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NPA - Des CRA aux hotspots, un enfermement au mépris de la vie des migrantEs !

20 avril, par Info santé sécu social

JOSIE BOUCHER

Aux frontières comme à l’intérieur de l’Union européenne (UE), la politique raciste des États contre les migrantEs ne désarme pas. Ici comme dans de nombreux autres pays de l’UE touchés par la pandémie, c’est le mépris affiché de la vie des personnes étrangères qui est la règle, dans la continuité de la politique criminelle et xénophobe menée depuis des années par l’UE. A l’intérieur des frontières européennes, à l’exception du Portugal, qui a accordé une régularisation (provisoire) de tous les sans-papiers, et de l’État espagnol, qui a fermé tous les centres de rétention, les autres pays comme la Belgique, l’Italie ou la Grande Bretagne ainsi que la plupart des pays des Balkans ont poursuivi le maintien de l’enfermement de beaucoup de migrantEs malgré le risque sanitaire encouru par les personnes retenues dans des conditions totalement inadaptées aux précautions minimums. Ainsi, malgré les luttes menées et les soutiens de nombreuses associations, c’est, par exemple, environ 300 personnes qui, début avril, étaient enfermées en Belgique, 350 en Italie, 700 en Grande-Bretagne…

En France, la lutte contre la pandémie du coronavirus gérée de façon calamiteuse par le gouvernement a cependant imposé des mesures de confinement pour protéger une majorité de la population. Une préoccupation dont ont été exclues dès le départ les populations les plus fragiles et en particulier les migrantEs. Dans les centres de rétention administrative (CRA), où les retenuEs sont contraints de vivre dans des conditions sanitaires indignes propices à la propagation du virus, il a fallu des semaines de luttes de retenus, des grèves de la faim soutenues par des associations et des collectifs d’avocats, comme à Cornebarrieu, Oissel, Vincennes ou au Mesnil-Amelot, pour arriver à faire éclater au grand jour le scandale du maintien en rétention administrative de personnes dans le seul but de les expulser, et ce alors que toute procédure d’expulsion est rendue impossible par l’arrêt des transports aériens et la fermeture des frontières. Plusieurs CRA ont été ainsi vidés par décision de justice mais pas tous parce que l’enfermement est une pièce maîtresse de l’arsenal répressif de l’État contre les étrangerEs. Le Conseil d’État, familier des décisions ignominieuses concernant le droit des étrangers (cf. le fichier biométrique pour les mineurEs non accompagnés récemment approuvé) a même donné sa bénédiction à cette politique mortifère. Saisi par de nombreuses associations, il a refusé, le 27 mars, la fermeture des CRA, balayant d’un revers de main le risque sanitaire, une fermeture pourtant préconisée par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) et la Contrôleuse des lieux de privation de liberté (CGLPL), et permettant ainsi que les retenus continuent à être mis en danger.

Dans les CRA, la lutte continue ! Fermeture immédiate !

Samedi 11 avril, encore 174 migrants étaient retenus (dont 53 au Mesnil-Amelot, 52 à Vincennes, 29 à Lille, 20 à Lyon, une vingtaine à Oissel) alors que des cas avérés de contagion au Covid-19 ont été détectés et que les mesures sanitaires sont loin d’être prises y compris pour les personnels, comme en témoignent plusieurs éluEs admis à visiter le CRA du Mesnil-Amelot. Face à cet acharnement raciste et aux mesures punitives qui se multiplient dans les CRA, les retenus se sont organisés et appellent à l’aide. Depuis le 30 mars, les retenus du CRA du Mesnil-Amelot sont entrés en lutte pour réclamer leur libération et leur mise à l’abri face à l’épidémie ; des émeutes y ont éclaté le 11 avril, ainsi qu’à Vincennes le 14 avril.

Par-delà les murs, les retenus ont fait parvenir aux associations qui les soutiennent leur témoignage sur la brutalité avec laquelle cette action menée pour leur survie a été réprimée par les flics de Castaner. B., un retenu, témoigne : « Ce matin, deux équipes de CRS arrivent à 11h au CRA du Mesnil-Amelot, “équipés” casques et boucliers, etc. […]. Un CRS me désigne du doigt, un autre se dirige vers moi, me donne un coup de pied et de bouclier et me met devant le mur ; me redonne un grand coup de bouclier en me disant : “Regarde ce que tu as fait, tu es content ? Regarde cet article de presse” en me tendant son téléphone au visage et il me supprime mon téléphone. Ils m’ont baissé mon jogging puis palpation des parties intimes, je suis menotté immédiatement, je ne dis rien et reste calme, ramené à l’intérieur avec sept codétenus dans des cellules d’isolement […]. Nous sommes embarqués pour être transférés sur le CRA de Rouen “loin de ta famille !”, disent-ils, “et sans tes sacs comme les SDF”. » En leur retirant leurs sacs, les flics les privent des documents juridiques, papiers d’identité et argent qui leur sont indispensables… L’État devra rendre compte de ces crimes sanitaires et humanitaires ! La lutte des retenus continue et il est urgent de continuer à les soutenir, à populariser les actions qui se mènent dans les CRA et à exiger par tous les moyens leur fermeture immédiate et la régularisation de tous les sans-papiers.

Aux frontières de l’UE, une catastrophe sanitaire imminente

Dans son dernier communiqué, le réseau Migreurop (qui regroupe de nombreuses associations de soutien aux migrantEs en Europe et en Afrique) pointe le désastre humanitaire qui se joue aux portes de l’UE avec l’aval de tous les États.

En Grèce d’abord où plus de 42 000 personnes migrantes sont actuellement parquées dans cinq hotspots, dont la capacité est de 6 000 places - celui de Moria, sur l’île de Lesbos, en contient à lui seul 20 000 (pour… 2 800 places). Ces camps sont devenus des prisons à ciel ouvert. Au manque criant d’infrastructures sanitaires et de nourriture s’ajoute maintenant l’obligation du confinement comme seule réponse des autorités grecques face au Covid-19, sans qu’aucune possibilité de faire respecter les gestes barrières de protection et la mise à l’abri soit mise en œuvre. De plus, la plupart des ONG ne peuvent plus y pénétrer à cause de l’hostilité d’une partie des habitantEs de l’île encouragés par des groupes fascistes. Un médecin de MSF, dans un communiqué de presse, indiquait il y a quelques jours que « dans certaines parties du camp de Moria, il n’y a qu’un seul point d’eau pour 1 300 personnes et pas de savon. Des familles de cinq ou six personnes doivent dormir dans des espaces ne dépassant pas 3m2. Cela signifie que les mesures recommandées comme le lavage fréquent des mains et la distanciation sociale pour prévenir la propagation du virus sont tout simplement impossibles. » Toutes les associations et ONG présentes sur le terrain dénoncent cette « bombe sanitaire » et réclament désespérément de vider en urgence ces camps et mettre à l’abri toutes ces personnes coincées depuis des mois voire des années dans ces lieux de misère en attendant un éventuel droit d’asile.

À une moindre échelle, dans les enclaves espagnoles de Melilla et de Ceuta, à la frontière avec le Maroc, même politique de la part des autorités qui prétendent que les conditions sanitaires du Centre de séjour temporaire pour les migrants (CETI) sont suffisantes et permettent la mise en œuvre des recommandations du ministère de la Santé. Ce qui n’est que mensonge ! Dans les chambres du CETI de Ceuta où dorment jusqu’à dix personnes sur des lits superposés, le respect des distances de sécurité est impossible. Avec plus de 1 600 personnes enfermées dans le CETI de Melilla, la situation est extrêmement dangereuse. À l’extérieur des CETI, la situation des personnes exilées (parmi lesquelles un nombre important de mineurEs isolés), qu’elles soient dans des centres d’accueil ou à la rue, est également très préoccupante.

De la guerre au virus à la guerre aux migrantEs

D’un bout de l’UE à l’autre, c’est la même réponse pour les migrantEs : des mesures sanitaires au rabais quel que soit le prix en vies humaines et répression. De même que les gouvernements de l’UE ont laisser mourir en Méditerranée des milliers de migrantEs ou les ont renvoyés dans l’enfer des camps de torture en Libye, ils continueront à regarder mourir à leurs portes des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants exposés à un risque grave et imminent de contamination.

Non seulement toutes celles et tous ceux qui sont entassés aux portes de l’UE risquent leur vie en raison de l’épidémie mais cette catastrophe sanitaire donne aussi à tous les mouvements réactionnaires actuellement à l’œuvre un nouveau prétexte pour les traiter en « pestiférés » et alimenter encore plus les campagnes racistes qui feront de la guerre contre le virus une guerre contre les migrantEs. « Nous menons une guerre sur deux fronts, a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orban, le premier front s’appelle la migration, et l’autre est lié au coronavirus, il y a un lien logique entre les deux, car les deux se propagent par le mouvement. » Les événements qui se sont produits à la frontière gréco-turque en mars dernier en sont un autre exemple glaçant. Pour empêcher l’entrée des réfugiéEs dans l’UE, la police et l’armée grecques, rejointes par une partie de la population ainsi que par des mouvements fascistes, ont déployé un niveau de violence inédit. En mer comme le long du fleuve Evros, leurs agents barrent la route aux bateaux, provoquent des naufrages, ne tirent pas seulement en l’air : ils blessent et tuent. Mais l’UE, loin de condamner ces actes gravissimes, les soutient et les encourage. Le président du Conseil européen salue même les efforts des Grecs pour « protéger les frontières de l’Europe », tandis que la présidente de la Commission européenne qualifie la Grèce de « bouclier européen » comme si l’UE était menacée par un ennemi !

Ouvrons les frontières ! Liberté de circulation !

Mais cette crise sanitaire a aussi d’autres impacts tragiques pour toutes celles et tous ceux qui quoi qu’il arrive tenteront de fuir leur pays et de trouver un abri ailleurs.

En Méditerranée, les tentatives de traverser continuent mais les refoulements en pleine mer continuent également, notamment dans la zone de recherche et de sauvetage de l’île de Malte. Les autorités de coordination de sauvetage maltaises y collaborent avec les garde-côtes libyens afin qu’ils viennent récupérer les bateaux et repoussent les personnes exilées vers l’enfer des lieux d’enfermement : plus de 400 personnes dans la première quinzaine de mars. Documentés par l’association AlarmPhone, ces refoulements brisent plusieurs règles du droit international dont le principe de non-refoulement et le renvoi vers des États où existent des risques de traitements inhumains et dégradants. Le 18 mars, les ONG solidaires en mer ont annoncé qu’elles étaient obligées d’arrêter leurs opérations en raison de la situation sanitaire liée au Covid-19. Avec la fermeture des ports italiens, maltais et libyens sous prétexte de lutte contre l’épidémie, l’UE appuyée par son armée, l’agence Frontex, continue de plus belle à afficher clairement sa politique de laisser mourir en Méditerranée.

La fermeture des frontières est présentée comme la solution miracle contre la pandémie – la France a même prévu de maintenir cette mesure jusqu’à fin décembre. Mais, d’une part, cette mesure est parfaitement illusoire concernant la gestion de la pandémie sans la mise en œuvre de vrais moyens sanitaires (protection, traitements, vaccins…) au niveau de l’Europe et du monde - et cela passe aussi par la solidarité avec les pays les plus fragiles. D’autre part, prétendre vouloir « protéger » l’espace Schengen n’est qu’un mensonge cynique : alors qu’aujourd’hui c’est à l’intérieur de cet espace que, en dehors des Etats-Unis, la contagion est la plus forte, celles et ceux qui sont parmi les plus en danger sont en passe d’être présentés comme LE vrai danger ! Hier terroristes potentiels, aujourd’hui vecteurs potentiels de la maladie !

Plus que jamais la question d’exiger la liberté de circulation est un enjeu crucial contre l’injustice mondiale ! C’est une liberté fondamentale menacée comme de nombreux droits démocratiques par la dérive autoritaire actuelle de tous les gouvernements capitalistes. C’est aussi l’expression de notre solidarité indéfectible avec toutes celles et tous ceux qui n’ont pas à être enfermés dans des CRA et des camps inhumains. Elles et ils doivent pouvoir librement circuler pour se protéger face à la guerre et à la persécution, se protéger face à la pauvreté et à la faim, se protéger face au virus. Notre force la plus précieuse est la solidarité ! Notre humanité vaut plus que les profits des prédateurs capitalistes.