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Liberation - Tribune - Pourquoi supprimer l’Observatoire national de la pauvreté ?

il y a 4 semaines, par Info santé sécu social

22 octobre 2019

Depuis vingt ans, l’Onpes diffuse en toute indépendance des études pour mieux lutter contre l’exclusion, qui frappe une personne sur dix en France. Les pouvoirs publics chercheraient-ils à « casser le thermomètre » pour ne plus voir le malade ?
Quelques jours à peine après la « journée mondiale de lutte contre la pauvreté » célébrée chaque année le 17 octobre, le gouvernement envisage de supprimer l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes). Un tel symbole ne pouvait passer inaperçu.

Créé par la loi d’orientation du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions, loi fondatrice des politiques publiques en matière de lutte contre la pauvreté, l’Onpes est composé à parité de représentants des grandes administrations publiques comme l’Insee, le ministère de l’Economie, les directions statistiques des ministères du Travail et des Affaires sociales, mais également de chercheurs et d’universitaires spécialistes du domaine en France et en Europe, ainsi que de personnalités qualifiées issues du monde associatif. Il a permis durant vingt ans, par la publication de plus de 10 rapports, de très nombreuses études et recherches, et par la diffusion d’un tableau de bord annuel sur la pauvreté (notamment celle des enfants), d’éclairer le débat public sur la réalité de ce phénomène en France et en Europe.
On peut dès lors s’interroger sur les raisons qui ont poussé les pouvoirs publics à vouloir supprimer un outil utile à la connaissance d’un problème aussi essentiel pour la cohésion nationale qu’est l’exclusion de plus d’une personne sur dix en France.

Il suffit de se reporter aux derniers rapports publiés par l’Onpes pour constater que la nature des travaux engagés justifie pleinement qu’un tel organisme, unique en Europe, puisse poursuivre son travail d’analyse et de compréhension des mécanismes économique et sociologique qui sont à l’origine du développement de la pauvreté. D’autant plus qu’elle continue de toucher en France aux alentours de 9 millions de personnes et que les politiques publiques mises en œuvre depuis de nombreuses années peinent à réduire le nombre d’exclus. L’Onpes a ainsi engagé dernièrement des travaux aussi importants que ceux qui ont traité de l’invisibilité de certaines populations qui, bien que pauvres, n’apparaissent pas dans les statistiques publiques et ne font donc pas l’objet de politiques spécifiques. Il a également lancé la publication des « budgets de référence » qui, grâce à la participation de personnes représentatives de différentes configurations familiales, ont permis d’évaluer les besoins des ménages pour participer pleinement à la vie sociale. Il a ainsi montré qu’il n’était pas possible de vivre décemment en dessous d’un seuil de revenu fixé par les personnes elles-mêmes (avec l’aide d’experts) à 1 500 euros pour une personne seule, pour ne prendre que ce cas.