Psychiatrie, psychanalyse, santé mentale

Pourquoi docteur - En thérapie » cartonne sur Arte : la série est-elle fidèle à la réalité ?

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

Par Mathilde Debry
Le docteur Fanny Jacq, psychiatre et directrice de la section santé mentale chez Qare, décrypte la série d’Arte "En Thérapie".

Publié le 22.03.2021

Pourquoi docteur - La série d’Arte est devenue en moins de six semaines le programme le plus regardé de toute l’histoire d’Arte.tv, culminant à plus de 35 millions de vues. Le Docteur Dayan est-il un vrai médecin ? Quelle est sa spécialité ?
Fanny Jacq - Le Docteur Dayan a deux spécialités : il est à la fois médecin psychiatre – nous pouvons le voir prescrire des médicaments dans l’un des épisodes – et psychanalyste. Il a été formé pour cela et a suivi lui-même une psychanalyse, supervisée par un autre psychanalyste.

De façon générale, il est fréquent que les professionnels de la santé mentale aient plusieurs spécialités (psychiatre et addictologue, ou psychiatre et sexologue par exemple…)

- La thérapie est-elle vraiment plus efficace si on s’allonge sur le divan ?
Dans le cadre d’une psychanalyse, le praticien ne consulte pas en face à face : le patient est allongé sur un divan pour plus de confort, mais surtout afin de ne pas sentir le regard du thérapeute qui peut-être perçu comme "jugeant". Cette pratique permet une parole plus libre et spontanée.

Mais dans les faits, il existe une multitude de pratiques chez les psys, et de nombreux professionnels consultent en face à face, en particulier les psychiatres et les psychologues. Dans la série, c’est sutout l’aspect télévisuel qui a joué dans la position des personnages, selon les créateurs de la série.

Aujourd’hui, la thérapie par téléconsultation se développe également, essentiellement depuis le premier confinement de mars 2020.

- Les psys livrent-ils autant de conclusions et d’interprétations en séance que dans la série ?
Cela dépend en fait surtout du type de thérapie, mais la série est une sorte de condensé de ce qu’il se passe lors des séances. Normalement, il faut beaucoup plus de consultations pour que le thérapeute pose un diagnostic ou des interprétations.

- Est-il vrai que le prix des consultations varie selon les patients ?

Cette affirmation est vraie uniquement dans le cas de la psychanalyse : le psychanalyste peut adapter le prix des consultations en fonction des moyens du patient, de son âge, de sa problématique …

Pour les autres types de thérapies, notamment chez un psychiatre, le tarif d’une consultation est fixe. La consultation ou téléconsultation de médecins psychiatres est prise en charge par l’Assurance Maladie.

Dans la série, on voit que les patients du Dr Dayan ne payent pas pour chaque séance, mais ce n’est pas quelque chose qui se pratique couramment. C’est même plutôt rare !

- La psychanalyse, est-ce accessible à tout le monde ?
La série force le trait et reprend quelques clichés : le divan, le psychanalyste parisien qui consulte dans un appartement bourgeois du centre de Paris… Mais la série montre aussi une diversité de patients, d’origine sociale et d’âge différents.

La pratique psychanalytique et la consultation psy en général est très ouverte aux différents profils. Consulter un professionnel de la santé mentale n’est pas réservé à une élite : l’important est de trouver le bon praticien, celui qui va correspondre à ses attentes et besoins.

- Recommanderiez-vous la série "En Thérapie" ?
La série est finalement assez fidèle à la réalité d’une pratique dans laquelle la parole joue un rôle central. D’ailleurs, les créateurs de la série ont particulièrement soigné les dialogues et ont travaillé avec un psychanalyste comme consultant.

Elle permet de comprendre quelques principes clés de la psychothérapie : l’inconscient, le refoulement, le transfert, les pulsions… et est donc assez pédagogique pour comprendre les ressorts de la psyché humaine.

- Comment expliquer que la série rencontre un tel succès ?
- Le traumatisme post-attentats fait écho, dans une moindre mesure, au traumatisme de la pandémie (qui a provoqué un "effet de sidération"). Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait le soir du Bataclan, et on aura tous la mémoire des confinements.

- Le spectateur entre en empathie avec les personnages. Or l’empathie est une émotion feel good qui favorise les comportements d’entraide, de partage et de coopération. On en a bien besoin en ce moment !

- Le spectateur vit l’expérience de la psychanalyse par procuration. Il reconnaît ses propres travers/ difficultés, ou ceux des autres. Il interprète les silences et les non-dits, les regards des comédiens… Un peu comme quand on regarde un polar et qu’on ne peut pas s’empêcher de jouer au détective privé.

- C’est une série porteuse d’espoir : on peut guérir, même de traumatismes graves, grâce à la thérapie ! Aller consulter ne doit plus être un tabou. C’est l’un des messages que nous portons d’ailleurs chez Qare, afin de déstigmatiser la santé mentale (#jassumelapsy).