Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Médiapart - Face à Omicron, le gouvernement serre la vis pour faire peser la « contrainte sur les non-vaccinés »

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

Depuis ses vacances, Emmanuel Macron a tenu tour à tour un conseil de défense sanitaire puis un conseil des ministres ce lundi 27 décembre.

Jean Castex et Olivier Véran ont présenté les mesures prises pour enrayer l’épidémie de Covid-19 et ses nouveaux variants. Rappel au bout de trois mois, durée d’isolement réduite, télétravail obligatoire, retour des jauges et interdiction de boire ou manger debout… de nouvelles mesures pour inciter sans (trop) contraindre, et entériner le passe vaccinal.

James Gregoire, Cécile Hautefeuille et Camille Polloni

27 décembre 2021 à 21h14

« La situation sanitaire de notre pays est très tendue. » Le ton grave, Jean Castex a été très clair ce lundi 27 décembre, jour de conseil de défense sanitaire. Le premier ministre, accompagné d’Olivier Véran, l’affirme sans hésitation : « Une nouvelle vague déferle sur notre continent avec Omicron. »

Plusieurs mesures sont mises en place pour tenter d’endiguer la pandémie. Réduction du délai pour la dose de rappel à 3 mois, mise en place de jauges pour les grands rassemblements, interdiction de manger ou boire dans les lieux de culture : « Nous sommes engagés dans une course contre la montre », rappelle le premier ministre.

Des annonces attendues alors que la situation épidémique s’est aggravée ces dernières semaines. Les derniers chiffres font état, au 27 décembre, de 30 383 nouveaux cas confirmés, 16 921 personnes hospitalisées dont 3 333 en réanimation, et 256 personnes mortes à l’hôpital.

Depuis plusieurs jours déjà, les statistiques sont en augmentation constante. Ainsi, le 25 décembre a vu la barre des 100 000 nouveaux cas détectés franchie. Et la situation pourrait ne pas évoluer dans le bon sens avec le variant Omicron. Ce dernier, réputé plus contagieux que ses prédécesseurs, représenterait 17 % des tests positifs quotidiens selon les estimations de Santé publique France (voir notre Boîte noire).

Points déjà évoqués depuis plusieurs jours, Jean Castex a officiellement annoncé la transformation du passe sanitaire en passe vaccinal mais également la réduction du délai pour faire sa dose de rappel : « Dès demain matin, il suffira de 3 mois pour avoir une dose de rappel », indique le premier ministre. Face au nouvel élan épidémique, Olivier Véran déclarait le 18 décembre, chez Brut, que « le passe vaccinal [était] une façon d’arriver à l’obligation vaccinale ».

Une situation qui va de mal en pis
Gabriel Attal quant à lui affirmait déjà, dès le mois de juillet, que le passe sanitaire n’était « pas une obligation vaccinale, mais une incitation maximale ». Volonté gouvernementale derrière cette mesure : inciter, un an tout juste après le lancement de la campagne vaccinale, à se rendre dans les centres de santé afin que le taux de vaccination cesse de stagner.

Entre le 23 novembre et le 23 décembre par exemple, le nombre de personnes ayant un schéma vaccinal complet a augmenté de 3,5 % (2 365 525 « doubles vacciné·e·s »). C’est trop peu selon le gouvernement, qui souhaite au maximum « faire peser la contrainte sur les non-vaccinés ». Au 23 décembre, 9 % des Français éligibles n’avaient toujours pas commencé une démarche vaccinale. Le Conseil des ministres a approuvé le projet de loi et il sera présenté dès mercredi à l’Assemblée nationale en vue d’une mise en application le 15 janvier. Passé cette date, il faudra un schéma vaccinal complet pour aller au restaurant, dans les musées ou encore en boîte de nuit, lorsque celles-ci rouvriront.

La consommation dans les bars et cafés ne pourra plus se faire debout, mais seulement de manière assise.
Jean Castex

Voulant maintenir l’économie de l’hôtellerie-restauration à flot tout en continuant à lutter contre l’épidémie, Jean Castex précise pour les bars et restaurants que « la consommation ne pourra plus se faire debout, mais seulement de manière assise ». Dans la même veine, le premier ministre annonce « dès lundi interdire les grands rassemblements de plus de 2 000 personnes à l’intérieur et 5 000 à l’extérieur. Les concerts debout sont interdits ». Il sera enfin impossible de manger ou boire au cinéma ou au théâtre, « afin d’éviter d’ôter son masque », rappelle Olivier Véran.

Autre mesure déjà préparée depuis plusieurs jours, la réduction de la durée d’isolement des cas contacts sera finalement annoncée vendredi. Jusqu’ici, les cas contacts non vaccinés doivent s’isoler 7 jours, voire 17 lorsque qu’ils vivent avec une personne positive au Covid-19. Dans le premier cas, c’est-à-dire pour un cas contact « classique », le gouvernement pourrait réduire la période d’isolement de ces derniers. C’est déjà le cas au Royaume-Uni par exemple. Pour la deuxième situation, si la personne partage son logement avec une personne testée positive, la durée d’isolement pourrait passer de 17 à 10 jours.

Une mesure qui vise à préserver la productivité française. En effet, entre le 1er novembre et le 19 décembre, les arrêts de travail ont augmenté de 740 %, passant de 5 763 à 42 541 selon Le Journal du dimanche. Le gouvernement veut surtout éviter une paralysie de l’économie, comme s’inquiétait le Conseil scientifique la semaine dernière, évoquant une possible « désorganisation de la société dès janvier ».

Enfin, dernière grande annonce de Jean Castex : « Pour 3 semaines dès la rentrée, le télétravail est obligatoire, je répète obligatoire, pour 3 jours minimum dans les entreprises où c’est possible et de préférence pour 4 jours. » Or, comme déjà indiqué ici et là dans Mediapart, rien n’oblige une entreprise à faire télétravailler ses salariés. Légalement, il n’existe aucune possibilité de fermer rapidement une entreprise qui ne met pas ses salariés en télétravail alors qu’elle le pourrait.

« Le niveau des hospitalisations continue sa progression, certes à un rythme modéré, mais la situation demeure tendue, indique le premier ministre, avant d’ajouter qu’« on ne voit pas de surcharge hospitalière liée à Omicron » et que « d’autres pathologies affectent le niveau d’activité ». « Il n’y a pas photo sur la nature des hospitalisations et des formes graves, tranche Jean Castex. Ce sont des personnes non vaccinées. »

Partout en France, l’hôpital vacille et aucune région n’est épargnée. Courant décembre, l’ensemble des agences régionales de santé (ARS) de France métropolitaine ont déclenché le plan blanc dans tous les établissements publics et privés.

Mediapart a établi ici une carte de ces plans blancs mais aussi des services d’urgence fermés. À Marseille, comme révélé dans notre article, on se prépare même au tri des patients, faute de place en réanimation (la région affiche des taux d’occupation avoisinant les 90 à 95 %). Les plus de 65 ans jugés fragiles pourraient être refusés alors que le taux d’incidence dans les Bouches-du-Rhône est supérieur à 1 000 pour 100 000 habitants.

Une rentrée maintenue, un Nouvel An au cas par cas
Aucune mesure particulière n’est prise concernant l’école, cela malgré l’appel de plusieurs professionnels de santé dans Le JDD demandant au gouvernement de repousser la rentrée scolaire. Ils pointent notamment le manque de mesures prises pour endiguer l’épidémie dans les classes (peu ou pas de masques distribués, pas de capteurs de CO2, impossible de respecter la distanciation sociale). Leur argumentaire se base aussi sur les chiffres, à savoir un taux d’incidence qui augmente dangereusement chez les 0-9 ans. « 190 enfants sont hospitalisés pour Covid, 35 en réanimation. C’est pour cela que nous mettons en place la vaccination pour les 5-11 ans », rappelle Olivier Véran.

Le ministre de la santé note que la bronchiolite est bien plus dangereuse et importante chez les enfants que le Covid. C’est la scolarité qui est le plus important aux yeux du gouvernement, et il l’affirme sans vergogne : « Oui, nous assumons de sanctuariser l’école. »

Pas de mesures supplémentaires pour le Nouvel An non plus, alors qu’une rumeur d’un potentiel couvre-feu le soir du 31 avait circulé et que Jean Castex a demandé aux préfets, le 17 décembre dernier, d’annuler les feux d’artifice. Les dispositions pour la Saint-Sylvestre seront prises à l’échelle locale. Ainsi, plusieurs départements (comme la Dordogne ou l’Oise) ont déjà interdit la vente et la consommation d’alcool sur la voie publique le 31 décembre après 20 heures, et ce jusqu’au lendemain matin.

Outre cette mesure, qui ne sera effective qu’au Nouvel An, d’autres restrictions rythmeront le début de l’année 2022, et donc la vie électorale française. Alors que les candidats se déclarent petit à petit à l’approche de l’échéance présidentielle, le passe sanitaire ne sera pas exigé à l’entrée des meetings. Le Conseil constitutionnel l’a d’ailleurs rappelé le 9 novembre : « La présentation du passe sanitaire ne peut être exigée pour l’accès aux bureaux de vote ou à des réunions et activités politiques. » Répondant aux journalistes, Jean Castex l’a réaffirmé : « Les limitations de capacité des salles ne concernent pas les meetings politiques. »

Reste à voir quel impact l’élection présidentielle aura sur la pandémie de Covid-19 et inversement. Et cela 100 jours avant le premier tour.

Un nouveau conseil de défense sanitaire doit avoir lieu mercredi prochain, le 5 janvier 2022.

James Gregoire, Cécile Hautefeuille et Camille Polloni

Boîte noire
Les chiffres concernant le variant Omicron ne sont pour l’instant que des estimations car la méthode de criblage du variant se base sur l’élimination. Avant le 20 décembre, trois mutations étaient cherchées : E484K (Beta/Gamma), E484Q (Kappa) et L452R (Delta). Dans les nouveaux tests positifs depuis le 20 décembre, le variant Omicron est suspectée si le criblage ne fait ressortir aucune des trois mutations déjà connues. Il pourrait devenir majoritaire en France, comme le variant Delta avant lui.