Luttes et mobilisations

Paris Normandie : « Complètement inédit » : près d’Yvetot, le personnel d‘établissements médico-sociaux en grève

il y a 4 mois, par infosecusanté

Paris Normandie : « Complètement inédit » : près d’Yvetot, le personnel d‘établissements médico-sociaux en grève

Héricourt-en-Caux. Le personnel du Bercail Saint-Denis, groupement d’établissements médico-sociaux, a observé jeudi 25 juin 2020 un mouvement de grève sans précédent. Il réclame plus d’effectifs et une revalorisation salariale.
François MANOURY

PUBLIÉ LE 25/06/2020

Pour les salariés du Bercail Saint-Denis, c’est « du jamais-vu ». Un mouvement « complètement inédit », selon Isabelle Letailleux, déléguée syndicale CFDT. Jeudi 25 juin 2020, l’appel à la grève a été très largement suivi par le personnel de l’ensemble des établissements médico-sociaux de l’association du Docteur Gibert.

Des locaux vétustes
À Héricourt-en-Caux, le Bercail Saint-Denis, implanté sur un site boisé de huit hectares, regroupe cinq établissements accueillant 160 usagers, accompagnés par 300 salariés. Ces derniers dénoncent leurs conditions de travail et de rémunération.

« Nous sommes les seuls dans le département à gérer des établissements en internat complet. Ainsi, nous sommes ouverts tous les jours de l’année, 24 h/24. Cela nous oblige à recevoir des personnes en situation critique avec des moyens qui ne sont pas à la hauteur, expose Ludivine Thomas, élue au comité social et économique (CSE). L’ARS (Agence régionale de santé) ne nous donne pas les moyens d’accompagner nos résidents dans la plus grande dignité, ajoute-t-elle. Les pathologies évoluent. On a un public vieillissant et, en plus, on accueille de jeunes adultes avec des troubles autistiques extrêmement violents. Certes, l’établissement accompagne les salariés dans la formation, le problème, c’est que nous ne sommes pas assez nombreux. »

S’ajoute à cela une autre problématique : la vétusté des locaux. « Accueillir des personnes dans un endroit qui n’est pas adapté met le personnel en difficulté et nos résidents en danger », s’émeut Ludivine Thomas.

salaire gelé depuis vingt ans
Les revendications portent aussi sur les salaires, dont l’indice n’a pas été réévalué pour certains d’entre eux depuis l’année 2000. « Vingt ans, ça se fête », ironisent les salariés. « Un métier formidable pour un statut fort minable », jugent-ils. Leur courroux est décuplé par les inégalités salariales entre les AMP (aide médico-psychologique) et les AS (aides-soignantes). Les premières touchent en moyenne 100 € brut de moins par mois que les secondes, « alors que nous avons exactement la même fiche de poste », fulmine Ludivine Gosselin, membre du CSE pour les AMP. « Il faudrait que la Fehap (Fédération de référence du secteur privé solidaire en santé) puisse enfin nous entendre », exhorte-t-elle.

La Fédération de la santé et de l’action a déposé un préavis de grève national pour la journée du 30 juin 2020. Les salariés du Bercail Saint-Denis comptent bien se joindre au mouvement. Et envisagent d’ores et déjà d’autres actions à la rentrée de septembre. « Je tiens vivement à les remercier de leur implication », insiste Ludivine Thomas.

« Nos financeurs ne nous entendent pas »
Patrick Legrand, le directeur du Bercail Saint-Denis, soutient le mouvement des salariés, dont il partage leurs revendications, et en appelle à la responsabilité de l’ARS et du Département.
« Avec la crise sanitaire, je pense que tout le monde s’est rendu compte que les personnels soignants et du secteur médico-social effectuaient un travail indispensable, mais très mal valorisé du point de vue salarial. Je soutiens ce mouvement. Je n’ai qu’un seul regret, c’est qu’il ne soit porté que par les salariés de l’association. Il ne faudrait pas croire que ce sont nos établissements qui sont remis en cause par le personnel.

Il s’agit bien d’une remise en cause de l’absence de valorisation des pouvoirs publics, en particulier de l’ARS et du Département, qui sont nos financeurs. J’ai eu l’occasion d’intervenir à plusieurs reprises auprès d’eux pour les augmentations de salaire et pour la prime Covid. Je ne voudrais donc pas qu’il y ait d’amalgame et que les lecteurs croient que les problèmes se focalisent autour des établissements gérés par notre association.

Il n’y a pas de problème dans le climat social de l’entreprise. Les problèmes viennent majoritairement de nos financeurs, qui ne nous entendent pas. Nous avons des projets immobiliers pour le public enfant. Nous avons eu un premier projet, il y a deux ou trois ans, qui n’a pas vu le jour, faute de moyens. Nous avons actuellement à l’étude un deuxième projet assez ambitieux. Nous voulons créer des établissements dimensionnés pour accueillir des personnes autistes de façon décente dans de petites unités fonctionnelles. Nos locaux actuels sont vétustes et inadaptés à tout point de vue. Nous espérons une réponse favorable à nos projets immobiliers.
De là en découlerait un meilleur confort pour nos usagers et, par ricochet, de meilleures conditions de travail. Ces nouveaux locaux vont devoir s’accompagner de moyens en personnel plus importants. Nous attendons le feu vert des autorités d’ici la fin de l’année. »

François Manoury
Journaliste, responsable agences Yvetot et Caux

f.manoury@paris-normandie.fr