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Libération - Mauvais point. Le gouvernement d’Elisabeth Borne laisse le logement à la rue

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

par Eve Szeftel
publié le 20 mai 2022

Où sera logé le ministère du Logement ? Et qui pour remplacer Emmanuelle Wargon ? La réponse est tombée vendredi : nulle part, personne. Dans la liste des ministères déroulée sur le perron de l’Elysée par Alexis Kohler, pas de ministre du Logement. Un secrétaire d’Etat peut-être ? Non plus. En réalité, le logement sera hébergé dans le ministère de la Planification écologique et de la Cohésion des territoires, qui a été confié à Amélie de Montchalin, a confirmé l’entourage de la ministre. Un choix cohérent avec la volonté du président Macron d’amplifier la rénovation thermique de l’habitat, mais aussi de décentraliser la production de logements pour relancer une machine grippée.

Dans le précédent quinquennat, le logement était un ministère délégué, placé sous la tutelle du grand ministère de la Transition écologique. Les relations entre l’Etat et les territoires relevant, elles, du non moins vaste ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales (confié à Joël Giraud après la nomination de Jacqueline Gourault au Conseil constitutionnel). Lequel chapeautait le numérique, la ruralité et la ville. « La récente disparition de Michel Delebarre, qui fut le premier titulaire du poste de ministre de la Ville sous François Mitterrand en 1990-1992, nous rappelle la dégringolade symbolique de la politique de la ville », relevait récemment le sociologue Thomas Kirszbaum dans nos colonnes. Cette fois, le sujet a carrément disparu des radars.

2,2 millions de ménages en attente d’une HLM

L’annonce de l’effacement du portefeuille du Logement a outré les élus, acteurs économiques et associatifs du secteur, alors que la France compte près de 4 millions de non ou mal-logés selon la Fondation Abbé-Pierre et qu’il représente le premier poste de dépenses des ménages (autour de 22 %). Sévère en Ile-de-France, la pénurie de logements abordables touche désormais la plupart des métropoles et le littoral – les manifestations au Pays basque ou en Bretagne fin 2021 l’ont montré. Et la hausse des prix dans le parc privé, à l’achat (+129 % entre 2000 et 2019 dans l’ancien) comme à la location, a pour effet d’augmenter toujours plus le nombre de ménages en attente d’une HLM : fin 2021, ils étaient 2,2 millions, du jamais vu.

« Heureux de savoir qu’il n’y a pas de problème de logement en France. Sinon, il y aurait un ministre du Logement », a raillé sur Twitter le maire (PS) de Bourg-en-Bresse. « Les besoins en logement abordable sont si forts qu’ils imposent au gouvernement un engagement massif et pérenne pour le logement social – le logement des classes modestes, des travailleurs essentiels. Il n’y a plus d’échappatoire possible », a réagi de son côté Emmanuelle Cosse, la présidente de l’Union sociale de l’habitat, qui représente le mouvement HLM. « Nous ne pouvons à ce titre que regretter l’absence de ministre du Logement dans le gouvernement dont la composition a été annoncée ce jour », a ajouté l’ancienne ministre du Logement de François Hollande. « Après un bilan très mitigé lors du précédent quinquennat, aucun ministre du logement dans le nouveau gouvernement. La Fondation exprime son incompréhension alors que le logement représente le premier poste de dépense des ménages et concerne tout le monde et tous les territoires ! » a tweeté de son côté Christophe Robert, le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre.

Un transfert des moyens

Pour relancer la production de logements, Emmanuel Macron veut mettre fin au zonage (A, B, C) qui détermine le niveau des aides à la pierre. Le prochain quinquennat devrait donc être marqué par un acte fort de décentralisation de la compétence logement aux intercommunalités et aux communes, avec transfert des moyens qui vont avec. Le candidat a été moins loquace sur les moyens de relancer la production de HLM, tombée sous les 100 000 par an. Dans un contexte inflationniste, il n’a pas réagi non plus pour l’instant aux appels des associations comme Droit au logement à mettre en place un gel des loyers, sur le modèle du « bouclier tarifaire » pour limiter la hausse des prix du gaz et de l’électricité. Enfin, pour limiter la consommation énergétique des ménages et donc les émissions de gaz à effet de serre, le président a fixé comme objectif de rénover 700 000 logements par an, capitalisant sur le succès de la subvention publique « Ma prime rénov’ ». Une ambition conforme aux recommandations du Giec qui, dans son dernier rapport, soulignait l’importance de rendre moins énergivore les bâtiments, de la construction à la consommation, les transports et les villes.