Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - Le Conseil scientifique craint une deuxième vague du Covid à l’approche de l’hiver

il y a 2 jours, par Info santé sécu social

Par Anaïs Moran — 22 juin 2020

Les treize membres du Conseil viennent de remettre une note dans laquelle ils font part de leur crainte d’un retour de l’épidémie avant l’hiver prochain. Des prévisions qui justifient selon eux la « sauvegarde des données de santé ».

Ils ne l’avaient jamais dit de manière aussi claire et officielle depuis l’ère du post-confinement. Dans une note transmise au gouvernement dimanche et rendue publique, les treize membres du Conseil scientifique n’y sont pas allés par quatre chemins pour mettre en garde sur les risques d’une seconde vague épidémique en France, ou a minima d’un sévère rebond. « Une intensification de la circulation du Sars-CoV-2 dans l’hémisphère nord à une échéance plus ou moins lointaine (quelques mois, et notamment à l’approche de l’hiver) est extrêmement probable », écrivent-ils dans le document. Pour appuyer leurs propos, les experts font état de trois données principales : le faible taux d’immunité collective, la dynamique épidémique dans les autres régions du monde et l’expérience des pandémies grippales.

« Données précieuses »
D’après le Conseil, l’immunité collective en France ne concernerait pour l’heure que 5% de la population française et serait donc « très insuffisante » pour éviter un scénario de reprise épidémique. Le chiffre se rapproche des conclusions menées par l’Institut Pasteur mais se trouve être encore plus bas que certaines estimations d’épidémiologistes - qui évoquent des pourcentages gravitant autour de la barre des 10%, un taux qui reste bien trop faible pour envisager les effets bénéfiques d’une immunité de groupe. A cela s’ajoute la circulation encore « très importante » du virus à l’échelle planétaire, « notamment dans l’hémisphère sud qui aborde sa période hivernale », précisent les scientifiques, ainsi que « l’expérience des pandémies grippales qui se sont déroulées en deux ou trois vagues avant d’adopter un rythme saisonnier. »

Des éléments qui justifient d’ailleurs, selon ce groupe d’experts, la « sauvegarde des données de santé » et notamment celles issues du système d’information national de dépistage (Si-Dep) utilisé pour le suivi épidémiologique (par l’intermédiaire des résultats des tests PCR). « Ces données resteront extrêmement précieuses tant que persistera la menace d’une reprise de la circulation du virus sur le territoire français », justifient-ils.

« Nous espérons nous tromper »
Auditionnés jeudi dernier par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la gestion du Covid-19, quatre membres du Conseil scientifique avaient déjà fait comprendre que la menace planait. Et avaient insisté sur la nécessité de s’organiser dès à présent pour y faire face. « On a quand même quelques semaines, voire j’espère quelques mois pour préparer ce jour d’ouverture de lits […] parce que la deuxième vague pourrait être beaucoup plus importante que la première », avait dit sans détour la réanimatrice Lila Bouadma.

Son collègue Bruno Lina, virologue, interrogé sur la capacité de tests, avait même conjugué sa réponse au futur : « La philosophie sur les tests massifs en France […] doit être combinée avec les mesures d’isolement, le contact tracing pour pouvoir casser les chaînes de transmission. C’est quelque chose qu’il faudra activer lors de la deuxième vague de façon abondante. » Et le président du Conseil, Jean-François Delfraissy, de résumer : « Nous espérons nous tromper. Mais notre rôle est de mettre sur la table, auprès des décideurs politiques, ce qui pourrait éventuellement se passer […] Notre message, notre principal retour d’expérience, c’est la préparation pour lutter contre l’impréparation. »

Anaïs Moran