Luttes et mobilisations

Magcentre - Vierzon : un camp « Gaulois » pour l’hôpital

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

mardi, 25 septembre 2018

Le jour de l’annonce des mesures du Plan santé gouvernemental, les salariés de l’hôpital de Vierzon ont voté à l’unanimité des présents la poursuite de la grève entamée le 11 juin dernier.

Après les poupons accrochés aux grilles, après une marche des « femmes enceintes » jusqu’à Bourges, après les silhouettes dessinées sur les routes de la deuxième ville, la nouvelle action symbolique a débuté : l’installation d’un campement « résistant ».

Le village gaulois résiste encore et toujours.

Sur les grilles, à l’extérieur de l’enceinte, les photos, de dos, des différents personnels avec leur fonction. Quelques banderoles aussi pour rappeler aux passants que, de l’autre côté on n’abandonne pas. Quelques pas vers les bâtiments. Agnès, la poule, et Manu, le coq, picorent dans leur enclos. Ils sont les premiers à accueillir les visiteurs, les patients, les personnels, sur le site « Léo-Mérigot » de l’hôpital de Vierzon. Agnès fourni les œufs frais le matin pour le « village gaulois » créé au lendemain du centième jour de grève dans l’établissement vierzonnais. Manu, ne pouvait que l’accompagner, même si son chant matinal peut éventuellement engendrer, chez la demi-douzaine de « campeurs » réguliers, quelques noms d’oiseaux, à l’heure où se lève le soleil sur la pelouse de l’établissement. Une chèvre pourrait arriver dans quelques heures. Toujours est-il que, dans l’attente, le nom est déjà choisi…

Le campement est installé pour durer le temps d’avoir des réponses de l’ARS

Les tentes Quechuas entourent un menhir livré depuis quelques heures et repeint à neuf dans la matinée. Une grande tente fait office de cuisine-cantine, salle de presse ou salle de réunion. La zone est parfaitement délimitée par des palettes en guise de barrières. Même si, par une note interne affichée comme un avis d’expulsion, le directeur Florent Foucard a fait par de son désaccord et de rappeler que « l’occupation non autorisée du domaine public hospitalier » engageait la responsabilité de l’Intersyndicale en cas « de dégradations et en cas d’atteintes aux biens ou aux personnes situés dans le campement », le camp est toujours là après presque une semaine.

Les habitants de Vierzon viennent régulièrement débattre et apporter, souvent, leur soutien.

Le « camp gaulois » c’est la dernière, pour le moment, des actions menées par l’Intersyndicale depuis le printemps. « Nous avons voulu faire écho à ce qu’a dit le président Emmanuel Macron sur les Français qui sont des Gaulois réfractaires au changement » explique l’un des occupants des lieux en ce début de semaine. « Cette occupation du terrain, 24h/24 permet de pouvoir débattre avec l’ensemble de la population qui vient nous voir. C’est aussi un moyen pour obtenir cette table ronde que nous réclamons avec l’ARS. On nous répond par une rencontre ‘temps d’échange à Orléans’ alors que c’est à Vierzon que ça se passe et que nous souhaitons désormais des réponses écrites, des engagements réels, pas des discussions ! De plus, par deux fois le conseil municipal a invité la directrice de l’ARS, Anne Bouygard. Elle ne peut pas venir … , » assure-t-on sur site.

Selon les membres de l’intersyndicale cette table ronde ne doit concerner que les acteurs des soins, pas les politiques. De fait la député Modem Nadya Essayan a émis la volonté d’être présente, ce qui n’est pas du tout du goût de l’intersyndicale qui estime que les politiques n’ont pas leur place dans cette réunion. Et de préciser que si le maire de Vierzon est l’un des invités à cette table ronde, il l’est en tant que président du conseil de surveillance de l’hôpital, non comme premier magistrat de la ville. Pour eux, seuls devraient être présents les acteurs de la santé concernés, dont la directrice de l’Agence régionale de santé Centre-Val de Loire,mais aussi le directeur de l’établissement de Vierzon, ou encore la CME de Vierzon mais aussi celle de Bourges.

L’IRM est en location

Assistante sociale, électricien, agent de restauration, manipulateur radio, les métiers de l’hôpital s’affichent sur les grilles.

Le mouvement de protestation ne s’est pas essoufflé malgré l’annonce de L’Agence régionale de santé d’accorder deux aides financières, l’une pour le paiement des salaires de septembre, l’autre pour financer l’équipement d’une salle d’ophtalmologie. Au contraire, du côté des campeurs on considère ces annonces comme « un signal de plus alarmant. D’abord c’est une tentative de détournement de l’opinion publique, et ensuite, le versement des salaires paraît quelque chose de normal… » Surtout, entre les tentes de camping, on considère que « ce n’est pas une aide et cela ne règle pas le problème de fond sur lequel l’ARS n’apporte aucune réponse pour régler le problème d’une dette créée par le système de gestion des établissements ».

Manu et Agnès campent aussi sur le site de l’hôpital.

Et de rappeler que les investissements, à Vierzon, sont inexistants, que pour peindre les couloirs (coûts 600 €), il avait « fallu se battre », que l’IRM n’appartient pas à l’hôpital mais est loué, que son installation devait induire trois salariés supplémentaires et qu’un seul a été recruté, ou encore que le scanner est en leasing et devra être changé tous les 7 ans sous peine de réductions de la valeur des actes …

La semaine dernière c’est ce genre de choses que les syndicats de l’hôpital ont expliqué aux élus du bassin de vie de Vierzon, qu’ils soient du Cher ou de Loir-et-Cher. Une intervention parmi d’autres qui ne devrait pas s’arrêter là. Ce ne sont pas les récents propos du sous-préfet de Vierzon, Patrick Vautier, dans la presse locale qui devraient freiner les élans de ces irréductibles.

Le représentant de l’état a ainsi déclaré au sujet de l’établissement que « sa situation en matière financière, d’offre technique, de praticiens, par rapport à ce qui se passe dans les hôpitaux voisins, ne peut probablement pas rester tel qu’il est ».

Fabrice Simoes