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NPA - Macron et Riester : du flou et de la bêtise comme programme (criminel) politique

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

COMMISSION CULTURE DU NPA

Le billet de (mauvaise) humeur de la Commission culture. « Les grands festivals et événements avec un public nombreux ne pourront se tenir au moins jusqu’à mi-juillet ». Lundi 13 avril au soir, lors de son allocution, la sentence est tombée. Ainsi, depuis mardi, de nombreux festivals annoncent l’annulation de leur édition 2020. Il y a bien sûr les festivals que l’on connaît, les Eurockéennes, les Francofolies, le festival d’Avignon (y compris son immense off) et les grands évènements sportifs comme Roland-Garros ou le Tour de France, mais il y a également nombre d’évènements locaux, aussi importants pour la vie locale, sociale, culturelle et économique.

Macron s’enfonce dans l’abstraction comme Picasso a eu sa période bleue

Mais c’est très clair, cette annonce ! direz-vous... En réalité rien n’est dit sur la fin des restrictions et ses conditions. Ces espaces de “loisirs” pour les unEs sont aussi des lieux de travail pour les autres et, là comme ailleurs, les salariéEs les plus précaires sont en première ligne. Rien n’est dit sur leur situation. Pourtant, tout politicien un peu conséquent est censé savoir que cette annonce est un raz-de-marée pour ces mêmes travailleuses et travailleurs. En effet, l’été et les festivals sont un temps fort, chaque année, une intense période de travail (payé) pour nombre de technicienNEs, artistes de rue (et plus généralement du spectacle vivant), musicienNEs, professionnelLEs de l’audiovisuel, etc. Ainsi, c’est lors de cette intense période de travail (d’avril à octobre) que la majorité voire la quasi-totalité des fameuses 507 heures (minimum) sont effectuées ou programmées pour la saison suivante, heures qui permettent d’ouvrir des droits aux annexes 8 et 10 de l’assurance chômage. Cette protection sociale assure une continuité de rémunération là où il y a discontinuité de l’emploi, non pas à cause de ces fainéants d’intermittentEs mais bien à cause des employeurs de ce secteur.

Le raz-de-marée est subi de manière semblable par les saisonnierEs et les travailleurSEs de l’hôtellerie-restauration dont l’activité est souvent liée à la présence d’un festival ou d’un grand événement public dans la localité dans laquelle ils travaillent. Par ailleurs, flou total quant à la réouverture des restaurants, cafés, hôtels, cinémas, théâtres, salles de spectacle, bibliothèques et musées. Aucune mention des conditions dans lesquelles ces lieux pourront réouvrir ni même dans quelle échelle de temps, et encore moins de garanties ou de mesures pour les travailleuses et travailleurs de ces secteurs.

Ce qui est de plus en plus insupportable au fur et à mesure des allocutions de Macron, ce n’est pas l’interdiction faite aux évènements et festivals de se tenir durant une partie de l’été (les travailleurSEs doivent être protégéEs), mais bien l’absence de mesures sociales d’ampleur. Un élan d’abstraction s’empare de Macron chaque fois qu’il devrait parler des travailleuses et travailleurs - et notamment les plus précaires - mais la clarté reprend le dessus quand il s’agit de sauver les entreprises - ici culturelles - qui, les pauvres, vont avoir à affronter des grandes difficultés financières et se battre pour leur survie. Le message s’éclaircit encore : il s’agit de sauver un système économique et ses patrons, quoi qu’il en coûte, quel qu’en soit le prix. Les travailleurSEs ? QuelLEs travailleurSEs ? Quelqu’un a dit quelque chose ?

Précisons que la particularité des milieux de l’audiovisuel mais surtout ceux du spectacle vivant est que le tissu économique repose sur nombre de petites structures fragiles (associations loi 1901, petits festivals, auto-entrepreneurSEs, etc.). Là aussi, cette situation - qui n’est pas nouvelle - résulte de la désertion des institutions en matière de politique culturelle, des coupes sèches budgétaires et de la déresponsabilisation des employeurSEs du milieu (qui, pour ce qui concerne la partie subventionnée des secteurs artistiques et culturels, gèrent non pas leur argent mais l’argent public). Il nous faut donc construire et imposer un plan d’urgence ainsi qu’une politique culturelle et de création qui soient à l’inverse de l’incurie et de l’hypocrisie du gouvernement.

« La bêtise a deux manières d’être : elle se tait ou elle parle. La bêtise muette est supportable. »1

Franck Riester a parlé. Il se taisait depuis sa nomination. Il a parlé jeudi 16 avril 2020 : « C’est certain qu’un grand rassemblement, une fosse avec 3 000 personnes, les uns sur les autres, ce n’est pas imaginable […] Par contre, un petit festival rural, avec une scène, un musicien et 50 personnes, qui sont à un mètre les unes des autres, sur des chaises, et qui ont un masque, et en rentrant sur le site la possibilité de bien se laver les mains avec des produits spécifiques : on pourra tenir ces festivals-là. »2

Le Ministre de la Culture a, il est vrai, pris la peine de la précision. Certains « petits festivals » pourraient tout de même avoir lieu après le 11 mai et avant la mi-juillet, mais dans quelles conditions ?3

Mais ce "petit festival rural" : de quoi parle-t-il ? Est-ce que quelqu’un pourrait rappeler à Franck Riester qu’il est ministre de la Culture et de la Communication, et qu’à cet égard, il pourrait connaître un minimum ses dossiers et arrêter de se foutre de notre gueule ?

Pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas, Franck Riester est bien ministre de la Culture et de la Communication depuis le 16 octobre 2018. Il est vrai, par ailleurs, que même les personnes familières du secteur culturel ne sont pas forcément au courant tant ce ministre brille depuis le début de son mandat par son absence. On peut se demander si notre ministre sait réellement ce qu’est un festival, même rural, s’il connait ce fameux lieu où l’on peut venir au concert, sur des chaises, à 1m les unEs des autres. La question est, en réalité, bêtise ou mépris ?4 Son lapsus durant son interview sur France Info5 jeudi matin - dire “programmeur” au lieu de “programmateur” - révèle encore son incompétence.

Et puis, que fait Franck depuis l’annulation des tous les événements festifs et culturels et depuis le début du confinement ? Il fait la course à la #Culturecheznous. Initiative dont la médiocrité politique n’a d’égale que l’inconséquence criminelle en matière de droits du travail et des pratiques qu’il engendre de la part des employeurSEs du secteur culturel. Et tandis que Disneyland Paris tente de virer 350 intermittentEs, Frankie se veut rassurant car il est « convaincu que Disneyland Paris tiendra ses engagements ».

On peut donc décemment lui dire : « Reste chez toi, Franck, mais surtout, tais-toi. » On saura bien mieux faire sans lui.

Notre tableau en clair-obscur

• Pas de déconfinement tant que les critères et les garanties préconisées par l’OMS ne sont pas respectées (tests massifs et aléatoires de la population, auto-évaluation, masques chirurgicaux pour touTEs, remonter les chaînes de transmission, quarantaine ciblée dans des lieux dédiés…)

• Pas de reprise des activités, quelles qu’elles soient, tant que la protection maximale des travailleurSEs n’est pas possible et garantie ;

Ces mesures face à la crise sanitaire étant, il reste des mesures à prendre face à la crise économique. Crise économique qui n’est pas nouvelle et qui, même déclenchée par l’épidémie du Covid-19, reste de la responsabilité des capitalistes. Nous ne paierons pas leur crise.

• Respect par toutes les structures publiques ou subventionnées de tous les engagements passés avec les salariéEs intermittentEs, contrats de travail signés ou non.

• Prolongement et stabilisation de tous les emplois précaires des structures publiques durant cette période de confinement.

• Rallongement du temps qu’il faudra de toutes les indemnisations et renouvellement automatique des droits des demandeurSEs d’emploi et intérimaires pendant toute la période durant laquelle il sera impossible de travailler dans des conditions décentes et tant que toutes les structures culturelles et événementielles ne seront pas rouvertes au public.

• Abrogation définitive de la réforme de l’assurance chômage mise en application au 1er novembre et au 1er avril (différée au 1er septembre).

• Abrogation du décret du 28 décembre 2018 qui augmente les contrôles et sanctions envers les privéEs d’emplois et détruit le service public de l’emploi.

• Abrogation définitive de la réforme des retraites.

Comme l’indiquait Annie Ernaux, dans sa lettre au président6, ce temps de confinement et le déchaînement de mesures sécuritaires et anti-sociales qui l’accompagne, sont « un temps propice aux remises en cause. Un temps pour désirer un nouveau monde ».

C’est cet autre monde que nous avons commencé à construire, par la solidarité, partant de là où nous sommes, persuadéEsque les luttes sont liées, que sans revendications globales, nous ne construirons rien de solide.

1.Honoré de Balzac, Pierrette, 1840
2.https://www.lefigaro.fr/culture/riester-...
3.Au vu de la crise sanitaire, et pour la santé de toutes et tous, l’annulation des évènements et festivals, au moins jusqu’à la mi-juillet, est une nécessité. On s’étonne même, lorsque l’on regarde la situation chez nos voisines, de la brièveté de l’interdiction. Notons que même des gouvernements libéraux peuvent avoir une politique un peu moins criminelle. À titre d’exemples, l’Allemagne-pas-moins-libérale-que-la-France, envisage une fermeture de ses stades sportifs et salles de concert de 18 mois, et la Belgique-voisine-non-moins-capitaliste-que-les-deux-autres interdit l’organisation de tout "évènement de masse" avant le 31 août.
4.Référence au texte de Stéphane Villain https://www.politis.fr/articles/2020/04/...
5.https://www.francetvinfo.fr/sante/maladi...
6.« Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie… » : Annie Ernaux / Lettres d’intérieur, France Inter / 30 mars 2020https://www.franceinter.fr/emissions/let...