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NPA - Le commerce au temps du coronavirus

hier, par Info santé sécu social

Après l’annonce par le Premier ministre, le 14 mars dernier, de la fermeture des commerces non-essentiels, dont les restaurants et débits de boissons, puis celle du président de la République du confinement de la majeure partie de la population, les 700 000 salariéEs de la grande distribution se retrouvent, tout comme le personnel de santé, en première ligne pour pourvoir aux besoins accrus de millions de personnes recluses dans leur foyer avec les enfants…

On constate sur le terrain l’incurie des employeurs à mettre en place des mesures de protection élémentaires des salariéEs, qui se retrouvent surexposés au virus, et des comportements qui exacerbent le clivage existant entre management et « petit personnel » : pas de gants, ou alors ils sont inadaptés (ceux pour manipuler le pain se déchirent au contact des gros volumes), pas de masque, parfois au motif que leur port serait anxiogène vis-à-vis de la clientèle, peu ou pas de gel (ou bien à acheter soi-même !), pas de pauses régulières pour se laver les mains, mise en place de protections de fortune en caisse dans l’attente de vitres en plexiglas, magasins bondés sans nécessairement la présence d’une sécurité…
Beaucoup de cadres sont, eux, en télétravail, et des enseignes comme Décathlon impose déjà au personnel en chômage partiel de poser des congés payés et des RTT alors même que le gouvernement, sous la pression des syndicats, a décidé que cela devait passer par un accord d’entreprise. Il y a aussi une explosion des fins de période d’essai bien que celle-ci, même si elle n’a pas à être motivée, sert à évaluer la compétence du salarié.

Amazon, une bombe sanitaire et sociale

Le comble est atteint dans les six entrepôts français d’Amazon : seul 10% du volume des marchandises traitées peut être considéré comme de première nécessité, comme l’alimentation et les produits d’entretien et d’hygiène, là où on peut continuer à commander des jeux vidéos (qui affichent une progression de 200%), du vernis à ongle… ou des sextoys ! Pendant ce temps-là, les employéEs n’ont pour seule protection que leurs gants anti-coupures habituels, sont priés de laisser une place vide à côté d’eux à la cantine et travaillent dans une promiscuité, renforcée par l’embauche massive d’intérimaires, qui rend impossible le maintien des distances minimales.

Ce comportement criminel fait que les sites, depuis la semaine dernière, et désormais ceux de livraison, sont secoués par d importants mouvements d’absentéisme, de grève et de droit de retrait, en dépit des menaces de la direction qui tonne que le salaire ne sera pas maintenu pour les récalcitrantEs, voire qu’ils seront considérés en absence injustifiée ! Le virus, qui peut survivre plusieurs jours sur des surfaces, continue quant à lui à être livré à domicile, y compris par les livreurs des plateformes, qui manipulent les commandes des rares restaurants encore en activité et les digicodes des clientEs, développant à leur tour en nombre la maladie…

1000 euros, le prix du danger !

Comme le bâton ne suffit pas et que beaucoup de salariéEs, quand ils n’imposent pas tout bonnement à leur direction les mesures de sécurité précitées, refusent de venir travailler la peur au ventre, le ministre de l’Économie a incité les entreprises à verser au personnel de terrain en activité une prime de 1000 euros sur le modèle de celle Gilets jaunes.

« C’est de l’enfer des uns qu’est fait le paradis des autres » a dit Victor Hugo : manutentionnaires, livreurEs, caissières, etc., se prennent de plein fouet tous les jours la réalité du virus mais aussi de la barrière entre classes. « Ceux qui ne sont rien » démontrent aussi que leur travail est indispensable au bon fonctionnement de la société et que, quand les institutions devant les protéger vacillent (syndicats, inspection, médecine du travail et prud’hommes tournent au compte-gouttes), ils et elles doivent avant tout compter sur leurs propres forces et leur solidarité.

LD