Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Médiapart - Omicron : pourquoi les demi-mesures du gouvernement sont risquées

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

Les quelques mesures de restriction annoncées par le gouvernement ne suffiront pas à freiner Omicron. Au mois de janvier, les cas positifs vont se compter par centaines de milliers, chaque jour, désorganisant toute la société. Pour des hôpitaux déjà sur les genoux, le risque pris est immense.

Caroline Coq-Chodorge

28 décembre 2021

Dans la tempête du Covid, c’est le retour des demi-mesures, des décisions hésitantes prises dans le secret du Conseil de défense qui cherche à ménager l’opinion ici, l’économie là, et très peu les malades et les professionnels de santé.

Un conseil de défense exceptionnel s’est tenu, lundi 27 décembre, tenant les Français en haleine. Tout ça pour quelques timides mesures de restriction annoncées le soir même par le premier ministre, Jean Castex, et le ministre de la santé, Olivier Véran.

Eux-mêmes ne semblaient pas beaucoup croire à l’efficacité de ces mesures : ils ont donné un nouveau rendez-vous aux Français le 5 janvier, pour de probables nouvelles annonces après un nouveau conseil de défense. Si la situation sanitaire n’échappe pas à tout contrôle d’ici là.

Jean Castex l’a répété comme un mantra : « L’élément clé est et demeure la vaccination », il faut « accroître et accroître la vaccination ». Pour protéger l’hôpital, la vaccination reste très pertinente : comme l’a rappelé Jean Castex, une troisième dose récente de vaccin continue à protéger contre les formes graves.

Mais les Écossais ont constaté, dans une étude publiée le 22 décembre et incluant près de 24 000 cas d’Omicron, que les cas de réinfection de personnes immunisées étaient dix fois plus nombreux avec le variant Omicron par rapport au Delta.

Le virus va donc continuer à circuler.

Il pourrait y avoir, en France, début janvier, 250 000 cas positifs de Covid dépistés chaque jour.

Dans la dernière enquête Flash, qui remonte au 13 décembre, Omicron avait bondi, en une semaine, de 1,5 % à 14,8 % des tests séquencés ce jour-là. Il représente déjà plus de 60 % des tests séquencés en Pays de la Loire, 43 % en Île-de-France, près de 80 % dans les Hauts-de-France.

Olivier Véran a glissé un chiffre stupéfiant, mais loin d’être fantaisiste : il pourrait y avoir, en France, début janvier, 250 000 cas positifs de Covid dépistés chaque jour. Et ce ne serait que l’écume de la vague désormais portée par le variant Omicron.

Ce chiffre est probablement sous-estimé : le cap sans précédent des 100 000 contaminations a été dépassé le 23 décembre. Or le temps de doublement du variant Omicron est évalué à deux jours.

Parmi les 250 000 cas positifs par jour, certains vont remplir un peu plus les hôpitaux. Plus d’un million de personnes se retrouvera chaque jour isolé. Des dizaines de millions de personnes contacts devront être dépistées. Cet effort, le gouvernement va le demander à l’hôpital exsangue, à des laboratoires de biologie et à des pharmaciens qui voient s’allonger chaque jour la file d’attente de patients en attente de tests.

250 000 cas positifs par jour, ce sont aussi des hôpitaux touchés par un absentéisme massif, qui va s’ajouter aux nombreuses démissions, aux arrêts maladie. La mesure est anticipée : en cas de forte tension hospitalière, les hôpitaux peuvent faire appel aux personnels positifs sans symptômes.

Pour l’hôpital, le gros temps est de retour, le personnel est sommé de remonter sur le pont. Enfin, celui qui reste.

Et il ne peut espérer aucun répit avec les quelques mesures décidées par le gouvernement, comme l’interdiction de manger dans les cinémas ou les TGV, de consommer debout dans les bars et les restaurants (lire le détail des mesures dans notre article).

Seul le télétravail trois ou quatre jours par semaine paraît une mesure susceptible de réduire sensiblement les contacts sociaux. Elle deviendrait « obligatoire », a tonné Jean Castex à l’adresse des entreprises. Seulement, comme déjà indiqué ici et là dans Mediapart, rien n’oblige une entreprise à faire télétravailler ses salariés.

Pour les établissements scolaires, le gouvernement tient son cap : il ne les fermera qu’en dernier recours. Il s’appuie sur les avis de la Société française de pédiatrie, pour laquelle le risque de la fermeture des écoles a « des effets délétères graves en particulier pour les enfants et les familles les plus vulnérables », supérieurs au risque encouru par les enfants avec le Covid.

Dans le débat très vif qui oppose les médecins réclamant le report de la rentrée scolaire (lire une récente tribune ici) et les pédiatres, Olivier Véran a pris le parti des seconds, reprenant leurs arguments : si des enfants, à de rares occasions, sont hospitalisés pour des formes graves du Covid, c’est sans commune mesure avec les hospitalisations de jeunes enfants pour une bronchiolite ou une gastro-entérite.

Olivier Véran n’a cependant rien dit des conditions sanitaires de la rentrée. Il n’y aura donc pas plus de détecteurs de CO2 et autant de fenêtres impossibles à ouvrir. Quant au dépistage régulier dans les établissements, il est illusoire en plein pic épidémique, quand les capacités de tests atteignent déjà leurs limites. Mais les enfants devraient rester la population la plus testée, à chaque fois qu’un cas surviendra dans leur classe, soit très fréquemment au rythme de 250 000 cas positifs par semaine.

Les Sud-Africains ont vu la vague Omicron refluer vite, et conduire à des hospitalisations et des décès moins nombreux.

Les services de soins critiques sont eux bien remplis de malades adultes du Covid : 3 333 sont en détresse respiratoire, oxygénés à haut débit ou intubés, la majorité n’est pas vaccinée. En Provence-Alpes-Côte-d’Azur, région la plus durement touchée, 100 % des lits habituels de réanimation sont dédiés au Covid, ce qui signifie que l’hôpital doit ouvrir de nouveaux lits, dans d’autres services, grignotant la place des autres maladies.

Les malades graves du Covid vaccinés sont souvent des personnes au système immunitaire affaibli, parce qu’elles sont très âgées ou malades. Parmi ces personnes malades, il y a par exemple les malades du rein, greffés ou dialysés. L’association de malades Renaloo alerte, ce lundi 27 décembre, sur le « drame qui se noue. Le choix politique de laisser courir le virus a pour nous des conséquences très lourdes ; la mortalité du Covid-19 des patients dialysés ou greffés reste très élevée, de 15 à 20 % ! Notre protection par le vaccin est souvent nulle ou insuffisante ».

Ces malades, Olivier Véran les a expédiés d’un lapidaire « faites attention à vous ». Une gageure alors que ce variant hyper contagieux semble désormais partout.

Le pire n’est pour autant pas certain. Les Sud-Africains ont vu la vague Omicron refluer vite, et conduire à des hospitalisations et des décès moins nombreux que les précédentes vagues.

Eux font désormais le choix de laisser circuler le virus, en le contrôlant a minima, avec l’aval des scientifiques : ils cessent le traçage des cas, allègent le dépistage et l’isolement des cas positifs et contacts. Face à la contagiosité d’Omicron, cette stratégie n’est à leurs yeux « plus adaptée », son coût pour la société jugé trop élevé.

Seulement, ce pays a affronté Omicron alors que l’épidémie du Covid était au plus bas, les hôpitaux presque vides de malades du Covid.

Les pays européens, et singulièrement la France, sont dans une situation bien plus épineuse : Omicron survient au pic de la vague Delta, quand les malades affluent en grand nombre à l’hôpital.

D’autres pays ont fait le choix de mesures plus drastiques pour retrouver le contrôle de l’épidémie : reconfinement aux Pays-Bas ; en Belgique, fermeture à 23 heures des bars et restaurants, jauges dans les commerces. Ces deux pays ont déjà inversé leurs courbes épidémiques.

Pour l’instant, la France est sur la ligne la plus libérale, celle suivie par Boris Johnson au Royaume-Uni.

Le représentant des médecins de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, le professeur Rémi Salomon, s’est interrogé sur Twitter : « J’entends dire qu’il y aurait un choix à faire entre l’économie et le sanitaire. Mais prendre le risque de mettre à terre l’hôpital non seulement pour les prochaines semaines mais aussi pour les mois et les années à venir est-il vraiment un choix pertinent sur le plan économique ? »

Caroline Coq-Chodorge