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Médiapart - Allocation de rentrée scolaire : Jean-Michel Blanquer en pleine fraude idéologique

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

30 AOÛT 2021 PAR MUICHKINE BLOG : LE BLOG DE MUICHKINE

Invité sur les plateaux pour annoncer la couleur de la rentrée scolaire, le ministre de l’éducation n’a pas perdu de temps pour prouver une énième fois son appétit pour les polémiques rances venues des tréfonds de l’extrême droite. Le sujet du moment (saisonnier, comme la grippe en novembre), concerne les "abus" de l’Allocation de Rentrée Scolaire...

La chasse aux pauvres est ouverte !

Qu’importe si ces abus ont été démentis maintes et maintes fois, le sujet revient à la rentrée de façon inévitable ; une occasion pour les plateaux télé de tourner en boucle sur des abus prétendus de cette allocation, notamment à l’extrême droite, qui, à un an des élections, impose le rythme. Pourtant, la Caf a plusieurs fois tenté de rappeler les faits. En 2013, ce sondage affirmait que 95% de l’aide étaient dévolus à l’achat de fournitures et de vêtements prévus pour la rentrée. Agnès Buzyn elle-même l’avait rappelée lorsqu’elle était ministre de la Santé et des Solidarités : "aucune étude sérieuse ne prouvant que l’ARS est effectivement utilisée par les familles à d’autres fins que les dépenses de rentrée scolaire, une réforme du versement de l’ARS sous la forme d’un titre spécial de paiement ou directement aux établissements scolaires n’apparaît ainsi pas opportune, plus coûteuse en gestion que le dispositif actuel et stigmatisant les familles les plus modestes". Chaque année d’ailleurs, lorsque la droite tente de faire oublier ses turpitudes financières en ressassant la fake news des "abus de la Caf", cette étude, et bien d’autres démentis lui sont opposés. Mais qu’importe.. Jean-Michel l’a bien compris : mieux vaut, en cette rentrée, vernir son lacunaire protocole sanitaire d’un discours populiste : à défaut de rassurer, il détourne l’attention. Et détourner l’attention, ça marche à tous les coups, surtout quand il s’agit des pauvres, constamment montrés du doigt lorsqu’il s’agit de détournement d’argent.

Jean-Michel Blanquer, ou l’art de la polémique rance

Ce n’est pas la première fois que le ministre sévit, il a même fait de la polémique extrême droitière son cheval de bataille. Quand ce n’est pas le mépris des pauvres, c’est celui des musulmans. Déjà en 2018, il avait ouvert la voie du dénigrement en prétendant que des filles n’allaient pas en maternelle (comprenez, du fait de leur religion). Les décodeurs du Monde avaient rectifié ses approximations. Plus récemment, il s’est emparé de la polémique outrancière de l’islamogauchisme, néologisme emprunté aux théoriciens extrémistes, fantasme qui a été démenti, là aussi, jusqu’aux plus hautes sphères du CNRS, lesquelles ont rappelé l’inconsistance d’un tel terme. Du fantasme du pauvre qui se gave sur nos impôts, au musulman qui menacerait la sécurité nationale, Jean-Michel est un sérial polémiste en chef, et il maîtrise parfaitement l’efficience de tels sujets dans des plateaux télé largement acquis aux thématiques sécuritaires. À défaut d’être un bon ministre, Jean-Michel Blanquer est un excellent porte-parole du RN.

Au-delà de la fake news : les faits

Les chiffres, eux, ne mentent pas. Et parfois, ils nous rappellent à la raison, car les honnêtes citoyens que nous sommes seraient enclins à croire aux bonnes palabres ministérielles de rentrée. D’ailleurs, France Info s’est empressé de rectifier (ce n’est pas la première fois) le ministre, en se fendant d’un article au lendemain de sa pitoyable sortie. Un rappel, donc, de ce que coûte à la France la fraude, que j’ai trouvé dans cet article.

L’infographie nous indique plusieurs choses. La première est que la fraude que se plaisent à commenter les supplétifs du RN (dont Jean-Michel Blanquer) ne concerne, au plus que 2,3 Milliards. C’est près de 50 fois moins que la fraude fiscale, pourtant aux abonnés absents des sujets médiatiques de rentrée. Lorsqu’on sait que les prestations sociales sont loin de bénéficier à ceux qui y ont droit (36% des personnes éligibles au RSA ne le demandent pas), on comprend aisément le cynisme nauséabond de cette polémique, pourtant au rendez-vous à chaque rentrée. En réalité, cette stratégie infâme est payante sur le plan communicationnel : jeter l’opprobre sur les pauvres permet d’alimenter la mécanique de haine sociale, qui décourage les prétendants aux aides, d’une part, et renforce l’impunité des profiteurs de crise, qui, pendant ce temps, ont quartier libre. Pendant ce temps, la crise du Covid a vu augmenter les dividendes versés aux actionnaires de 42%, et la fortune des milliardaires, de près de 439%. Mais pourquoi s’embarrasser avec des chiffres, orienter le débat vers les véritables scandales financiers qui minent notre système économique, quand on est ministre de la fake news ?