Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Médiapart - Berlin prêt à vacciner dans trois semaines

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Depuis la fin octobre, l’Allemagne se prépare à la plus grande campagne de vaccination de son histoire. Les Länder se sont lancés dans la mise en place de centaines de centres. Se faire vacciner ne sera pas obligatoire, et l’optimisme est de rigueur.

Berlin (Allemagne).– « Ma mission est d’installer les six centres de vaccination berlinois d’ici à la mi-décembre, avec une capacité d’accueil globale d’environ 20 000 personnes par jour. On a du pain sur la planche, mais on va y arriver ! », assure Albrecht Broemme, un géant tranquille et souriant, campé dans les couloirs d’un hôpital d’urgence pour patients du Covid-19, installé en avril dernier dans l’une des grandes halles du parc des expositions berlinois ICC. C’est là qu’il a placé son quartier général.

« Les lieux sont trouvés. Il y aura un centre à l’ICC, deux autres dans les aéroports fermés de Tegel et Tempelhoff, un au Vélodrome, un dans la Berlin Arena et enfin un dans la patinoire Erika-Heß, où nous devons faire fondre la glace, construire un sol et installer des cloisons », précise ce dernier. Rappelé de sa retraite pour l’occasion, Albrecht Broemme était auparavant chef des pompiers de Berlin, avant de devenir président de l’Agence fédérale pour l’aide technique en cas de catastrophe (THW). Malgré les obstacles qui se présentent, son expérience lui permet de conserver un certain recul : « C’est quand même moins difficile que quand il nous a fallu construire sept camps pour 35 000 réfugiés dans le nord de l’Irak », glisse-t-il au passage.

À la mi-novembre, la chancelière allemande Angela Merkel et son ministre de la santé Jens Spahn ont tour à tour déclaré que les vaccinations démarreraient fin décembre ou début janvier. Et cette semaine, Stefan De Keersmaecker, porte-parole de l’UE pour la santé, a annoncé que la Commission table sur une autorisation des vaccins pour la seconde moitié de décembre. « Il me semble difficile d’expliquer aux Allemands qu’il y a un vaccin mais que nous n’avons pas encore les infrastructures nécessaires », commente le ministre Spahn, dont les services estiment que la vaccination de deux tiers de la population serait idéale pour maîtriser enfin le virus.

Depuis la fin du mois d’octobre, l’Allemagne se prépare à la plus grande campagne de vaccination de son histoire. Dès le 6 novembre, elle a réactualisé les modalités de sa stratégie nationale de vaccination. Trois jours plus tard, le Conseil fédéral pour l’éthique a prononcé ses recommandations sur la priorisation des groupes à vacciner. D’abord les plus âgés (+ de 75 ans) et les personnes à risque, mais aussi les personnels soignants, les pompiers, les policiers ou encore les enseignants. Enfin, le 19 novembre, la loi sur la lutte contre les pandémies a été amendée, aussi pour faciliter la répartition des tâches et responsabilités de la vaccination.

« Se faire vacciner ne sera pas obligatoire. Mais tout le monde recevra une invitation », assure M. Broemme, dont le staff a calculé qu’il faudra compter une heure par personne et par visite : « Injecter, c’est deux minutes. Il y aura aussi un peu de paperasserie. C’est surtout la circulation dans le centre qui prendra du temps. Les risques de contagion nous obligent, par exemple, à créer des parcours à sens unique. » Le fonctionnement des centres suppose bien sûr la présence d’un personnel qualifié qui reste encore à trouver, à raison de 250 personnes par centre : « Le groupe hospitalier Vivantes va proposer une partie de ses effectifs. Nous avons par ailleurs près de 300 volontaires, médecins et infirmiers en exercice ou à la retraite, qui se sont déjà signalés. Pour vacciner, la motivation est forte », précise le logisticien, qui se déclare confiant malgré la pénurie bien connue de main-d’œuvre dans ce secteur.

Au niveau national, le niveau de préparation est très variable. Le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, avec 18 millions d’habitants, le plus peuplé d’Allemagne, prévoit 53 centres, la Bavière 30 centres, etc. À Ulm, dans le Bade-Wurtemberg, certains centres existent déjà et ont même commencé les répétitions avec des figurants. En Saxe-Anhalt, en revanche, le gouvernement du Land n’a publié que cette semaine la liste des villes qui accueilleront l’un des 14 centres de la région et tout est à faire. Quant à Berlin, les travaux ont commencé à la fin de la semaine.

L’État fédéral, via le ministère de la santé, va se charger d’acheminer les vaccins dans près de 27 centres régionaux, des lieux tenus secrets et protégés par l’armée. Par la suite, des prestataires privés supervisés par la Croix-Rouge, la Bundeswehr ou l’ONG des Johanniter répartiront les précieuses caisses entre les centres. Pour Han Teutel, président de la Fédération allemande de l’industrie pharmaceutique (VFA), les réseaux logistiques et les technologies sont là : « Le transport des vaccins ne devrait pas poser de problèmes majeurs », dit-il. Chez Lufthansa Cargo, le chef du développement industriel, Thorsten Braun, évoque tout de même les défis techniques liés aux volumes à transporter : « Le vaccin germano-américain de BioNTech/Pfizer doit être conservé à − 80 °C. Nous savons le faire, mais nous allons avoir besoin d’énormes quantités de neige carbonique pour y parvenir. C’est pour cela que nous avons monté une task force qui planche sur ce genre de questions depuis des semaines, en collaboration avec les entreprises de logistiques et de la pharmacie. »

« Nous n’allons pas vacciner l’Allemagne en quelques semaines », rappelle aussi Albrecht Broemme. Au début, l’Allemagne devrait être essentiellement approvisionnée avec le vaccin de BioNTech/Pfizer. « Mais cela arrivera progressivement. À ma connaissance, la première livraison berlinoise a un volume de 90 000 doses, de quoi vacciner 45 000 personnes [le vaccin comporte une première injection et un rappel deux semaines plus tard – ndlr]. Nous comptons sur une période d’environ trois mois pour que tout se mette en place mais aussi pour que d’autres vaccins arrivent sur le marché et que certains cabinets médicaux assurent les rappels », conclut le logisticien berlinois, qui reconnaît consacrer pas mal de temps à communiquer dans le but de convaincre ses concitoyens que le vaccin est la meilleure des solutions face au Covid-19.