Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Tour de vis. Annonces de Macron : ceci n’est pas un reconfinement

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Ecoles fermées pour trois semaines, restrictions de circulation étendues à toute la France… Face à la troisième vague, Emmanuel Macron a resserré encore les contraintes ce mercredi. Et fixé un calendrier pour accélérer et élargir la vaccination.

par Charlotte Chaffanjon et Lilian Alemagna
publié le 31 mars 2021

Resserrer encore, avec la fermeture des écoles. Mais sans reconfiner. Limiter les libertés de circulation entre les régions et obliger certains parents à rester à la maison en espérant endiguer la troisième vague épidémique dans l’attente des vaccins. C’est l’exercice acrobatique auquel s’est livré Emmanuel Macron ce mercredi soir à 20 heures depuis l’Elysée pour sa septième allocution solennelle depuis le début de cette crise sanitaire. « Pour les mois à venir nous devons nous fixer […] un nouveau cap », « fournir chacun un effort supplémentaire », a exhorté le Président, jurant le faire avec « humilité et détermination » : « Si nous restons unis et solidaires, si nous savons nous organiser durant les prochaines semaines, nous verrons le bout du tunnel. »

Si ce mois d’avril s’avère si déterminant, c’est que l’urgence est là. Mardi soir, selon les derniers chiffres de Santé publique France, 5 072 malades étaient en réanimation, soit très au-delà du seuil de 3 000, considéré comme critique. Le taux d’incidence poursuit sa hausse, à 371 personnes sur 100 000 habitants contaminés en une semaine en moyenne nationale. Le gouvernement s’était fixé un seuil d’alerte à 250… « 44 % des patients aujourd’hui en réanimation ont moins de 65 ans », a pointé Macron. Pour endiguer cette troisième vague, le chef de l’Etat a donc annoncé qu’il allait porter à 7 000 puis 10 000 lits « dans les prochains jours » les capacités d’accueil en réa. Puis étendre « dès samedi » les règles en vigueur actuellement dans une dizaine de départements à l’ensemble de la métropole : sorties libres mais pas plus de 10 kilomètres autour de son domicile sauf « motif impérieux », couvre-feu à 19 heures et fermeture des commerces dits « non-essentiels ». Une tolérance sera accordée pour ceux « qui veulent changer de région pour aller s’isoler [et] les Français qui veulent rentrer de l’étranger » pour Pâques. Week-end après lequel les établissements scolaires fermeront.

« Je mesure les conséquences pour le pays »
Les crèches, écoles maternelles et primaires, collèges et lycées fermeront ainsi leurs portes à partir de mardi. Jusqu’au 10 avril, les cours se feront à distance, puis, jusqu’au 26 avril, les enfants bénéficieront de deux semaines de vacances communes aux trois zones scolaires. Les maternelles et les primaires reviendront alors en classe. Collégiens et lycéens étudieront à distance jusqu’au 3 mai. De quoi bousculer pas mal de projets familiaux et de plannings d’entreprises. Les parents coincés à la maison pourront bénéficier du chômage partiel. « Je mesure les conséquences pour le pays », a promis le chef de l’Etat qui a souligné avoir tout fait pour prendre « ces décisions le plus tard possible, au moment où elles devenaient nécessaires ». L’éducation de nos enfants, « c’est le combat du siècle qui s’ouvre », a-t-il martelé.

L’exécutif répétait pourtant depuis des mois qu’une telle option ne pouvait être prise qu’en « dernier recours ». Apparemment pas. Et que les salles de classe et les cours de récré ne sont pas des lieux de contamination. Apparemment oui.

Comme la semaine dernière, le président de la République s’est pourtant refusé, mercredi soir, à esquisser le moindre mea culpa dans ses choix passés. Aurait-il dû reconfiner le pays lorsque, fin janvier, les épidémiologistes appelaient à un « reconfinement », pour anticiper l’arrivée du variant anglais. Non. « Nous avons, je le crois, bien fait. » Ajoutant : « Croire en la responsabilité des Français n’est jamais un pari. » A peine le Président a-t-il admis que « nous » (pas lui seul) « pouvons nous dire que nous aurions pu faire mieux » depuis un an. S’affichant très soucieux de la « santé mentale » de la population et des dégâts psychologiques qu’un nouveau confinement pourrait avoir, notamment, sur les plus jeunes, le chef de l’Etat tente de faire la synthèse entre les difficultés des hôpitaux et une population chez qui domine aussi, a-t-il dit, « lassitude », « fatigue », « énervement » et « emportement ». Pour éviter cela, il a promis de revenir prochainement devant les Français avec un « agenda de réouverture » des commerces, bars, restaurants et lieux culturels, offrant la « mi-mai » comme horizon potentiel pour les cinémas, les théâtres, les musées et les terrasses « sous conditions ». Seul salut de l’exécutif désormais : la réussite de sa campagne de vaccination. « Nous tiendrons nos objectifs », a juré Macron, répétant son objectif de 10 millions de vaccinés d’ici trois semaines et 30 millions avant la fin juin. Pour l’instant, la France est en dessous de la barre des 3 millions de personnes ayant reçu deux doses.

Dilemme
Jeudi, le Premier ministre, Jean Castex, détaillera devant le Parlement – le matin à l’Assemblée et l’après-midi au Sénat – ces quelques annonces du chef de l’Etat. Son gouvernement va également devoir aussi décider s’il maintient ou reporte les élections régionales et départementales déjà décalées aux 13 et 20 juin. Dans son allocution, Emmanuel Macron n’en a pas dit un mot. Castex, qui est personnellement favorable au maintien de ces dates, doit consulter, dans les jours qui viennent, l’ensemble des forces politiques du pays qui, si elles pressaient l’exécutif de prendre des mesures pour endiguer l’épidémie, militent pour un maintien de ces élections malgré les incertitudes sanitaires. Le candidat LREM dans la région Auvergne Rhône-Alpes, Bruno Bonnell, résume le problème, imaginant qu’il sera compliqué d’avoir vacciné d’ici le 13 juin l’ensemble des assesseurs nécessaires à organiser ces élections sur le territoire : « Mon choix politique c’est de tenir les élections. Mon choix sanitaire, c’est de les reporter. » Dilemme supplémentaire pour l’exécutif.