Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Témoignages « Je ne veux pas crever chez moi ! » : alors que le pass vaccinal s’annonce, ils se font piquer pour la première fois

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

Ils en ont assez de se priver de vie sociale, peur des conséquences de leur refus de vaccination, ou tout simplement le sentiment d’avoir un peu traîné : témoignages de récents primo-injectés, boostés par les annonces sur le pass vaccinal.

par Justine Briquet-Moreno
publié le 26 décembre 2021 à 10h15

Face à la flambée de nouvelles contaminations au Covid-19, le gouvernement a décidé d’accélérer la cadence. Le pass vaccinal doit entrer en vigueur le 15 janvier. Conséquence : nombreux sont ceux qui franchissent le pas de la première injection, parfois la peur au ventre. Un pas tardif qu’ils avaient refusé de franchir jusqu’ici par crainte des effets secondaires ou par « flemme ». Privés de pass sanitaires, certains déboursaient une centaine d’euros par semaine pour se faire dépister, d’autres utilisaient ceux de leurs proches ou en commandaient de faux via les réseaux sociaux… Lassés de se marginaliser, ils ont franchi le cap. D’après la Direction générale de la santé (DGS), ils sont plus nombreux ces jours-ci : si la moyenne journalière des primo-vaccinations avant les annonces du pass vaccinal était de 38 000, elle est passée, juste avant le réveillon de Noël, à 50 000. Témoignages.

Patrice, 60 ans : « Je vais le faire parce que je n’ai pas envie de vivre en marge de la société »

« Je ne veux pas crever chez moi ! Avec le pass vaccinal qui arrive en janvier, je vais être obligé de me faire vacciner, c’est sûr. Même pour aller travailler, cela va devenir problématique. Je me demande ce que le gouvernement fait de la liberté individuelle dans tout ça. Si je n’ai pas sauté le pas avant, c’est d’abord par négligence, mais aussi parce que je trouve qu’on n’a pas assez de recul… Habituellement, un vaccin ne se retrouve pas aussi vite sur le marché. Malgré tout, je vais le faire parce que je n’ai aucune envie de vivre en marge de la société. Je voudrais pouvoir être certain de la fiabilité du vaccin… Mais, que sait-on de ce que cela peut engendrer dans huit ou dix ans ? Pour moi, le fait de ne pas pouvoir choisir est quelque chose de grave. Mais bon, que faut-il faire ? Se battre dans la rue ? J’ai passé l’âge. Alors, je vais simplement être docile. Mon entreprise nous facilitant l’accès au vaccin, je vais prendre mon rendez-vous en janvier. De toute façon, on n’aura plus le choix si on veut continuer une vie normale… Si on vivait en Corrèze et qu’il n’y avait pas un chat à 50 kilomètres à la ronde, ça irait, mais là, à Rambouillet… »

Julia*, 26 ans : « Je ne vais pas pouvoir continuer longtemps à utiliser les pass sanitaires de mes potes pour aller au restaurant »

« Je me fais vacciner aujourd’hui uniquement parce que le pass vaccinal va rentrer en vigueur. En tant que non vaccinée, je me sens de plus en plus marginalisée. Je ne vais pas pouvoir continuer longtemps à utiliser les pass sanitaires de mes potes pour aller au restaurant ! Jusqu’ici, j’avais une grande colère et une profonde envie de résister face à la communication autour du vaccin. Selon moi, elle a été tout simplement désastreuse. En fait, on n’a pas du tout été accompagnés ni soutenus dans cette démarche… On nous a juste dit : « Il faut se faire vacciner, point. » Cette absence de pédagogie est un terreau fertile pour toutes sortes de questionnements. A tel point que mon propre corps n’a pas envie de recevoir ce produit… A partir de là, où est le consentement ? J’ai dû me convaincre toute seule qu’il n’allait rien m’arriver en reprenant toutes les informations sur le sujet. Malgré tout, je comprends que ce soit délicat à gérer pour les autorités. Nous ne disposons pas de suffisamment de recul et en même temps, il faut endiguer l’épidémie… Je regrette que cette pandémie ait créé deux camps : les pro vaccins et les anti-vax. On dirait que la nuance et le débat ont complètement déserté notre société. »

Ibrahima*, 32 ans : « Depuis que les tests sont devenus payants, je me prive de plus en plus »

« J’ai choisi de me faire vacciner parce que je veux retourner voir ma famille en Guinée en vacances. Depuis que le passeport vaccinal est obligatoire pour passer les frontières, je n’ai plus d’autre choix que de le faire. Je ne dirais pas que je suis foncièrement opposé au vaccin. D’ailleurs, je n’ai même pas de petite appréhension à l’idée de me faire piquer aujourd’hui… Si je ne l’ai pas fait avant, c’est surtout par négligence ou en tout cas par manque d’envie de le faire, mais je ne me considère pas comme un anti-vax. Au-delà des voyages, l’aspect économique est aussi quelque chose qui m’a poussé à prendre mon rendez-vous plus rapidement. Depuis que les tests sont devenus payants pour les non-vaccinés, je me prive de plus en plus parce que je n’ai pas les moyens. A chaque fois que j’ai voulu aller au restaurant avec ma femme, j’ai dû payer de ma poche pour avoir un pass sanitaire valide. A la fin, ça a vraiment un vrai coût pour moi. Toutes ces contraintes ajoutées les unes aux autres m’ont poussé à me décider. A la réflexion, je trouve quand même que c’est une forme d’obligation dissimulée. »

Zahra, 21 ans : « Certes j’ai tardé, mais je l’aurais fait tôt ou tard »

« J’ai eu le Covid en février 2021, donc un peu avant le début de la campagne de vaccination. Comme mon corps avait produit suffisamment d’anticorps, j’ai pu éviter la piqûre pendant un temps. Quand il a fallu que je le fasse, je dois avouer que j’ai eu un peu la flemme… J’habite dans la périphérie de Lyon. Comme je ne suis pas véhiculée, c’était assez compliqué pour moi de trouver un rendez-vous et de pouvoir m’y rendre, mais vu que je suis en région parisienne pour les fêtes… Jusqu’ici, je me débrouillais avec les contraintes qui s’imposaient à moi. Parfois, j’envoyais un message à une amie en lui demandant de m’envoyer son pass sanitaire pour que je puisse rentrer dans certains lieux publics. Mais ce n’est pas une solution et puis, ce n’est pas très honnête ! S’il y a quelque chose qui m’encourage à me faire vacciner aujourd’hui, ce sont d’abord mes petites filles. Parfois, j’ai l’impression de les priver de leur enfance : ça fait des mois que je ne peux plus les emmener au cinéma, au restaurant ou dans les parcs d’attraction. Elles n’ont pas à payer parce que je choisis de retarder l’échéance. Certes j’ai tardé, mais je l’aurais fait tôt ou tard. Mon père est mort du Covid en mars dernier, il n’avait pas eu le temps de se faire vacciner… »

(*Le prénom a été changé)