Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Fin du masque dans les transports : « Alléger les mesures sanitaires contribue à exclure d’avantage les immunodéprimés »

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

INTERVIEW

Alors que 300 000 personnes en France sont considérées à risques, la levée du masque obligatoire dans les transports est inappropriée, selon Yvanie Caillé, fondatrice de l’association de patients atteints de maladies rénales Renaloo.

par Lucie Beaugé
publié le 15 mai 2022

Si la fin de l’obligation du port du masque dans les transports est un soulagement pour une majorité de Français, les personnes immunodéprimées sont inquiètes. Yvanie Caillé, fondatrice de l’association de patients atteints d’une maladie rénale Renaloo, tire la sonnette d’alarme pour ces malades déjà exclus de l’espace public depuis le début de la pandémie.

Pourquoi le Covid-19 est-il si dangereux pour les immunodéprimés ?

Leur système immunitaire ne peut se défendre efficacement face aux infections. Le Covid-19 a été, dès le départ, particulièrement dangereux avec un risque important de développer une forme grave du virus. La deuxième raison, plus récente, c’est que les immunodéprimés ne répondent pas correctement au vaccin. Omicron est moins dangereux pour la population générale, mais pour eux, il reste potentiellement mortel. A ce jour, les laboratoires n’ont pas encore cherché à tester leurs vaccins sur les immunodéprimés, ni à en développer des spécifiques à leur égard.

Combien de personnes sont concernées ?

En France, 300 000 personnes sont sévèrement immunodéprimées. Parmi elles, certaines parviennent à développer une réponse à la vaccination mais environ 100 000 n’y répondent pas du tout. Les réanimateurs estiment qu’elles représentent actuellement jusqu’à 40% des patients dans leur service. Si l’on prend l’exemple des greffés, leur risque de mourir en contractant le virus était de 30% au début de la crise, contre 14% aujourd’hui avec les vaccins. Mais c’est toujours beaucoup plus que les résidents en Ehpad : on sait qu’en 2020, la menace pour cette population était de 11 à 13% sans vaccin.

Comment les associations de patients immunodéprimés ont accueilli la décision du gouvernement de lever le port du masque obligatoire dans les transports ?

Nous avons beaucoup d’inquiétude. Nos patients sont anxieux, beaucoup ne sont jamais vraiment ressortis depuis la fin du confinement. Alléger les mesures sanitaires contribue à exclure davantage les immunodéprimés, même si beaucoup n’ont pas d’autre choix que de continuer à utiliser les transports. On aurait aimé qu’un message de solidarité vienne du gouvernement. Dire que, même si le masque n’est plus obligatoire, il est recommandé de le porter pour protéger les plus fragiles.

Outre un assouplissement que vous jugez intervenir trop tôt, constatez-vous d’autres failles ?

La question de l’aération est cruciale. On sait depuis longtemps que le virus est aéroporté, une meilleure aération des lieux clos permettrait de réduire les risques de contamination. Mais surtout, pour les patients immunodéprimés, il existe des traitements préventifs – anticorps monoclonaux – leur permettant d’être protégés contre le Covid-19 durant environ six mois. Nous avons été l’un des premiers pays à les recommander et à acheter des doses, mais elles restent peu prescrites. Seulement 20 000 patients ont pu en bénéficier à ce jour, sur au moins 100 000 qui en auraient besoin. Avec d’autres associations, on s’apprête à alerter le Comité consultatif national d’éthique car cela soulève des questions éthiques importantes autour du droit à la santé et à la vie.