Luttes et mobilisations

Médiapart - Evacués de la maternité du Blanc, ils dénoncent le « mépris des autorités »

il y a 2 semaines, par Info santé sécu social

31 octobre 2018 Par Dan Israel

Les opposants à la fermeture de la salle d’accouchement de cette sous-préfecture de l’Indre occupaient l’hôpital depuis onze jours. Ils ont été évacués le 30 octobre. Depuis juin, la mobilisation rassemble élus locaux, soignants et habitants, mais elle se heurte au ministère de la santé, à l’autorité régionale de santé et à la direction de l’hôpital.

Le Blanc (Indre), envoyé spécial.–

Le déroulement de leur journée était déjà planifié, ce mardi 30 octobre. Comme tous les jours depuis le lancement de l’occupation, le 19 octobre, d’une partie de la maternité de l’hôpital du Blanc, une des sous-préfectures de l’Indre. Les membres du collectif « C pas demain la veille », qui militent contre la fermeture programmée de la seule salle d’accouchement à 60 kilomètres à la ronde, prévoyaient de tenir leur traditionnel point presse de 19 heures, d’accueillir les 200 à 300 personnes leur rendant visite chaque jour, d’organiser une dégustation de pouligny-saint-pierre, le fromage de chèvre local. D’organiser, aussi, des visites similaires à celles des politiques Philippe Poutou (NPA), passé dimanche 28, et Benoît Hamon (Génération.s), passé le lendemain, ou encore de maintenir la liaison avec les hôpitaux de Poitiers, Vierzon ou Toulouse, qui les soutiennent.

Les membres du collectif n’en auront pas eu l’occasion. Pas plus que de renouveler les événements déjà organisés, comme les buffets, les répétitions de chorale, les animations pour enfants, les visites du marché local… À 4 h 45 du matin, des dizaines de gendarmes ont évacué dans le calme les occupants de cette maternité rurale, aux confins de l’Indre, de la Vienne et de l’Indre-et-Loire, mettant fin à onze jours d’occupation bon enfant.

Prévenus à l’avance par une bonne source, les organisateurs avaient rassemblé 80 personnes dans la nuit, y compris une dizaine d’enfants. Lorsque les gendarmes se sont présentés, les familles sont sorties, suivies d’élus locaux qui ont fait une courte déclaration : « Nous demandons du dialogue depuis dix jours, et voilà la réponse de l’État. » Les gendarmes ont ensuite évacué une dizaine de femmes habillées en « servantes écarlates » – du nom de la série télé et du roman de Margaret Atwood, devenus des symboles des violences faites aux femmes, régulièrement convoqués par les militants locaux – puis tous les autres.

« En dix jours d’occupation, pas un responsable de l’hôpital, de la préfecture ou de l’agence régionale de santé (ARS) n’est venu nous voir, et personne ne nous a même demandé de partir. Et voilà… », soupire Claire Moreau, l’une des porte-parole et des têtes pensantes du collectif « C pas demain la veille », animatrice dans une association d’éducation populaire et dont les trois enfants sont nés à la maternité.

Le temps de reprendre leurs esprits, les occupants se sont rassemblés dans la salle communale puis ont pris le chemin du centre des impôts local, pour l’occuper à son tour. « En France, nous sommes égaux devant le paiement de nos impôts, mais pas devant l’accès aux services publics », explique une participante.

« Notre idée, c’est d’embêter un peu l’État. On a du mal à obtenir des contacts, nous les demandons donc par l’intermédiaire du trésorier des finances publiques, indique Annick Gombert, la maire (PS) du Blanc, en première ligne de la mobilisation. Cela fait des semaines que nous demandons un rendez-vous avec la ministre de la santé Agnès Buzyn. J’ai finalement obtenu un échange téléphonique d’une demi-heure, lundi, mais rien de plus et nous n’avons pas avancé. »

Pour les autorités, la situation est en effet limpide : les habitants ont perdu leur bras de fer. Les accouchements avaient déjà été suspendus le 27 juin, jusqu’à la fin octobre, pour cause de manque de personnel, selon la direction de l’hôpital. La maternité est cette fois définitivement fermée depuis que le conseil de surveillance de l’hôpital de Châteauroux, dont dépend la maternité depuis janvier 2017, a confirmé la procédure vendredi 19 octobre. Une situation symbolique de ces petites villes qui perdent les unes après les autres leur maternité. Le Monde a rappelé au début de l’année qu’en 40 ans, le nombre de maternités a été divisé par trois, alors que les naissances sont restées relativement stables, autour de 800 000 par an.

Les 6 500 habitants du Blanc, mais aussi la population dix fois plus nombreuse de tout le bassin qui dépend de l’hôpital, doivent désormais se tourner vers les centres hospitaliers de Châtellerault (52 km), Châteauroux (59 km) ou Poitiers (61 km), tous à environ une heure de route. Selon les calculs des défenseurs de la maternité, l’Indre compte désormais une seule maternité pour 224 000 habitants, contre quatre pour le Cher et ses 308 000 habitants.

Ce mardi, la pilule est amère. D’autant que lorsque les militants se rassemblent à la trésorerie des finances publiques, les meubles et les lits de la maternité sont en cours d’enlèvement, rassemblés dans des camions de déménagement, et que l’eau et l’électricité sont coupées sur place. Signe définitif de la mise au rebut de ce service public si chèrement défendu ? C’est l’interprétation qui domine dans les rangs, déjà échaudés par le cadenassage ô combien symbolique des portes de la salle d’accouchement le 27 juin.

Interrogée par Mediapart, Évelyne Poupet, la directrice de l’hôpital de Châteauroux-Le Blanc, conteste cette vision des choses et assure avoir « fait enlever tous les meubles afin de permettre à une entreprise extérieure de procéder à un grand nettoyage du service ». Elle explique aussi avoir demandé à la sous-préfecture l’évacuation du service « à la suite de remarques et de plaintes du personnel qui travaillait toujours dans la maternité, où ils accueillaient encore des futures mamans dans des locaux non loin : certains n’en pouvaient plus ». « J’avais décidé d’attendre quelques jours pour demander cette évacuation, en espérant que les occupants s’en iraient ce week-end », indique la directrice.

L’occupation avortée de la maternité, suivie de celle du centre des impôts, ne sont que les dernières manifestations d’une mobilisation tous azimuts depuis le mois de juin : « Appel citoyen » le 18 juin devant la sous-préfecture, mise en scène le 29 d’un faux accouchement sur le pont qui enjambe la Creuse, envoi d’une pétition signée par 43 maires au premier ministre, plainte en référé – rejetée –devant le tribunal de grande instance de Limoges et manifestation rassemblant de 2 000 à 3 000 personnes devant la mairie le 15 septembre… Le 28 septembre, 53 élus locaux ont encore accroché aux grilles de la sous-préfecture des portraits officiels d’Emmanuel Macron, et le 11 octobre, plus de 72 élus locaux ont adressé leur démission au préfet, qui a deux mois pour accepter ou refuser.

Les habitants sont mobilisés, en soutien des militants

Les élus locaux attendaient de la ministre de la santé la même chose que de ses prédécesseurs, Xavier Bertrand en 2011 et Marisol Touraine en 2012 : obtenir, au nom de l’aménagement du territoire, un moratoire sur la fermeture d’une partie de cet hôpital isolé, évoquée pour la première fois en 2011. Aujourd’hui, ils déchantent. « Les précédents gouvernements avaient rencontré les élus et les avaient entendus. Cette fois, rien, signale dépitée Annick Gombert. Le ministère et l’ARS appliquent une ligne, sans pouvoir déborder à droite ou à gauche : il faut exécuter les ordres, et fermer un maximum de petites maternités, pour rentrer dans les clous financiers. »

Pour la maire de la petite ville, la fermeture « est un symbole, mais aussi bien plus que cela », une catastrophe pour la ville et ses alentours : « Sans maternité, les jeunes couples ne s’installeront plus. À terme, en cascade, la menace pèse sur les écoles, le lycée, et l’école d’infirmières, seule formation postbac dans la commune, qui coûte 300 000 euros par an à la région et qui nécessite un hôpital de grande dimension pour accueillir les stagiaires… » Sans parler du centre administratif de la gendarmerie, qui gère la paye des gendarmes pour toute la France, et qui arrime 500 personnes au territoire.

Dans le hall d’accueil du centre des impôts, habit de servante écarlate sur le dos, Sylviane, sexagénaire auteure de biographies, déclare s’engager « pour le territoire, pour ce qu’on appelle un cadre de vie ». « Je n’accepte pas le discours actuel sur la ruralité, j’estime que nous sommes niés dans ce que nous représentons pour le pays. Aujourd’hui, la campagne, ça va bien pour alimenter les villes, mais ça s’arrête là », lâche celle qui participe à la mobilisation autant que possible.

À quelques mètres, Luna, 5 mois, anime le rassemblement de ses babillements et de ses pleurs. Ses parents, Laurène et Diego, racontent que si elle est née à la maison, à une trentaine de kilomètres de là, l’accouchement et sa préparation ont eu lieu « en lien constant avec la maternité ». « Les enfants, ce sont les premiers concernés, c’est ultra normal qu’ils soient là, estime Laurène. Il faut qu’ils aient cette chance de commencer leur vie sereinement, dans le calme, avec des parents détendus. Notre combat, c’est aussi celui de la dignité et du respect pour les femmes. »

Les militants peuvent compter sur le soutien de la population. « Je suis de tout cœur avec vous ! », leur lance une femme sortant du service des impôts. Un peu partout dans la ville, sur les murs ou sur les panneaux d’affichage, on trouve des autocollants portant le logo distinctif, une femme enceinte stylisée et barrée. La mairie a fait placarder en grand à son fronton le slogan « Le Blanc voit rouge ». Au centre des impôts, on apporte des croissants, des pains au chocolat et des chouquettes offerts par les commerçants. Plus tard, ce seront des baguettes pour faire des casse-croûte. « On oublierait presque qu’on n’a dormi que deux heures… », rigole une dame aux courts cheveux blancs en croquant dans un sandwich.

Priorité financière ou question de sécurité ?
La situation n’en reste pas moins au point mort. Le dialogue s’engage avec deux directeurs départementaux des finances publiques. Le ton est courtois, l’échange s’éternise, mais ne mène nulle part. Les militants demandent aux fonctionnaires d’organiser une médiation, ou au moins de permettre qu’elle ait lieu sur place. Refus poli, mais ferme. « Nous sommes fonctionnellement totalement incompétents, nous ferons remonter à la sous-préfecture et à la préfecture vos remarques, probablement tout à fait fondées, votre détermination, votre non-violence, mais nous ne pouvons rien faire de plus », maintient l’un des responsables des impôts.
« Ce dialogue de sourds, c’est ce à quoi nous avons droit depuis le début, témoigne Trinidad Gutierrez, infirmière et responsable Force ouvrière de l’hôpital. Ce qui est terrible, c’est que personne n’a été capable de nous dire qu’il s’agit d’une question financière. » Car pour tous les soutiens de la maternité, il ne fait aucun doute que la fermeture est avant tout dictée par un souci budgétaire, puisque l’établissement du Blanc accuse un déficit annuel d’environ 2 millions d’euros. Ce que dément l’ARS avec la dernière énergie : « Ce n’est absolument pas l’argument financier qui a joué, assure Christophe Lugnot, le chef adjoint de cabinet de l’ARS Centre-Val de Loire, depuis Orléans. Mais la direction de l’hôpital ne s’estimait plus en mesure d’assurer des accouchements 24 heures sur 24, sept jours sur sept. »

Depuis plusieurs semaines, et comme c’est le cas pour presque toutes les fermetures de maternité, les autorités s’emploient à faire porter le débat sur des questions de sécurité. Au Blanc, en 2017, les accouchements sont tombés au nombre de 255, contre 400 en 2009. Un nombre insuffisant pour assurer la sécurité, estiment l’ARS et la direction de l’hôpital, qui soulignent aussi le manque de soignants affectés de façon pérenne au site, remplacés par des médecins, des anesthésistes et des infirmiers intérimaires, payés à prix d’or.

Pour appuyer sa position, l’ARS a commandé un rapport à des professionnels de santé extérieurs à la région. Publié le 28 septembre, le document (disponible sous l’onglet Prolonger de cet article) préconise la fermeture de la maternité, et son remplacement par un « centre périnatal », qui permettrait de suivre les futures naissances, sans assurer les accouchements. Le document identifie de très grandes difficultés de recrutement, « plusieurs dysfonctionnements pouvant mettre gravement en jeu la sécurité des prises en charge » et des « pratiques collectives non conformes ». Sans remettre en cause « la compétence individuelle des personnes », il décrit une « culture qualité insuffisante ».

Entre les lignes, il évoque la mort d’un bébé à la naissance, le 10 avril, et les procédures d’urgence qui n’ont pas été respectées à cette occasion, sans dire explicitement que ces manques ont conduit au décès. Ce qui n’empêche pas la direction de rappeler régulièrement en privé cet épisode tragique. En oubliant, selon les militants, qu’un décès similaire, qu’ils jugent imprévisible, a aussi eu lieu à Châteauroux quelque temps plus tard.

Une maternité « dangereuse », selon la ministre
Le rapport remis à l’ARS a permis à Agnès Buzyn de déclarer le 16 octobre que la maternité était « dangereuse », siège de « très mauvaises pratiques », « avec une méconnaissance des procédures d’urgence ». C’est peu dire que les mots de la ministre ont blessé les soignants de l’hôpital et leurs soutiens. « C’est lâche, et très dur pour les personnels. Avoir l’outrecuidance de dire que la maternité est dangereuse, alors qu’elle a une excellente réputation et que des femmes venaient d’un peu partout pour bénéficier de ce qu’elles considéraient comme une prise en charge remarquable, s’indigne la maire. Les sages-femmes s’étaient même formées sur leur temps et leur argent personnel pour aller vers plus d’accompagnement et de bien-traitance. Ici, les taux d’épisiotomies et de césariennes étaient plus bas qu’à Châteauroux. »

Pour tous les militants, c’est l’incompréhension. Trinidad Gutierrez rappelle que fin 2016, l’hôpital du Blanc a obtenu une certification de niveau B, certes avec des points à corriger, mais que le centre de Châteauroux, lui, a écopé d’une certification de niveau C, avec des réserves bien plus sérieuses. « On nous reproche principalement de ne pas avoir de stratégie globale, de manquer de cadre, dit la syndicaliste. Mais c’était à la direction d’agir, d’organiser les services. Or rien n’a été mis en place en vue de construire un quelconque projet. Si vous n’avez pas arrosé une plante, après il est facile de dire qu’elle est morte… »

Quant à Ghislaine, aide-soignante à la retraite depuis deux ans, née au Blanc et ayant travaillé 37 ans dans son hôpital, elle juge qu’« envoyer les femmes en pleine période de contractions sur de petites routes de campagne, avec des papas stressés qui vont conduire comme des fous, c’est trop dangereux ». « La route vers Châteauroux passe par 20 kilomètres de zone blanche en plein milieu des bois, où les téléphones ne captent absolument pas », rappelle-t-elle. Les possibilités évoquées par les autorités de faire appel à des ambulances, voire à l’hélicoptère médical local, ne la rassurent guère : « La nuit, il y a une seule ambulance de garde, un hélicoptère ne circule ni la nuit ni dans le brouillard, et ne prend pas en charge les femmes en train d’accoucher. »

Pour l’ARS, tous ces risques sont moindres que celui de laisser fonctionner le service de naissances du Blanc. « Il faut savoir mettre en place des protocoles pour rendre les procédures plus sûres qu’un accouchement à la maternité du Blanc, avec un manque potentiel de personnel. Et après tout, cela ne concerne qu’un petit nombre de femmes chaque année », juge Christophe Lugnot, qui signale que les accouchements programmés depuis fin juin se sont bien déroulés et qui rappelle que depuis plusieurs années, toutes les grossesses jugées à risque étaient déjà suivies loin du Blanc.

Pour apaiser les craintes, des mesures complémentaires sont envisagées par l’ARS, comme le paiement de chambres d’hôtel à Châteauroux pour les futures mères, et la création d’un réseau de sages-femmes dédiées à leur accompagnement au Blanc. Pas de quoi satisfaire les militants. Dans leurs rangs, les critiques fusent envers l’hôpital de Châteauroux, qui a avalé Le Blanc en 2017. Sa réputation serait mauvaise et les femmes y seraient mal reçues pour les accouchements.
Tout le contraire du service du Blanc, qui jouit, il est vrai, d’une réelle popularité dans les environs. « Cette maternité, ce n’est pas seulement un service public comme un autre, c’était un lieu remarquable, reconnu par tous, résume Claire Moreau, du collectif. Alors, imposer aux femmes de faire une heure de route pour aller accoucher, c’est bien sûr l’horreur. Mais en plus, elle était trop bien, cette maternité… La voir fermer, c’est rageant ! »

La défiance est installée, et sans doute là pour rester. Elle vise en premier lieu Évelyne Poupet, la directrice de l’hôpital de Châteauroux-Le Blanc, soupçonnée de vouloir se débarrasser de son antenne blancoise. « La question de la sécurité est un prétexte. Cette fermeture, c’est une machination pour faire tomber tout l’hôpital, lance Gildas Yaouanc, cardiologue à l’hôpital et l’un des rares médecins à s’engager dans ce combat. On commence par détricoter ce qui est vu comme le maillon faible, et après nous perdrons la chirurgie, dont l’ouverture en continu est justifiée par la présence de la maternité. Puis ce sera au tour des urgences… »

Là encore, l’ARS dément fortement, tout comme Évelyne Poupet. « Notre ambition est au contraire de consolider et de renforcer l’activité, de préserver le plateau technique de grande qualité et les équipements de haut niveau qui existent sur le site », promet la directrice, qui souligne que 1,8 million d’euros d’investissements ont été réalisés ces dernières années au Blanc. Elle évoque divers projets de développement des activités, tous censés démarrer bientôt. Elle convient néanmoins que « la situation est assez délétère, ce qui est embêtant, par exemple pour réaliser des embauches de médecin ». En réponse aux critiques dures qui lui sont adressées, elle affirme « n’attendre que ça, de travailler avec les équipes du Blanc », mais constate qu’« aujourd’hui, ils ne sont pas prêts à coopérer ».

De nouveaux militants

Dans ce paysage de fortes tensions, et face au défaitisme qui pointe son nez, les militants veulent néanmoins trouver des traces d’espoir. « Une mobilisation sur une durée aussi longue, avec un tel degré d’engagement, je n’avais jamais vu ça ici, signale Sylviane. J’ai été surprise par le monde qui s’est mobilisé, venu de toutes les classes sociales, de tous les horizons. Quelque part, ça redonne confiance : l’image fataliste, qui veut qu’on ne plus rien changer, elle s’effrite. Il y a encore de la résistance. »

Le collectif « C pas demain la veille », surgi des mobilisations du mois de juin et composé d’habitants de la région, sans soignants ni élus, s’attire en effet tous les suffrages. Sa première action a été l’organisation du faux accouchement sur le pont, et c’est lui qui a organisé les occupations et les manifestations les plus récentes, prenant la relève du premier « comité de défense », lancé en 2011 et plutôt composé d’élus et de notables. Selon Claire Moreau, le but de la nouvelle génération est à la fois de « mener des actions médiatiques et symboliques, pour nous faire entendre et voir, puisque nous sommes perdus dans la campagne » et « mobiliser la population localement, la faire s’approprier les revendications de façon visible ». Un double objectif atteint, à coups de fausses annonces du Bon Coin, d’interpellations en néerlandais, italien, berrichon ou langue des signes, ou encore de vidéos spécial Halloween.

« Quand le collectif est apparu, j’ai été surpris et un peu contrarié, confie le médecin Gildas Yaouanc, membre du premier comité. Et puis j’ai compris : ils font ce que nous, les notables englués dans des démarches institutionnelles, n’étions plus capables de faire. C’est une autre génération, des 25-40 ans, une autre tranche de la population, des associatifs, des professionnels du socio-éducatif, des agriculteurs… Et ils réussissent à nous secouer. »

Au centre des impôts, peu après la mi-journée, c’est l’une des figures du collectif, Bertrand, éducateur, deux enfants nés à la maternité, qui donne le signal du départ. Il s’adresse aux deux fonctionnaires qui ont dialogué plusieurs heures avec les militants : « Le collectif se retire. Nous faisons à nouveau le constat du mépris des autorités compétentes, qui ne vous ont même pas pris au téléphone lorsque vous les avez appelés pour leur signaler notre présence. » Il appelle à une réunion le lendemain soir dans la salle communale et annonce une action le 21 novembre à Paris. En sortant, le mot d’ordre des habitants en colère retentit : « C’est pas fini ! C’est pas fini ! »