Le droit à la santé

Libération - Les Français inquiets pour l’avenir de leur système de santé

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

Dans une vaste enquête, la Fédération hospitalière fait émerger les craintes des citoyens, mais aussi leurs propositions.

C’est l’aveu d’une crainte. Alors qu’au Parlement a commencé ce lundi le débat sur la loi santé d’Agnès Buzyn, une vaste enquête, auprès plus de 6 000 Français, réalisée à la demande de la Fédération hospitalière de France (FHF) et rendue publique ce lundi matin, souligne « les fortes inquiétudes des Français sur l’avenir de leur système de santé ».

Ce travail est unique. « Avec l’aide de l’institut de sondage Ipsos, c’est l’une des plus importantes enquêtes de santé, avec une approche par les territoires, permettant de distinguer les préoccupations en fonction des zones rurales, périurbaines et urbaines », a expliqué le président de la FHF, Frédéric Valletoux.

Urgences
Plus de 25 thèmes ont été retenus. Première confirmation, la santé est devenue une vraie priorité pour les Français : « L’accès à de bons établissements de santé est, juste après l’éducation, la condition essentielle d’égalité des chances dans la vie », disent-ils en préambule. Or plus la santé devient à leurs yeux prioritaire, plus ils se montrent inquiets : près de 9 Français sur 10 estiment que le système sanitaire est « en danger » et cela sans distinction des zones d’habitation. Inquiets surtout pour l’avenir : près de 8 Français sur 10 pensent que « les mesures mises en place pour rendre attractifs les métiers de l’hôpital son insuffisantes ». Et que les moyens dégagés sont largement insuffisants.

Second axe, les Français ne se sentent pas tous égaux. « De réelles tensions apparaissent en termes d’accès aux soins. » L’étude décrit même la perception d’une situation limite, « l’éloignement géographique des infrastructures et des professionnels de santé semblant être au maximum de ce que peuvent accepter les Français ». Ils en veulent pour preuve « les délais moyens d’obtention de rendez-vous avec les médecins spécialistes » : presque deux mois pour un cardiologue, plus de deux mois pour un dermatologue et plus de trois mois pour un ophtalmologiste. Face à ce système qui répond donc tardivement présent, un nombre élevé de Français reconnaît s’être déjà rendu aux urgences des hôpitaux, « pour une raison inadéquate ». Par exemple, de n’avoir pas eu un rendez-vous en médecine de ville. Tout se tient.

« Moyens »
Autre constat, celui-là plus novateur : les Français estiment que le système de santé est illisible. Ils avouent ne pas bien comprendre son fonctionnement, le percevant par une grande majorité comme opaque et complexe. Même incompréhension devant le financement : près de 9 Français sur 10 avouent ne pas savoir à quoi les différentes cotisations servent. « Une demande de refonte de la gouvernance avec, par exemple, une fusion du ministère de la Santé et de l’Assurance maladie est souhaitée par plus de deux tiers des Français », note l’étude.

Dernier point, face à cette situation tendue, les Français estiment « que l’hôpital public rencontre plus des problèmes de moyens que de qualité des soins ». Et de ce fait, pour améliorer son fonctionnement, il faut en priorité plus de personnels (87%) et de budget (77%), car à leurs yeux l’excellence existe déjà.

Enfin, alors que la question est débattue ces jours-ci à l’Assemblée, les Français se montrent, eux, fortement partisans de l’obligation pour les médecins de s’implanter dans certains territoires lors de leurs premières années d’exercice : plus de 8 sur 10. Un plébiscite qui n’a pas, on le sait, le soutien du gouvernement.

Eric Favereau