Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Et patatras... Campagne vaccinale : les devoirs de vacances des adolescents

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Nouveaux protocoles sanitaires, difficulté à obtenir les deux doses avant la rentrée… Les annonces du ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, sur l’année scolaire à venir dans les collèges et les lycées laissent présager un démarrage chaotique.

publié le 28 juillet 2021 , mis à jour le 29 juillet 2021 *

Prière d’apprendre vos leçons, soigner vos cahiers et vous faire vacciner. Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé mercredi sur France Info les premières modalités d’organisation de la deuxième rentrée des classes de septembre à l’ère de la pandémie, dans les collèges et les lycées. Et gare au bonnet d’âne : si un cas de Covid-19 est diagnostiqué dans une classe, seuls les ados cas contacts et non vaccinés seront « évincés ». Ils devront alors se faire tester et s’isoler pendant sept jours, quel que soit le résultat, a précisé le ministère auprès de Libération. Les cas contacts vaccinés devront aussi passer par la case test mais pourront le faire après leurs cours.

Seule grande nouveauté par rapport au protocole sanitaire déjà appliqué à la rentrée 2020, cette annonce surprise bouscule le calendrier des parents, des ados et des équipes pédagogiques. A l’unisson, les syndicats craignent qu’elle signe le retour du règne de la « débrouillardise ». Mais restent partagés : « Mesure déconnectée de la réalité et incompréhensible », pour Sophie Vénétitay, porte-parole du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES). « Moins pire des solutions », pour Bruno Bobkiewicz du Syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale (SNPDEN). Voilà bientôt deux ans que l’école est rythmée par les évolutions de l’épidémie et soumise à un mille-feuille de mesures pas toujours bien comprises. Tous craignent une « rentrée sous tension » et une année scolaire chamboulée.

Quel protocole sanitaire sera appliqué à la rentrée ?
L’objectif de Blanquer est clair : « Maintenir ouvert le système scolaire, coûte que coûte », même si les chiffres du Covid-19 continuent de donner le vertige aux épidémiologistes. Une ambition qui fait office « de boussole », a martelé le ministre. Pour autant, même si la vaccination anti-Covid est ouverte en France aux mineurs dès leurs 12 ans depuis le 15 juin, il a assuré qu’il n’était pas question de limiter l’accès aux établissements scolaires aux détenteurs d’un pass sanitaire. Pas question non plus – pour le moment – de rendre le vaccin obligatoire pour les enseignants.

Sauf en « dernier recours » si « le pourcentage de professeurs vaccinés est trop faible ». Le ministre a aussi annoncé un nouveau protocole comprenant « quatre scénarios en fonction de quatre degrés de circulation du virus ». Ces derniers ont fait l’objet de discussions avec des syndicats et ont été publiés mercredi sur le site de l’Education nationale. Les mesures seront dès lors adaptées : autorisation pour les élèves de primaire de retirer le masque, sport en intérieur toléré avec distanciation ou retour de l’alternance des cours en présentiel et distanciel pour tout le monde.

Une mesure surprise complète le plan : si un cas de Covid est détecté dans une classe, les élèves non vaccinés ne pourront retourner en cours qu’avec un test négatif. « C’est plutôt de bon sens, admet Bruno Bobkiewicz, secrétaire du SNPDEN. Il ne s’agit pas de stigmatiser les non-vaccinés mais de dispenser ceux qui le sont de cours à la maison. » Malgré tout, certains syndicats craignent que les enseignants soient condamnés à organiser des cours en présentiel et en distanciel, pour les élèves contraints de rester chez eux. « Les enseignants ne pourront pas doubler leur journée de travail », met en garde Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc, minoritaire). « Tout repose encore sur la débrouille, mais ce n’est pas comme ça que peut fonctionner l’Education nationale », regrette Sophie Vénétitay.

Quelles mesures concernent la vaccination des ados ?
Pour une rentrée « plus sereine », les syndicats s’accordent sur la nécessité « d’accélérer la vaccination des jeunes ». Pour l’heure, seuls 9 % des 12-17 ans ont reçu deux doses. Le ministère souligne que même les élèves vaccinés devront s’isoler s’ils sont positifs et faire un nouveau test au bout de sept jours. Les collégiens de moins de 12 ans, eux, ne pourront pas recevoir de vaccin. « S’ils sont cas contacts ou positifs, ils devront s’isoler – et si leur test est négatif, ils retournent en cours. »

Face à l’incertitude des syndicats quant aux personnes habilitées à vérifier la vaccination, le ministère se veut rassurant : « La vérification n’aura pas lieu systématiquement car le pass sanitaire ne s’applique pas dans les établissements. En cas de recherche de contact-tracing, c’est l’ARS en lien avec les chefs d’établissement et les personnels de santé scolaire qui chercheront les cas contacts non vaccinés. » Objectif du gouvernement : inciter au maximum à la vaccination des élèves et du personnel. Pour ce faire, Blanquer a annoncé la création de plus de 6 000 centres de vaccination près des établissements secondaires : « Des équipes mobiles dans des salles dédiées, des barnums devant les établissements ou des centres de vaccination s’ils sont proches. »

Et les autres mesures pour la deuxième rentrée Covid ?

Des zones d’ombre demeurent, comme « la question des autotests chez les ados », souligne Sophie Vénétitay. Si Blanquer a été clair quant au sort des primaires qui seront testés régulièrement, « au moins 600 000 tests salivaires par semaine seront effectués », et les classes fermées dès le premier cas positif, le tracing des ados semble incertain. « Aucune indication n’a été apportée sur la démarche à suivre alors que les tests sont essentiels pour casser les chaînes de contamination », ajoute Venetitay. Le ministère précise néanmoins à Libération que les « autotests resteront en vigueur en cas de cluster », sans plus de détails.

Sur la question de l’assainissement et le nettoyage des salles de classe, le protocole préconise des « mesures renforcées d’aération et de désinfection des surfaces », mais la réalité du terrain est tout autre. « On ne compte plus le nombre d’établissements dont les fenêtres ne s’ouvrent pas, on se bat depuis un an pour l’achat de purificateur d’air mais rien n’est fait », déplore Sophie Vénétitay. En mars, l’installation de dispositifs filtrants était déjà évoquée comme une « solution prometteuse » par les syndicats. « Sans moyens supplémentaires, cela restera au stade de vœux pieux. ». Le ministère fait savoir qu’il s’agit là « d’outils intéressants », mais dépendant des collectivités territoriales : « La meilleure solution reste de se vacciner. »