Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - En attendant de relocaliser, Sanofi continue de supprimer des postes

il y a 2 jours, par Info santé sécu social

Par Christophe Alix — 26 juin 2020

Le laboratoire avait affiché, il y a dix jours en présence d’Emmanuel Macron, le retour en France de certaines de ses productions. Il a annoncé vendredi un plan de mille départs volontaires.

On peut très bien voir ses ventes dopées par la crise du Covid-19, se proclamer « au cœur de la reconquête de la souveraineté sanitaire », annoncer en grande pompe des centaines de millions d’euros d’investissements pour les vaccins dans l’Hexagone en y créant une nouvelle usine et s’apprêter à supprimer 1 000 emplois dans le même pays. C’est le « en même temps » version Sanofi, poids lourd du CAC 40, qui fait partie des sept groupes français qui ont décidé de maintenir le versement intégral de leurs dividendes en 2020, pour un montant, en hausse, de presque 4 milliards d’euros.

« Volontariat »
Dix jours pile après la visite d’Emmanuel Macron dans son usine de Marcy-l’Etoile, dans le Rhône, où le Président avait annoncé un premier train de mesures visant à relocaliser la production de médicaments en France avec 200 millions d’euros à la clé, l’annonce de Sanofi n’a pas vraiment surpris les syndicats habitués, comme le dit un élu, au « bal des restructurations permanentes ». « Les autorités françaises savaient qu’on avait une réorganisation à mettre en place », indique Olivier Bogillot, président de Sanofi France. Celui-ci présente le plan comme la déclinaison de la nouvelle stratégie arrêtée en décembre après l’arrivée du Britannique Paul Hudson à la tête de la multinationale qui emploie 100 000 collaborateurs dont 25 000 en France. Il prévoit le départ de 1 700 personnes en Europe, dont un millier dans l’Hexagone. De quoi générer 2 milliards d’euros d’économies d’ici à 2022 en tirant un trait sur la recherche dans le diabète et les maladies cardiovasculaires, deux secteurs dans lesquels Sanofi considère qu’il n’est plus compétitif. Les départs, « exclusivement basés sur le volontariat », s’étaleront sur trois ans et concernent des CDI pour la plupart, notamment des « fonctions support, commerciales et des plateformes liées à la recherche », a détaillé Bogillot sans préciser les mesures d’accompagnement, qui devraient être annoncées lundi. « On n’est pas du tout dans un plan qui suivrait la crise du Covid, comme on peut le voir dans d’autres secteurs », a-t-il précisé.

Selon Sanofi, qui se présente comme le plus gros investisseur en recherche et développement du CAC 40 - et touche 150 millions d’euros par an d’argent public en crédit d’impôt recherche - l’avenir de ses activités en France est aux vaccins, dont il est un des leaders mondiaux, aux traitements anticancéreux et à la data science.

« C’est la poursuite du démantèlement du groupe et de l’externalisation des activités », a réagi Thierry Bodin, de la CGT, selon lequel la firme veut réduire son portefeuille de médicaments, de 300 actuellement, à seulement une centaine en ne conservant que les plus rentables. Selon la CFDT, première organisation syndicale du groupe, le plan prévoit le transfert de l’activité du site de Strasbourg vers Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) d’ici à 2022, ce qui rend « difficile de parler de volontariat ».

Alors que les syndicats ont alerté la direction sur les risques psychosociaux liés à la nouvelle stratégie et le climat « anxiogène » provoqué par le confinement, la CFDT fait un amer constat : « On a des outils de gestion prévisionnelle qui ne sont pas mis en œuvre et lorsqu’on arrive au constat qu’un métier n’a plus de valeur ajoutée dans l’entreprise, c’est trop tard », explique à Libération Humberto De Sousa, coordonnateur CFDT, qui rappelle qu’une salariée du site de Gentilly (Val-de-Marne), revenue récemment après un burn-out, a mis fin à ses jours la semaine dernière sur son lieu de travail. « On veut savoir quels sont les emplois de demain et quelle est la place de la France dans la stratégie de Sanofi », complète Jean-Marc Burlet, de la CFE-CGC.

« Sous pression »

Chez Sanofi, les suppressions de postes se sont multipliées ces derniers temps, avec une barre des 1 000 emplois franchie en 2019. Elles ont surtout visé les fonctions support et la R & D, de moins en moins centrale dans sa stratégie de recherche qui mise sur les partenariats externes et le rachat de molécules. La suppression de 700 emplois au printemps 2019 dans l’activité support devait être suivie d’externalisations à Budapest, en Hongrie, auxquelles le groupe a finalement dû renoncer sous la pression des syndicats pour la partie française. A l’été, le troisième plan de 2019 a concerné 466 emplois supprimés de part et d’autre du Rhin, dont 300 en France. « Ça n’arrête plus, témoigne un ex-salarié chercheur. Les conditions de départ sont plutôt bonnes, mais le problème, c’est que dans la pharma, les objectifs de rentabilité sont hyper élevés avec des critères qui sont ceux de la finance anglo-saxonne. Cela met tout le monde sous pression. »

Ces suppressions d’emplois interviennent alors que Sanofi a reconnu en pleine épidémie que plus de 80 % de son chiffre d’affaires dépendait des remboursements de la Sécurité sociale et que le groupe va bénéficier d’aides publiques afin de relocaliser la production de son paracétamol en France. Pourtant, pour Bercy, le fait qu’il n’y ait aucun départ contraint ni fermeture d’usine semble être le plus important, à partir du moment où l’entreprise « continue à investir en France […] dans le cadre de sa politique de relocalisation » dans des secteurs clés comme les vaccins. De là à en faire un exemple de la réindustrialisation et de la souveraineté française…