Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - Face au Covid-19, être migrant dans un pays développé est plus risqué

il y a 4 jours, par Info santé sécu social

Par Justine Daniel — 21 octobre 2020 à 09:19

Dans les pays de l’OCDE, les personnes nées à l’étranger sont bien plus touchées par la pandémie. D’abord par la crise sanitaire, puis par les conséquences économiques, décrit un rapport de l’organisation internationale.

Face au Covid-19, être migrant dans un pays développé est plus risqué
Dans les pays développés, les migrants payent le prix fort face au Covid-19. Un risque d’infection et une mortalité plus élevés, malgré un âge en moyenne plus jeune comparé à celui des personnes nées dans le pays observé. C’est la conclusion d’un rapport publié lundi par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) compilant les données sur l’impact de la crise économique et sanitaire parmi ses pays membres – UE, Canada, Royaume-Uni, Etats-Unis ou encore Japon. Et c’est sans compter l’impact des conséquences économiques de la crise.

« Sur-représentés »
Selon les données rassemblées par l’OCDE, entre mars et avril, les personnes migrantes sont deux fois plus représentées parmi les personnes infectées en Norvège, en Suède, au Danemark ou encore au Portugal. « Dans les pays de l’OCDE, les personnes immigrées sont sur-représentées dans des groupes qui présentent des vulnérabilités et les exposent en moyenne plus au virus », résume l’un des auteurs du rapport, Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’OCDE.

« Le virus va toucher de façon plus importante les ménages les plus modestes, généralement en moins bonne santé, et parmi eux les migrants sont généralement sur-représentés », rappelle Ekrame Boubtane, économiste spécialiste des migrations internationales à l’université Clermont-Auvergne, qui a pris connaissance du rapport. Mais pas seulement. Les secteurs d’emplois occupés permettent aussi d’expliquer cette plus forte exposition au virus. « Les personnes nées à l’étranger sont plus enclines à travailler dans des secteurs qui obligent à se déplacer : restauration, aide à la personne, etc. Les études montrent qu’elles habitent en périphérie de zones plus densément peuplées, ce qui les force à avoir relativement plus recours aux transports en commun », détaille Jean-Christophe Dumont. Dans les trois quarts des pays de l’OCDE, la part des personnes migrantes qui peuvent accéder au télétravail est au moins 5 points plus faibles que pour leurs concitoyens nés dans le pays. Cet écart dépasse 10 points en Autriche, en Allemagne ou encore en Italie.

S’agissant de la mortalité, difficile de généraliser à l’échelle de l’OCDE sur la base des rares données disponibles. Mais pour mémoire, une étude de l’Insee parue cet été, notait que « toutes causes confondues, les décès en mars et avril 2020 de personnes nées à l’étranger ont augmenté de 48% par rapport à la même période en 2019, contre +22% pour les décès de personnes nées en France ». En Suède, les constats sont similaires. « Ces chiffres sont quand même assez effarants », souffle Jean-Christophe Dumont.

Contrats précaires
Sur le marché du travail, là encore, les constats sont alarmants, nous disent les données d’Eurostat exploitées dans le rapport. La baisse du taux d’emploi des personnes « nées à l’étranger » est presque systématiquement plus élevée que leurs collègues « nés dans le pays ». Une baisse disproportionnée d’autant plus notable en Suède, Autriche, Allemagne.

« Les populations immigrées ont une propension plus importante à occuper des emplois en contrats précaires [CDD, intérim, ndlr], liés à la conjoncture, et qui sont les premiers emplois détruits dans l’économie : les secteurs de tourisme, saisonniers, hôtellerie-restauration, etc. », rappelle de son côté Ekrame Boubtane. Dans l’hôtellerie, dans les pays européens, 1 emploi sur 4 est occupé par une personne immigrée en moyenne, abonde Jean-Christophe Dumont : « Donc il y a vraiment un facteur lié à la nature du choc. » Aux Pays-Bas, avoir un contrat précaire conduit à une probabilité de licenciement de 20% plus importante, lit-on dans le rapport.

Pour les deux économistes, les conséquences de long terme sont à craindre. « Les progrès nécessaires effectués pour améliorer l’intégration sur le marché du travail pour les immigrés – lutte contre les discriminations, etc. – sont durablement remis en cause et ce n’est pas le moment pour les Etats de réduire ces investissements », encourage Jean-Christophe Dumont. Ekrame Boubtane est moins optimiste : « On sait très bien que c’est cette population va être plus touchée et plus désavantagée à l’issue de cette crise alors qu’elle occupe des emplois essentiels pour l’économie et la continuité de l’économie. »

Justine Daniel