable qui, selon l’infectiologue, toucherait majoritairement des femmes (âge médian de 45 ans) présentant des terrains allergiques.

Combien souffrent de ces séquelles post-Covid et pendant combien de temps ? Nul ne le sait avec exactitude. Dans son dernier avis, le 11 mars, le Conseil scientifique estime qu’« entre un tiers et deux tiers des patients, quel que soit leur âge, ont encore des symptômes quatre mois après leur contamination par le virus ». Dans une étude publiée le 8 janvier dans la revue scientifique The Lancet, des chercheurs chinois avancent même que, sur 1 733 patients hospitalisés pour Covid, 76 % présentaient au moins un symptôme six mois après l’infection. « Mais ce qui est vrai pour des patients hospitalisés, qui ont fait une forme grave du Covid, ne se vérifie pas forcément en population générale, nuance le docteur Olivier Robineau, au service des maladies infectieuses de l’hôpital de Tourcoing (Nord). Comme au printemps, la plupart des personnes infectées mais pas hospitalisées n’ont été ni testées ni suivies, on manque de données fiables. L’autre difficulté, c’est que les symptômes du Covid long ne sont pas spécifiques à cette maladie : il y a beaucoup de causes possibles à une fatigue extrême ! »

Une résolution votée à l’Assemblée

Le médecin estime toutefois qu’« a minima, 5% à 10 % des contaminés conservent plusieurs symptômes après six mois ». Soit plusieurs centaines de milliers de personnes. Et, pour une partie d’entre elles, les troubles relèvent du handicap quotidien. Une situation d’autant plus préoccupante que la prise en charge de cette pathologie nouvelle est souvent défaillante. Les rares structures hospitalières qualifiées sont prises d’assaut et débordées. Déroutés par une maladie mal identifiée, les praticiens de ville sont, eux, prompts à mettre le mal-être de leurs patients sur le compte d’une dépression passagère. « Faute de réponses, les malades sont souvent condamnés à l’errance médicale, note le professeur Salmon-Ceron. J’en ai reçu un qui avait vu dix spécialistes – neuro, cardio, rhumato, pneumo, psy… – sans résultat. Il est difficile de faire comprendre à une personne en souffrance qu’il ne sert à rien de faire des examens qu’on ne sait pas interpréter ! »

Faute de mieux, la Haute Autorité de santé a publié le 12 février des fiches d’aide au diagnostic à destination des médecins de ville. « L’objectif, c’est que les généralistes apprennent à mieux connaître et prendre en charge cette maladie », indique Pauline Oustric, présidente d’Après J20, qui a contribué à leur rédaction. Occulté jusqu’à présent par la pandémie, le Covid long relève déjà du problème de santé publique. Les députés l’ont compris en votant à l’unanimité, le 17 février, une résolution afin de reconnaître et prendre en charge ces complications à long terme. « Les patients sont satisfaits qu’on ait reconnu leur souffrance spécifique, et posé un cadre, se félicite la députée LREM Patricia Mirallès, elle-même atteinte de Covid long. Même si ce texte n’a pas de valeur contraignante, le gouvernement est désormais tenu de réfléchir aux moyens d’améliorer la prise en charge de la maladie et le retour au travail. » Et à dégager des moyens financiers pour permettre aux scientifiques d’identifier les marqueurs de la maladie et trouver un traitement.