L’hôpital

Pourquoi docteur - Sondage inquiétant : 6 patients hospitalisés sur 10 souffrent de dénutrition

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Par Charlotte Arce

Dans les établissements de santé, la dénutrition est un véritable enjeu de santé publique : 6 patients hospitalisés sur 10 sont concernés. Pour lutter contre ce problème, un député LREM vient de lancer dans trois établissements tests un programme visant à améliorer la qualité de la nourriture servie aux patients.

La dénutrition est loin d’être un problème touchant uniquement les pays en voie de développement. Ce déficit en apports énergétiques atteint aussi les pays développés, en particulier les personnes souffrant de maladies aiguës ou chroniques, les personnes âgées, ainsi que les enfants et les adolescents.

Des conséquences parfois graves sur la santé et la qualité de vie
La France n’est pas épargnée. En 2015, un rapport de l’Académie de pharmacie soulignait que la dénutrition touchait notamment les établissements de santé : entre 30% et 60% de patients hospitalisés souffrent de dénutrition durant leur séjour. Chez l’enfant, la dénutrition affecte 15% à 30% des malades. Ce taux grimpe à plus de 65% chez les personnes âgées hospitalisées en long séjour.

Or, la dénutrition au cours d’une hospitalisation peut avoir de graves conséquences. Selon une brochure du ministère de la Santé et coordonnée par le praticien hospitalier Jean-Fabien Zazzo, la dénutrition peut influer sur l’évolution de la maladie, mais aussi la rapidité de la cicatrisation, la tolérance aux médicaments, les défenses immunitaires et le risque de survenue de complications infectieuses nosocomiales, voire la mortalité.

Chez l’enfant, la dénutrition entraîne immédiatement une cassure de la courbe de croissance. Elle est aussi liée à une perte de masse musculaire, qui conduit à une dépendance dans les gestes de la vie quotidienne chez les personnes âgées. Enfin, un déficit en apports énergétiques est lié à l’augmentation de chutes, de l’état dépressif, à une diminution de la qualité de vie et surtout à une pérennisation d’un déséquilibre alimentaire, qui aggrave la dénutrition déjà présente.

"Repas à l’hôpital", pour lutter contre la dénutrition
Comment expliquer que tant de patients hospitalisés souffrent de dénutrition ? Si ses causes sont évidemment médicales, c’est aussi l’offre alimentaire insuffisante et parfois de qualité médiocre proposée dans les établissements de santé qui est pointée du doigt.

Dans une interview accordée au Parisien en octobre 2016, le Pr Éric Fontaine, médecin et président de la Société francophone Nutrition clinique et métabolisme expliquait qu’on "ne dépense que 3,73 € - en moyenne - par jour pour nourrir les patients". "Il n’y a souvent plus de 1 700 calories dans l’assiette quand il en faudrait 2 500."

C’est justement pour améliorer la qualité de la nourriture servie aux patients, et donc pour lutter contre la dénutrition, que Frédéric Descrozaille, député LREM du Val-de-Marne, vient de lancer le projet "Repas à l’hôpital". Soutenu par l’exécutif, il prévoit de "faire revenir le plaisir à la table des patients", en proposant des menus plus sains, plus équilibrés, mais aussi plus savoureux. "Il faut faire sortir les patients autonomes de leur chambre, les faire manger dans un restaurant où ils choisiront ce qu’ils veulent manger. Activité, convivialité, plaisir… ça n’a que des avantages", explique au Parisien Frédéric Descrozaille, qui reçoit l’aide de la Direction générale de l’offre de soins et du réseau interprofessionnel de la restauration collective cogérée "Restau’Co".

Trois établissements de soins expérimenteront "Repas à l’hôpital" d’avril 2019 à juin 2020. Pour l’heure, un appel à candidatures auquel 40 établissements publics et privés ont répondu, a été lancé. "Six seront présélectionnés fin novembre. Ils seront audités par des professionnels de la restauration, des médecins et des représentants des patients", explique Frédéric Descrozaille, qui a un objectif : offrir 20% de produits bios et 30% de produits issus de l’agriculture raisonnée dans les établissements de santé à l’horizon 2021.