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Médiapart - New York et Madrid cherchent à éviter la deuxième vague

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

5 OCTOBRE 2020 PAR FRANÇOIS BOUGON

Paris n’est pas la seule grande ville à adopter de nouvelles mesures contre la pandémie. Madrid a également pris des mesures en ce sens vendredi soir. Et New York s’y prépare.

« Ce n’est pas un jour de réjouissance. » Dimanche, un maire de New York plutôt sombre a détaillé, en anglais puis en espagnol, son plan pour tenter d’empêcher la pandémie de s’étendre. Neuf quartiers de Brooklyn et du Queens sont visés, car le nombre de cas positifs – 3 % des personnes testées sur sept jours consécutifs – repart à la hausse, a expliqué Bill de Blasio.

Les écoles et les commerces non essentiels seront fermés à partir de mercredi et pour au moins deux semaines si les mesures sont approuvées par l’État de New York, dirigé par le gouverneur Andrew Cuomo. Les restaurants seront limités à un service de ventes à emporter. Par ailleurs, onze quartiers ont été placés sous surveillance.

Les zones concernées, indique le New York Times, « abritent d’importantes populations de juifs orthodoxes – des communautés où le virus se propage rapidement et où les responsables de la santé publique ont eu du mal à persuader de nombreux habitants de respecter les directives sur le port du masque et la distanciation sociale ». Récemment, des rassemblements ont eu lieu lors des fêtes juives de Rosh Hashanah et Yom Kippour.

Fin septembre, un reportage de l’Agence télégraphique juive montrait que le port du masque et les mesures de distanciation sociale n’étaient guère observés au sein des communautés de juifs orthodoxes. Parmi les raisons avancées figurait le sentiment largement partagé que, touchées au printemps, elles étaient désormais protégées par l’immunité de groupe. S’y est développée également une défiance à l’encontre des autorités et des médias « mainstream » en raison de la popularité des sites d’information d’extrême droite.

De l’autre côté de l’Atlantique, dans le sud de l’Europe, le gouvernement espagnol a décidé non pas de confiner à nouveau mais de limiter fortement pendant au moins deux semaines la circulation des habitants à Madrid et dans neuf villes des alentours.

Cette mesure est justifiée par le fait que 35 % des nouveaux cas ont été enregistrés à Madrid, alors que la communauté abrite 14 % de la population espagnole. Elle est susceptible de toucher près de cinq millions de personnes. Depuis vendredi soir, elles peuvent sortir de chez elles, mais pas de leur commune, sauf pour des déplacements justifiés liés au travail, à la santé ou à l’enseignement.

Selon le ministre de la santé, Salvador Illa, trois critères ont été pris en compte : une incidence à 14 jours qui dépasse les 500 cas pour 100 000 habitants ; des tests PCR positifs dépassant les 10 % ; un taux d’occupation des lits en soins intensifs par des patients infectés par le coronavirus de 35 %.

Avant même leur entrée en vigueur, ces restrictions ont donné lieu à des joutes politiques. Tout d’abord entre le gouvernement de gauche dirigé par le socialiste Pedro Sanchez et la communauté autonome de Madrid. Sa présidente, Isabel Díaz Ayuso, membre du Parti populaire (PP, droite), a introduit un recours devant l’Audience nationale, jugeant excessives les mesures prises.

Dans une interview au quotidien conservateur ABC, elle a accusé le pouvoir central de propager un « sentiment de chaos » et de n’avoir rien fait pour soutenir la stratégie qu’elle avait mise en place. « Ce n’est pas tout ou rien, je plaide pour des solutions intermédiaires, car nous sommes un moteur économique de ce pays et nous ne pouvons pas tenir. »

Mais sa position est contestée, au sein même de sa coalition, par son vice-président, qui appartient au mouvement centriste Ciudadanos (Citoyens). Sur Twitter, Ignacio Aguado a jugé que ces mesures « sauvent des vies ».

En tout cas, dans l’attente de la décision de l’Audience nationale, les contrevenants ne paieront pas d’amendes. Maigre consolation.