Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Médiapart - « Vivre avec le virus » : le pari tragique du gouvernement

il y a 3 heures, par Info santé sécu social

25 SEPTEMBRE 2020 PAR CAROLINE COQ-CHODORGE

Le gouvernement agit, un peu, pour enrayer la progression du virus. Mais la dynamique virale est implacable : les mesures prises aujourd’hui n’auront pas d’effets avant trois semaines. D’ici là, plusieurs régions approcheront de la saturation en réanimation. D’autres mesures de restriction seront imposées, à moins d’accepter de trier les malades graves à soigner.

En débutant sa conférence de presse hebdomadaire, mercredi 23 septembre, le ministre de la santé a tenu à nous ôter d’un doute : « Nous ne découvrons pas cette situation. » Olivier Véran a fait ainsi, en creux, l’aveu d’un tragique échec politique : ce gouvernement est pris de vitesse, placé au pied du mur une seconde fois par le SARS-CoV-2.

Toute honte bue, il s’accroche à sa ligne de conduite de la rentrée : « Il s’agit bien, je le répète, de vivre avec le virus », a redit le ministre de la santé. Cette fiction est pourtant en mille morceaux (lire notre article ici).

Pour relancer au plus vite l’économie, le gouvernement a fait le pari de vivre avec un haut niveau de circulation du virus. Ce pari est perdu. À moins que le dessein ne soit de nous amener, petit à petit, à l’idée de fermer les portes des hôpitaux à nos malades graves, qu’ils soient atteints du Covid-19 ou d’autres maladies.

Olivier Véran a présenté une carte de France en camaïeu de rouge : du rouge pâle pour les « zones d’alerte » au rouge vif pour l’« alerte renforcée », et à l’écarlate, pour l’« alerte maximale ». L’étape d’après, qui ne s’est pas encore matérialisée, est le retour à l’état d’urgence sanitaire, c’est-à-dire aux restrictions des libertés publiques.

Marseille et La Guadeloupe, les deux « zones d’alerte maximale » , doivent désormais « vivre avec le virus » en se privant de leurs bars et de leurs restaurants. Suivent, dans le niveau d’alerte, la plupart des grandes villes, de Paris à Bordeaux, de Lyon à Lille ou Rennes, où les bars et les restaurants vont devoir fermer à 22 heures.

Dans les zones rouges sont aussi interdits les fêtes et les rassemblements de plus de 10 personnes. Aussi désagréables soient-elles, ces mesures auraient dû être prises dès l’été, quand l’épidémie a repris (notre article ici). Après avoir encouragé le retour au travail dans les murs des entreprises, le gouvernement fait enfin marche arrière, ré-encourageant le télétravail, en particulier pour les personnes vulnérables. Mais il n’est pas revenu sur le décret du 29 août qui a drastiquement réduit le nombre des personnes jugées vulnérables face au Covid-19, qui ont le droit au télétravail, et si ce n’est pas possible, au chômage partiel (notre article ici). Olivier Véran suggère aussi aux Français, en deux phrases, de limiter le nombre de leurs interactions sociales. La consigne devrait au contraire être ferme, longuement expliquée, assortie de la promesse d’une amélioration de la situation dans quelques semaines.

C’est la fable de la grenouille qui se tient tranquille dans l’eau se réchauffant doucement. Le gouvernement prend, goutte à goutte, de petites mesures toujours plus contraignantes et inefficaces. Le virus est désormais partout.

Pour construire sa carte de France, le gouvernement suit plusieurs indicateurs. Les deux premiers sont l’incidence du virus, en population générale et chez les plus de 65 ans, c’est-à-dire le nombre de cas positifs pour 100 000 habitants. Seulement, ces indicateurs, en plus d’êtres peu compréhensibles, ne sont plus fiables.

Devant les laboratoires, les files d’attente s’allongent. Les résultats sont rendus dans des délais « inadmissibles », reconnaissent les autorités. Parce qu’on ne sait plus dépister le virus, on ne peut plus désormais prétendre compter correctement le nombre de cas positifs.

Comme au printemps, le seul indicateur valable est l’occupation des lits en réanimation. Ils se remplissent à un rythme qui prend de court les médecins : au niveau national, près de 1 000 malades graves du Covid-19 sont d’ores et déjà hospitalisés en réanimation. Ils occupent un cinquième des capacités normales en France. Au creux de l’été, il n’y en avait que 350.

Olivier Véran a fait défiler les diapositives, mercredi soir, pour tenter d’illustrer la situation sanitaire. Une seule compte, et le gouvernement n’en a pas pris la mesure. Elle est issue des travaux de modélisation de l’Institut Pasteur, a expliqué le ministre. Elle montre que les capacités de réanimation de la région Auvergne-Rhône-Alpes seront saturées dans trois semaines.

Seulement, les mesures prises aujourd’hui auront véritablement un impact sur les réanimations dans trois semaines : les personnes qui entreront alors en réanimation sont probablement en train de se contaminer.

Au printemps, seules deux régions étaient à saturation : le Grand Est et l’Île-de-France. Elles ont pu compter sur la solidarité nationale, et même européenne, grâce aux évacuations massives des patients qu’elles ne pouvaient plus hospitaliser.

Cette deuxième vague est certes un peu moins forte, car les mesures barrières limitent le taux de reproduction du virus. Mais cette fois, toute la France est touchée, d’une manière assez uniforme : Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Hauts-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie.

Le ministre de la santé a fait un point sur la situation de l’Île-de-France, qui s’est dégradée récemment et rapidement. 27 % des lits de réanimation sont occupés par des malades du Covid-19, contre 18 % il y a une semaine. La région enregistre une cinquantaine de nouvelles entrées par jour. « À ce rythme, 85 % des capacités de réanimation de la région seront occupées autour du 11 novembre », a expliqué le ministre.

Quand les réanimations se remplissent ainsi aux quatre coins du pays, cela devient un problème pour la France entière. L’approche territoriale pensée par Jean Castex à la sortie du confinement est elle aussi en train de tomber en morceaux.

Les malades du Covid-19 font vaciller l’hôpital public : ils sont nombreux, exigent des unités dédiées, des chambres individuelles, plus de personnel, de temps d’habillage et de déshabillage pour les soins.

Le corps médical est d’un seul bloc : il serait inacceptable de déprogrammer, comme au printemps, les opérations et les examens des autres malades. L’Institut Gustave-Roussy, grand centre de lutte contre le cancer d’Île-de-France, estime entre 2 à 5 % l’augmentation de la mortalité du cancer à cinq ans, en raison des retards au diagnostic pendant le confinement.

Pourtant, les hôpitaux doivent déjà prendre des décisions dans ce sens. Les Hospices civils de Lyon, dont 25 % des réanimations sont occupées par des malades du Covid-19, ont déclenché leur plan blanc mardi, qui prévoit une « réorganisation des activités de soins ». Dans la même situation, l’Assistance publique-hôpitaux de Paris a annoncé aujourd’hui qu’elle allait organiser ses premières déprogrammations d’opérations pour faire face à l’afflux jugé « inexorable » de malades graves du Covid-19 dans les semaines à venir.

Le 9 septembre, le président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy a prévenu : « Le gouvernement va être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles. » Le 10, le président de la République Emmanuel Macron lui a rétorqué : « Le conseil scientifique est dans son rôle, qui est technique », il revient aux politiques de « prendre des décisions ». Le 11, le conseil de défense n’en a pris aucune.

Le gouvernement se retrouve seul à assumer les conséquences de son inaction. Il est aujourd’hui contraint de prendre des décisions toujours plus difficiles. Il devra rendre des comptes aux soignants déjà essorés, contraints de replonger dans un bain de virus, aux personnes fragiles qui risquent pour leur vie chaque jour un peu plus, au reste de la société, toujours plus empêchée dans sa vie familiale, sociale, économique.

Le gouvernement agit, un peu, pour enrayer la progression du virus. Mais la dynamique virale est implacable : les mesures prises aujourd’hui n’auront pas d’effets avant trois semaines. D’ici là, plusieurs régions approcheront de la saturation en réanimation. D’autres mesures de restriction seront imposées, à moins d’accepter de trier les malades graves à soigner.

En débutant sa conférence de presse hebdomadaire, mercredi 23 septembre, le ministre de la santé a tenu à nous ôter d’un doute : « Nous ne découvrons pas cette situation. » Olivier Véran a fait ainsi, en creux, l’aveu d’un tragique échec politique : ce gouvernement est pris de vitesse, placé au pied du mur une seconde fois par le SARS-CoV-2.

Toute honte bue, il s’accroche à sa ligne de conduite de la rentrée : « Il s’agit bien, je le répète, de vivre avec le virus », a redit le ministre de la santé. Cette fiction est pourtant en mille morceaux (lire notre article ici).

Pour relancer au plus vite l’économie, le gouvernement a fait le pari de vivre avec un haut niveau de circulation du virus. Ce pari est perdu. À moins que le dessein ne soit de nous amener, petit à petit, à l’idée de fermer les portes des hôpitaux à nos malades graves, qu’ils soient atteints du Covid-19 ou d’autres maladies.

Olivier Véran a présenté une carte de France en camaïeu de rouge : du rouge pâle pour les « zones d’alerte » au rouge vif pour l’« alerte renforcée », et à l’écarlate, pour l’« alerte maximale ». L’étape d’après, qui ne s’est pas encore matérialisée, est le retour à l’état d’urgence sanitaire, c’est-à-dire aux restrictions des libertés publiques.

Marseille et La Guadeloupe, les deux « zones d’alerte maximale » , doivent désormais « vivre avec le virus » en se privant de leurs bars et de leurs restaurants. Suivent, dans le niveau d’alerte, la plupart des grandes villes, de Paris à Bordeaux, de Lyon à Lille ou Rennes, où les bars et les restaurants vont devoir fermer à 22 heures.

Dans les zones rouges sont aussi interdits les fêtes et les rassemblements de plus de 10 personnes. Aussi désagréables soient-elles, ces mesures auraient dû être prises dès l’été, quand l’épidémie a repris (notre article ici). Après avoir encouragé le retour au travail dans les murs des entreprises, le gouvernement fait enfin marche arrière, ré-encourageant le télétravail, en particulier pour les personnes vulnérables. Mais il n’est pas revenu sur le décret du 29 août qui a drastiquement réduit le nombre des personnes jugées vulnérables face au Covid-19, qui ont le droit au télétravail, et si ce n’est pas possible, au chômage partiel (notre article ici). Olivier Véran suggère aussi aux Français, en deux phrases, de limiter le nombre de leurs interactions sociales. La consigne devrait au contraire être ferme, longuement expliquée, assortie de la promesse d’une amélioration de la situation dans quelques semaines.

C’est la fable de la grenouille qui se tient tranquille dans l’eau se réchauffant doucement. Le gouvernement prend, goutte à goutte, de petites mesures toujours plus contraignantes et inefficaces. Le virus est désormais partout.

Pour construire sa carte de France, le gouvernement suit plusieurs indicateurs. Les deux premiers sont l’incidence du virus, en population générale et chez les plus de 65 ans, c’est-à-dire le nombre de cas positifs pour 100 000 habitants. Seulement, ces indicateurs, en plus d’êtres peu compréhensibles, ne sont plus fiables.

Devant les laboratoires, les files d’attente s’allongent. Les résultats sont rendus dans des délais « inadmissibles », reconnaissent les autorités. Parce qu’on ne sait plus dépister le virus, on ne peut plus désormais prétendre compter correctement le nombre de cas positifs.

Comme au printemps, le seul indicateur valable est l’occupation des lits en réanimation. Ils se remplissent à un rythme qui prend de court les médecins : au niveau national, près de 1 000 malades graves du Covid-19 sont d’ores et déjà hospitalisés en réanimation. Ils occupent un cinquième des capacités normales en France. Au creux de l’été, il n’y en avait que 350.

Olivier Véran a fait défiler les diapositives, mercredi soir, pour tenter d’illustrer la situation sanitaire. Une seule compte, et le gouvernement n’en a pas pris la mesure. Elle est issue des travaux de modélisation de l’Institut Pasteur, a expliqué le ministre. Elle montre que les capacités de réanimation de la région Auvergne-Rhône-Alpes seront saturées dans trois semaines.

Seulement, les mesures prises aujourd’hui auront véritablement un impact sur les réanimations dans trois semaines : les personnes qui entreront alors en réanimation sont probablement en train de se contaminer.

Au printemps, seules deux régions étaient à saturation : le Grand Est et l’Île-de-France. Elles ont pu compter sur la solidarité nationale, et même européenne, grâce aux évacuations massives des patients qu’elles ne pouvaient plus hospitaliser.

Cette deuxième vague est certes un peu moins forte, car les mesures barrières limitent le taux de reproduction du virus. Mais cette fois, toute la France est touchée, d’une manière assez uniforme : Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Hauts-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie.

Le ministre de la santé a fait un point sur la situation de l’Île-de-France, qui s’est dégradée récemment et rapidement. 27 % des lits de réanimation sont occupés par des malades du Covid-19, contre 18 % il y a une semaine. La région enregistre une cinquantaine de nouvelles entrées par jour. « À ce rythme, 85 % des capacités de réanimation de la région seront occupées autour du 11 novembre », a expliqué le ministre.

Quand les réanimations se remplissent ainsi aux quatre coins du pays, cela devient un problème pour la France entière. L’approche territoriale pensée par Jean Castex à la sortie du confinement est elle aussi en train de tomber en morceaux.

Les malades du Covid-19 font vaciller l’hôpital public : ils sont nombreux, exigent des unités dédiées, des chambres individuelles, plus de personnel, de temps d’habillage et de déshabillage pour les soins.

Le corps médical est d’un seul bloc : il serait inacceptable de déprogrammer, comme au printemps, les opérations et les examens des autres malades. L’Institut Gustave-Roussy, grand centre de lutte contre le cancer d’Île-de-France, estime entre 2 à 5 % l’augmentation de la mortalité du cancer à cinq ans, en raison des retards au diagnostic pendant le confinement.

Pourtant, les hôpitaux doivent déjà prendre des décisions dans ce sens. Les Hospices civils de Lyon, dont 25 % des réanimations sont occupées par des malades du Covid-19, ont déclenché leur plan blanc mardi, qui prévoit une « réorganisation des activités de soins ». Dans la même situation, l’Assistance publique-hôpitaux de Paris a annoncé aujourd’hui qu’elle allait organiser ses premières déprogrammations d’opérations pour faire face à l’afflux jugé « inexorable » de malades graves du Covid-19 dans les semaines à venir.

Le 9 septembre, le président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy a prévenu : « Le gouvernement va être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles. » Le 10, le président de la République Emmanuel Macron lui a rétorqué : « Le conseil scientifique est dans son rôle, qui est technique », il revient aux politiques de « prendre des décisions ». Le 11, le conseil de défense n’en a pris aucune.

Le gouvernement se retrouve seul à assumer les conséquences de son inaction. Il est aujourd’hui contraint de prendre des décisions toujours plus difficiles. Il devra rendre des comptes aux soignants déjà essorés, contraints de replonger dans un bain de virus, aux personnes fragiles qui risquent pour leur vie chaque jour un peu plus, au reste de la société, toujours plus empêchée dans sa vie familiale, sociale, économique.