Politique santé sécu social de l’exécutif

Libération - Pauvreté : Le gouvernement n’augmentera pas le RSA

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Par Lilian Alemagna — 6 octobre 2020

Critiqué pour le peu d’argent consacré aux plus démunis dans son plan à 100 milliards d’euro ciblé sur les entreprises, Matignon promet cependant des annonces « d’ici quinze jours » et s’intéresse à l’idée d’un « chèque relance » proposée par la CFDT.

Promis, juré, le gouvernement n’a pas oublié les plus pauvres. Critiqué depuis l’annonce de son plan de relance à 100 milliards d’euros pour avoir eu la main bien trop légère (800 millions d’euros seulement) dans le « soutien aux personnes précaires », Matignon confirme que, « d’ici quinze jours », le Premier ministre Jean Castex fera des annonces à destination des publics les plus touchés par la crise économique déclenchée par le confinement et l’épidémie de Covid-19.

Mais selon nos informations, le gouvernement a déjà exclu toute augmentation du revenu de solidarité active (RSA). Une revendication, notamment des partis de gauche mais aussi des syndicats, dont la CFDT. Dans l’entourage du chef du gouvernement, on assure en revanche que des mesures sur le « logement », « l’insertion » ou « l’accès aux droits » devraient composer cet « acte 2 de la stratégie pauvreté » de l’exécutif. « D’ici une semaine, on y verra un peu plus clair », dit-on à Matignon. Il serait temps : l’Assemblée nationale débute cette semaine l’examen du projet de loi de finances pour 2021 qui contient, notamment, une baisse massive (20 milliards d’euros sur deux ans) des impôts de production en faveur des entreprises. Mais pas grand-chose pour les plus démunis.

« Chèque déconfinement »
Lundi, le rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, Laurent Saint-Martin, a quant à lui, expliqué qu’il travaillait sur une « réponse » à faire adopter cet automne. Le député LREM du Val-de-Marne a d’abord rappelé « ce qui a déjà été fait » depuis 2017 en faveur des plus démunis (hausse de la prime d’activité, de certains minima sociaux…), insisté sur le financement, dans le plan de relance, de la cantine à 1 euro pour certains étudiants et la majoration de l’allocation de rentrée scolaire. Puis il a dit vouloir faire un « constat clinique » des strates de population les plus touchées par la crise avant de choisir la mesure de soutien à apporter aux plus pauvres. « Tout le monde n’a pas souffert de la même manière », a-t-il souligné, précisant qu’il a commandé une étude au Centre d’analyse économique (CAE) et à l’Insee.

Saint-Martin imagine même la création d’un « chèque déconfinement », sur le modèle de ce qu’a déjà proposé le patron de son parti, Stanislas Guerini. Ou inspiré par l’idée d’un « chèque relance », porté par le secrétaire national de la CFDT, Laurent Berger. A Matignon, on dit observer ces « idées intéressantes […] avec attention ». Mais, selon Saint-Martin, ces nouvelles mesures ne pourront être votées avant le collectif budgétaire de novembre (donc après le vote du projet de loi de finances et celui de financement de la Sécurité sociale pour 2021) et devraient prendre la forme d’aides ponctuelles.

Explosion des demandes de RSA
Il y a pourtant urgence. Selon des chiffres communiqués ce week-end par l’Assemblée des départements de France (ADF), les demandes de RSA explosent : +9% par rapport à l’an dernier sur un échantillon de quinze départements. Les associations de lutte contre la pauvreté s’alarment, elles aussi, des constats de leurs bénévoles : plus d’1,2 million de personnes ont par exemple été aidées par le Secours populaire durant les deux premiers mois post-confinement, 45% d’entre eux venaient pour la première fois. « La crise sanitaire a touché en particulier les plus démunis qui ont rencontré des difficultés importantes en matière de subsistance, de santé ou encore d’accès à l’éducation à distance durant le confinement. Elle a servi de révélateur de certaines insuffisances des politiques publiques en matière de lutte contre la pauvreté », souligne également, dans une note, le comité d’évaluation de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, instance présidée par l’ancien patron de Renault, Louis Schweitzer et piloté par France Stratégie.

L’instance estime même que les premières mesures prises jusqu’ici « ne répondent pas à tous les besoins en matière de lutte contre la pauvreté révélés et engendrés par la crise et concernent peu les personnes en situation de pauvreté ». « Il paraît nécessaire de les compléter », demande le comité. « Près de 30 milliards d’euros ont été dépensés en chômage partiel, c’est un premier rempart face à la précarité, rétorque-t-on à Matignon. Puis nous avons pris le parti, assumé, dans ce plan de relance, de préserver l’emploi en renforçant la compétitivité des entreprises et, donc, leur pérennité. »

« Retour de la question sociale »
« Dans le plan de relance, il n’y a quasiment rien », dénonce au contraire Eric Coquerel, député La France insoumise de Seine-Saint-Denis pour qui « il faudrait augmenter le RSA, l’étendre aux jeunes, créer 300 000 emplois jeunes au smic sur cinq ans… La réalité c’est que dans mon département, s’il n’y avait pas eu la solidarité familiale et les associations, c’était la famine ». « Nous disons depuis le mois de juin que le gouvernement a pensé, pendant le confinement, à ceux qui avaient un boulot mais oublié ceux qui n’en avait pas, critique le député PS des Landes, Boris Vallaud. Chômeurs, CDD, intérimaires… Eux n’ont pas eu d’aides. Le retour de la question sociale est d’une très grande brutalité. » Et l’exécutif a beau multiplier les séquences communiquantes « égalité des chances », il n’arrive pas, faute de ministres qui incarnent cette question, à démontrer qu’il en fait une priorité.

Lilian Alemagna