Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Libération - Vaccins anti-Covid : en janvier, ça va (un peu) piquer

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Par Nathalie Raulin et Olivier Monod

-* Calendrier, stratégie, publics concernés… La Haute Autorité de santé a précisé lundi les modalités de la campagne de vaccination en France. Un processus qui durera sans doute toute l’année 2021. Et qui ne signifiera pas la fin rapide de l’épidémie.

La première brique de la stratégie nationale de vaccination est posée. Lundi, la Haute Autorité de santé (HAS), organisme indépendant de l’exécutif, a livré ses recommandations sur les populations prioritaires pour l’accès aux vaccins contre le Covid-19. Soit « probablement » début 2021. Un plan élaboré à l’aveugle, faute de données précises sur les caractéristiques desdits vaccins, mais indispensable pour assurer un déploiement rapide et surtout éviter une pagaille délétère. Car dans cette opération truffée d’inconnues, il y a une certitude : au départ, il n’y aura pas assez de doses pour tout le monde. Même pas pour satisfaire les 41 % de Français qui, selon un sondage Ifop, sont prêts à se faire vacciner. D’où l’urgence pour la HAS de définir un ordre de passage clair : « Le fil rouge de la priorisation est de protéger les personnes vulnérables et celles qui s’en occupent », indique sa présidente, la professeure Dominique Le Guludec. L’accès devrait donc s’opérer de manière progressive et sur la base du volontariat, Emmanuel Macron ayant précisé le 24 novembre que la vaccination ne serait « pas obligatoire ».

Qui sera prioritaire ?
Premiers à être éligibles : les quelque 750 000 personnes âgées résidant dans des structures d’hébergement collectif, Ehpad et unités de soins de longue durée, qui concentrent un tiers des décès depuis le début de l’épidémie. Les 100 000 professionnels vulnérables qui s’en occupent sont aussi concernés. Puis, la vaccination sera élargie aux plus de 75 ans, aux 65-74 ans porteurs de comorbidités, et en queue de peloton à toute personne de plus de 65 ans. En parallèle, les professionnels du secteur de la santé, du médico-social et du transport sanitaire, ayant plus de 50 ans ou présentant des comorbidités pourront aussi se faire vacciner.

Au total, les deux premières phases de la campagne englobent près de 16 millions de personnes. Deux injections étant nécessaires pour obtenir une immunité, le processus pourrait s’étirer sur plusieurs mois. « Cela dépendra beaucoup de la disponibilité des doses, relativise un immunologue. Les publics visés en phases 1 et 2 sont en réalité les plus faciles à vacciner. Ils sont à la fois médicalisés et regroupés dans des lieux précis. La suite de la campagne risque d’être autrement plus complexe avec des publics disséminés et pas forcément aussi sensibles au risque. »

Dans un troisième temps, l’accès au vaccin sera encore élargi : aux plus de 50 ans, aux moins de 50 ans s’ils présentent des comorbidités, à l’ensemble des professionnels de santé, comme aux professionnels travaillant dans des secteurs indispensables au fonctionnement du pays. « Il reviendra au gouvernement de définir ces secteurs, que ce soit l’éducation ou la sécurité », précise le professeur Daniel Bouvet, vice-président de la commission technique des vaccinations de la HAS, qui fixe aux alentours de 30 millions les Français alors potentiellement concernés. Ce n’est qu’en tout dernier ressort « sous réserve que les allocations de doses vaccinales aient été suffisantes pour chacune des populations prioritaires », que la vaccination des plus de 18 ans sans comorbidités pourra être initiée. Les enfants ne sont pas concernés, leur tolérance aux vaccins actuellement en lice n’ayant pas fait l’objet d’études.

Quels produits seront autorisés ?

Déployer un vaccin, d’accord, mais lequel ? Dans cette course au remède idéal, toutes les étapes sont systématiquement anticipées. Ainsi, la France s’organise pour déployer un sérum, mais aucun candidat n’a encore reçu l’indispensable autorisation de mise sur le marché de la part de l’Agence européenne des médicaments (EMA).

Si tout s’accélère, c’est que, à en croire les fabricants, plusieurs projets sont près d’aboutir. Il s’agit, si l’on se limite au monde occidental, des résultats de l’opération « Warp Speed » (« vitesse de l’éclair »), initié par Donald Trump. Sur les six projets financés par le gouvernement américain, trois ont communiqué des résultats positifs concernant leurs essais cliniques de phase 3 : Pfizer, Moderna et AstraZeneca. Un autre promet un retour en janvier (Johnson & Johnson). Pfizer a déposé son dossier auprès de la Food and Drug Administration américaine. Un retour est attendu pour le 10 décembre. Moderna a déposé le sien lundi devant les agences américaine - avec un retour espéré le 17 décembre - et européenne.

L’EMA parle plutôt de la fin de l’année 2020 ou début 2021. L’agence avait commencé dès octobre à étudier les données de Pfizer et AstraZeneca, avant même de recevoir le dossier complet, afin d’accélérer le processus. Malheureusement, ce dernier projet (dont l’université d’Oxford est partenaire) a publié des résultats d’efficacité étranges qui nécessitent d’être précisés. Pas de quoi refroidir le gouvernement britannique qui a demandé à l’Autorité de réglementation sanitaire des médicaments (MHRA) d’examiner ce candidat en vue de sa commercialisation. Tous les pays ne prendront pas nécessairement les mêmes décisions. La Hongrie a ainsi reçu des doses du vaccin russe Spoutnik V, en vue de le tester, sans que l’EMA n’ait reçu de demande d’autorisation de ce produit.

Quelles inconnues ?

Dans les mois à venir, les résultats ne vont cesser de tomber, qu’ils concernent les projets de vaccins déjà évoqués ou les plus de 200 autres en cours de préparation. De quoi réorienter les recommandations de la HAS. Des inconnues subsistent. Quel sera le vaccin le plus efficace chez les personnes âgées ? Faut-il vacciner les personnes qui ont déjà eu le Covid-19 ? Les projets les plus avancés empêchent-ils la circulation du virus ? Tous ces éléments peuvent conduire les Etats à déployer un produit cet hiver et un autre, différent, l’hiver prochain. On peut aussi imaginer, dans un même pays, qu’un vaccin soit recommandé pour une population donnée, par exemple les soignants, et un autre pour, par exemple, les personnes âgées.

Un dernier point, et pas des moindres, concerne la durée de l’immunité acquise. Les vaccins en phase 3 n’ont que deux mois de recul. Pour obtenir des données de long terme, il faudra poursuivre les essais cliniques, y compris après le feu vert des autorités. Le dilemme est éthique. Plus l’essai dure et plus la comparaison de l’évolution de la population vaccinée par rapport à la population non vaccinée produit des données robustes. Mais cela signifie de ne pas donner le vaccin à tous les volontaires qui ont reçu le placebo, alors même qu’on le sait efficace. Si l’épidémie fait rage, ils seraient exposés à un risque non nul. La Coalition internationale des autorités de réglementation des médicaments a demandé que les essais soient maintenus « au moins un an ou plus » après l’injection de la dernière dose.