L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

NPA - Les « brigades sanitaires anti-coronavirus » : un pis-aller

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

PAR S. BERNARD

Les politiques d’austérité ont étranglé depuis une trentaine d’année l’hôpital public. Elles ont aussi négligé les risques épidémiques alors que les gouvernements ne pouvaient ignorer que des maladies graves et contagieuses peuvent survenir à tout moment. Plus de 110 000 personnes sont mortes en Europe, le continent le plus touché. En France, la gestion de la crise sanitaire par Macron, son gouvernement et l’appareil d’État, notamment les autorités sanitaires, a été chaotique et calamiteuse.

Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, déclarait le 24 janvier dernier, à l’heure où le virus avait déjà causé en Chine la mort de plusieurs centaines de personnes, que « le risque de propagation du virus en France [était] quasi nul ». Mais elle a alerté Macron dès le 11 janvier, qui a confirmé qu’elle avait « tout de suite vu le risque » !

Médecin infectiologue et haut fonctionnaire, Jérôme Salomon s’inquiétait le 11 janvier 2017, dans une note destinée à l’équipe de campagne de Macron, de « l’épidémie précoce de grippe favorisée par l’absence de maîtrise des gestes basiques d’hygiène […] et de solutions hydroalcooliques, de masques ». Il notait que « l’hôpital déjà en crise est désormais en tension car il ne dispose d’aucune élasticité pour absorber des variations d’activité. » Promu Directeur de la santé il expliquait le 18 mars dernier qu’« il ne sert à rien de porter des masques dans la rue ».

La responsabilité du pouvoir politique et sanitaire est pleinement engagée dans l’insuffisance de moyens alloués au personnel de santé et à la population : manque de masques, gel hydroalcoolique , respirateurs, artificiels, tests … L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconisait de tester massivement la population, « seul moyen d’enrayer la pandémie », mais Macron estimait que « cela n’avait aucun sens » et Castaner, son ministre de l’Intérieur, intimait l’ordre de « rester chez vous ! ».

Le gouvernement déconfine, embrigade...

Le plan de déconfinement est en vigueur depuis le lundi 11 mai, plus de deux mois après le début de la pandémie. Une nouvelle vague de contamination est à craindre. Les tests de la majorité de la population auraient pu être effectués en deux mois, selon les scientifiques, mais cela n’ayant pas été réalisé, le pouvoir est contraint de bricoler une usine à gaz.

Le médecin qui soignera un malade du virus devra recenser les personnes en contact avec le patient et transmettre les informations à la Sécurité sociale. Des brigades « d’anges gardiens », selon la dénomination du ministre de la Santé, sont chargées de contacter les personnes recensées, et de leur donner des consignes sanitaires : gel, masque, nécessité de se faire tester et de remonter la chaîne de contamination. Ce travail sera effectué par 3000 à 4000 salariéEs de la branche maladie de la Sécurité sociale, déjà en effectif insuffisant pour accomplir leurs missions au service des assuréEs sociaux. 2500 agentEs supplémentaires pourront être détachés si nécessaires. De plus, des bénévoles venant notamment des CCAS, de la Croix-Rouge, et même des volontaires, sont formés pour rejoindre un dispositif supplémentaire piloté par l’AP-HP appelé « Covisan », chargé de briser la chaîne de contamination. En formation, ils sont invités à être « intrusifs » mais « humbles » en menant leur enquête. Au total, 30 000 personnes pourraient être mobilisées.

… porte atteinte au secret médical et restreint les libertés

La loi prolongeant de deux mois l’état d’urgence sanitaire comporte des mesures d’exception attentatoires aux droits et libertés. La loi prévoit ainsi que « les données relatives aux personnes atteintes par le virus ou ayant été en contact avec elles peuvent être partagées le cas échéant sans le consentement des personnes interrogés ». Tous les syndicats de médecins, la CNIL, les ordres des professionnels de santé se sont inquiétés et ont demandé des garanties sur le respect du secret médical.

La possibilité de « réquisitionner les personnes » est élargie, des personnes « susceptibles d’être affectées » (ce qui est différent d’infectées), donc chacunE d’entre nous, peuvent être placées en quarantaine sans consentement, sans possibilité de recours. Le fichage de la population est officialisé par la création d’un « système d’information aux fins de lutter contre le Covid-19 ». Ce fichier peut être partagé « le cas échéant sans le consentement des personnes intéressées ». Les modalités d’application seront fixées par décret et le gouvernement est habilité à légiférer par ordonnance. Ces dispositions s’ajoutent à celles portant atteintes au droit du travail.

Notre alternative

Nous voulons un système de santé qui ne soit pas uniquement curatif et individuel mais communautaire. Il doit donc être public et rompre avec le modèle libéral et commercial. Il doit développer la prévention, et devrait avoir le moyen d’agir sur les multiples déterminants de santé, la situation sociale, l’emploi, les conditions de vie et de travail, l’environnement… Il doit avoir les moyens de mener des recherches sur l’origine des maladies et être en lien étroit avec différents organismes, notamment les institutions sociales, culturelles, éducatives. De nombreux acteurs sont concernés et devrait être ainsi partie intégrante du système de santé : l’éducation nationale, les institutions représentatives des travailleurEs et des sans-emplois, les associations diverses…

Dans le cadre d’une crise pandémique, un système réellement démocratique qui associe tous les professionnelEs de santé et la population, notamment les plus pauvres et les précaires, aurait sans doute permis de limiter ou de contenir la contamination, à condition d’avoir à sa disposition, dès l’apparition de la maladie, tous les moyens nécessaires, matériels et humains, qui manquent cruellement dans les hôpitaux, dans le secteur social… Ce n’est pas le bénévolat qui résoudra la crise sanitaire, la mesure urgente est l’embauche massive et la formation : 120 000 pour l’hôpital public, 25 000 pour la santé communautaire.