Europe

Libération - En Allemagne, la péridurale, c’est pour les « chochottes » ?

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

Par Johanna Luyssen, correspondante à Berlin — 30 juin 2020

« C’est possible d’avoir une péridurale en Allemagne. Mais il faut beaucoup insister. » « Ma compagne a demandé une péridurale à Berlin, qu’elle n’a jamais eue. » De nombreux récits d’accouchements en Allemagne évoquent cette pratique, rare outre-Rhin et très fréquente en France. Un quart des Allemandes y auraient recours, en partant du principe que donner la vie, c’est mieux « au naturel ».

Quitte à se montrer particulièrement culpabilisant : dans un reportage de RFI, par exemple, une sage-femme franco-allemande évoque l’une de ses collègues disant à ses patientes, lors de la préparation à l’accouchement, qu’opter pour la péridurale, c’est comme abandonner le bébé, parce que lui souffre, à l’inverse de la future accouchée.

Alors que pour les Françaises, la péridurale peut être vue comme une avancée médicale, voire féministe, en Allemagne, c’est un peu le signe d’une faiblesse. Un épisode de l’émission d’Arte Karambolage décrit bien cette différence culturelle. « L’idée que la réussite de ton accouchement repose entièrement sur toi grandit dans ton ventre en même temps que ton bébé », raconte la journaliste. Tu enfanteras dans la douleur, et tu t’efforceras de ne rien en montrer pour réussir ton accouchement - douteuse obsession, n’est-ce pas ? « Décidément, ces Allemandes, ce sont des vraies superwomen, et les Françaises, de belles chochottes », ironise la journaliste d’Arte.

L’idée se ressent jusque dans le vocabulaire. En allemand, la salle d’accouchement est appelée Kreißsaal, du moyen haut allemand krizen (« gémir », « crier »). Un réjouissant programme, qui peut donner l’impression qu’accoucher en Allemagne, c’est un aller simple pour l’an 1092, avec une tisane d’orties pour stimuler les contractions.

Mais il ne s’agit pas non plus de faire de l’Allemagne un pays insensible à la condition des femmes qui accouchent. La période post-partum y est ainsi davantage prise en compte qu’en France. Notamment via le Wochenbettbetreuung, les soins d’après-naissance : une sage-femme rend visite chaque jour à l’accouchée, afin de prodiguer des conseils sur la prise en charge du bébé.