Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Libération - Zones d’alerte : le gouvernement rebat (encore) les cartes

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Par Luc Peillon — 24 septembre 2020

Règles peu claires, code couleur abandonné… Après la présentation, mercredi soir, d’un sixième outil pour mesurer l’avancée de l’épidémie, l’exécutif accroît la confusion.

Une carte de France avec des « zones d’alerte », « d’alerte renforcée » ou « d’alerte maximale », en fonction de l’importance de l’épidémie dans ces territoires ? C’est le tout nouveau thermomètre que le gouvernement a présenté mercredi soir et qui est censé guider son action dans la crise sanitaire. Ou communiquer auprès du public. On ne sait plus trop.

Car ce nouvel outil n’est autre que le sixième depuis la fin avril. Souvenez-vous : le 30 avril - il y a une éternité -, la France confinée est tenue en haleine devant la première carte du Covid concoctée par l’exécutif, et tremble de voir son département badigeonné de la mauvaise couleur. Solennel, le ministre de la Santé, Olivier Véran, fait alors tomber le rideau sur une carte de France tricolore : vert, jaune, rouge. Un code couleur issu de la fusion de deux autres cartes (avec leurs propres couleurs) : celle du nombre de passages aux urgences pour suspicion de Covid-19 et celle de la disponibilité des lits en réanimation.

Quelques jours plus tard, le 7 mai, s’invite un troisième indicateur, celui des capacités en tests dans les territoires. Ce petit nouveau entraîne l’apparition d’une nouvelle carte, synthèse des trois données où, in fine, seuls le vert ou le rouge subsistent.

Et puis le 28 mai, on change tout. Une troisième carte est présentée, établie cette fois-ci à partir de quatre indicateurs : taux d’incidence du virus, taux de reproduction, taux de positivité des tests et capacité des lits en réanimation. Mais outre que les quatre critères sont pour certains mis à jours avec du retard (et un avec des erreurs), cette carte désormais dite « de vigilance » ne sera plus jamais actualisée après le 15 juin… Le 30 août, l’onglet « carte de vigilance » sur le site du gouvernement va même finir par disparaître (mais pas ceux des quatre indicateurs).

Car entre-temps, le gouvernement a créé une quatrième carte (vous suivez toujours ?), celle des « zones de circulation active » (ZCA) du virus. Basée sur une procédure pas totalement claire, elle classe les départements en rien du tout ou en rouge. Dans les départements en rouge, le préfet peut prendre des mesures plus restrictives.

En réalité, cette carte ressemble beaucoup… à une cinquième carte, celle du « niveau de vulnérabilité », qui classe les départements en niveau « limité », « modéré », « élevé ». Fondée sur une très longue liste d’indicateurs, elle est mise à jour quotidiennement par l’agence Santé publique France, mais n’est quasiment jamais reprise par la Direction générale de la santé (DGS) dans son point journalier.

On avait donc connu, jusqu’ici, cinq cartes, dont deux ont été remplacées, une est en déshérence, une autre fondée sur des règles peu claires et une quasi confidentielle. Pour rajouter encore un peu plus de confusion, le protocole sanitaire en milieu professionnel, publié début septembre, mélangeait zones vertes et oranges basées sur l’incidence avec la notion de « zone rouge de circulation active » du virus, définie, elle, par décret. Mais tout cela, vous pouvez l’oublier, si ce n’est pas déjà fait. Place désormais à l’« alerte renforcée » ou « maximale ».