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Médiapart - Pauvreté : à l’Assemblée, la majorité se complaît dans l’autosatisfaction

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

5 MAI 2021 PAR FAÏZA ZEROUALA

Le groupe majoritaire LREM est revenu lors d’un débat à l’Assemblée nationale sur l’action de l’État à destination des plus précaires. Dénonçant des mesures rustines, les députés de l’opposition ont notamment réclamé l’extension du RSA au moins de 25 ans.

Mardi soir, à l’Assemblée nationale, le groupe majoritaire La République en marche avait décidé de revenir sur l’action de l’État à destination des plus précaires. Un débat qui a bien souvent tourné à l’exercice d’autosatisfaction. « La pauvreté ne doit pas devenir une comorbidité » a disserté Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles.

À entendre les députés de la majorité et les ministres Adrien Taquet et Brigitte Bourguignon, l’exécutif est à la hauteur de la crise sociale qui frappe de plein fouet les plus fragiles, « quoi qu’il en coûte » reprenant ainsi les mots du président de la République en mars 2020 quand les cordons de la bourse avaient été desserrés.

Dans l’urgence, l’État avait en effet débloqué des moyens – ce que reconnaissent les associations et la Cour des comptes – pour héberger les plus précaires et les sans-abri. 43 000 places avaient été créées permettant ainsi à 300 000 personnes d’être accueillies dans des centres d’hébergement, des hôtels devenus vacants ou des internats.

La majorité a aussi souligné avoir fourni des masques aux plus précaires et mis en œuvre une aide alimentaire d’urgence entre avril et juillet. Quatorze millions de Tickets Service, pour un coût global de 49,6 millions d’euros, ont été distribués aux plus précaires, leur permettant ainsi de se procurer des produits alimentaires de première nécessité. Des rustines, selon les députés de l’opposition.

D’autres se sont gargarisés des 100 millions d’euros du plan de relance consacré aux associations qui aident les plus pauvres, alors même que celles-ci ont souligné la faiblesse de cette somme, loin d’éponger leurs besoins grandissants.

Des députés des territoires éprouvés par la crise, notamment de Seine-Saint-Denis, ont rappelé que ses habitants les plus pauvres ont souffert plus que les autres, notamment parce qu’ils sont tombés plus malades qu’ailleurs et ont perdu leurs moyens de subsistance.

Tous ont rappelé que, sur le terrain, la réponse de l’exécutif ne suffit pas. Mais jamais la majorité ne s’est jamais départie de sa posture et a persisté à défendre une action visiblement insuffisante. Tout juste l’exécutif a-t-il reconnu un « ralentissement » dans la mise en œuvre des petits déjeuners dans les écoles et de la tarification sociale des cantines scolaires.

Plusieurs députés ont souligné que le recours à l’aide alimentaire a crû. Le Secours populaire voit une hausse de 45 % de sa fréquentation lorsque les Restos du cœur notent un surcroît d’activité de 30 %.

Les images des files d’attente d’étudiants, un public inédit, devant les points de distribution ont elles aussi marqué les esprits. Plusieurs députés les évoquent comme un signe indéniable de la paupérisation de la société. En effet, selon le dernier rapport de l’Observatoire des inégalités, 22 % des 18-25 ans qui ne vivent pas chez leurs parents sont pauvres.

Et là, la réponse du gouvernement est bien moins efficace. Les repas à 1 euro dans les Crous ne répondent pas à l’urgence et sont déconnectés de la réalité souligne, par exemple, le député LR des Yvelines Philippe Benassaya. « La pauvreté est un iceberg. Les étudiants peuvent avoir deux repas à un euro par jour. Mais les restos universitaires ne sont pas ouverts le soir, ceux qui n’habitent pas dans une métropole ne peuvent pas s’y rendre… »

La députée communiste Elsa Faucillon a contrebalancé le tableau idyllique brossé par les députés de la majorité sur l’action gouvernementale au cœur de la crise sanitaire. « En 2020 pendant que les soignants se sont protégés avec des sacs-poubelle, pendant que les aides à domicile se sont occupés de nos anciens, pendant que les intermittents perdaient leurs droits au chômage, pendant que des enfants n’avaient pas de place et de matériel informatique, pendant que les étudiants gonflaient les files de l’aide alimentaire, les profiteurs de la crise ont engrangé des milliards. »

La députée a également souligné que seul 0,8 % des sommes des plans de relance engagés sont consacrés aux plus précaires, que la trêve hivernale et les expulsions locatives suspendues jusqu’au 1er juin vont reprendre et que le nouveau mode de calcul « inique » des APL pénalise les plus fragiles.

Les effets dévastateurs de la réforme de l’assurance-chômage, « une trappe à précarité » que l’opposition appelle à abroger, ont aussi été évoqués. Même message en substance pour le communiste Stéphane Peu parle de cette « quatrième vague qui déferle déjà, celle de la crise sociale ». Puis, il poursuit ainsi : « À peine entrevoit-on la fin du tunnel avec un peu d’espoir que vous remettez le cap vers une amputation des amortisseurs sociaux essentiels, ne cédez pas à vos réflexes, réinventez-vous comme d’autres le font aux États-Unis », dans une allusion au président Joe Biden qui vient de reconnaître que la théorie du ruissellement n’a jamais fonctionné.

Éric Coquerel, pour La France insoumise, a interpellé le gouvernement sur la situation difficile dans le monde de la culture à l’arrêt et celle des étudiants qui occupent des petits boulots dans ce secteur. « Qu’allez-vous faire pour éviter d’ajouter d’autres drames humains ? », a interrogé le député. Brigitte Bourguignon ministre déléguée auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargée de l’autonomie, a rétorqué « ne pas se sentir concernée par le ton caricatural employé » puis a déroulé de nouveau ses éléments de langage.
Pour sa part, Olivier Falorni, du groupe Liberté et territoires, a mis en garde l’exécutif sur son manque d’anticipation vis-à-vis d’une crise qui risque de s’installer.

Au-delà de ces constats, plusieurs députés ont interpellé le gouvernement sur son refus de mettre en place le RSA pour les jeunes de moins de 25 ans, « un filet de sécurité » pour cette « génération Covid sacrifiée ». Le député non-inscrit Aurélien Taché (ex LREM) a lui aussi plaidé pour la hausse du RSA et son extension aux 18-25 ans, « qui ont la boule au ventre face à leur avenir ». Pour lui, tout miser sur l’insertion ne suffira pas à répondre à ce problème plus vaste.

L’élu a accusé le gouvernement de perpétuer « le fantasme de l’assistanat » en refusant d’octroyer aux jeunes ce coup de pouce alors que 8 millions de personnes se trouvent en précarité alimentaire. « Oui, les aides sociales coûtent un “pognon de dingue” mais on en trouve bien pour aider les entreprises qui nous le rendent bien en pratiquant le dumping social. »

La revalorisation des minima sociaux n’est pas à l’ordre du jour a répondu à chaque fois la ministre Brigitte Bourguignon. « Ce n’est pas avec le RSA jeunes que vous lutterez contre la pauvreté des jeunes mais avec l’insertion, vous le savez, vous partagiez cette philosophie autrefois… » rappelant ainsi qu’il fut un temps, Aurélien Taché était membre de La République en marche.

La majorité a brandi deux cartes, dans un leitmotiv lancinant : la garantie jeunes et le plan « Un jeune, une solution » arguant du fait que seule l’aide à l’insertion sera efficace pour lutter contre la précarité. Celui-ci se révèle inefficace, sauf pour les entreprises qui perçoivent des primes, car il recycle de vieilles recettes qui n’ont jamais fait leurs preuves pour l’insertion des jeunes dans le marché du travail. Tout comme la garantie jeune, un dispositif lui aussi insuffisant.