Amerique du Nord

Presse toi à gauche (Quebec) - Appel : Tenir bon contre la pandémie !

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Mardi 7 avril 2020 / DE : LE COLLECTIF TENIR BON !

Tout le monde le sait, notre monde est en crise ou, devrait-on dire, dans une crise de crises. La pandémie et la grande récession économique jettent des millions de personnes dans une grave vulnérabilité. Il est trop tôt pour dire quand et comment la situation pourra se rétablir, mais d’ores et déjà, il y a des tendances lourdes.

Jusqu’à présent, les États se limitent à atténuer les effets de la crise, sans toucher aux causes, et ce, dans un contexte d’infrastructures mises à mal par des années d’austérité. Au bout du compte, certains États semblent en mesure de « gérer » la crise (le Québec notamment), d’autres, pas du tout (États-Unis, Brésil, l’Espagne, etc.). Quoiqu’il soit, cette multi crise ne sera pas résorbée avant longtemps.

Sur le moyen-long terme, le capitalisme globalisé sera sans doute déstabilisé, ce qui se manifestera par le chômage, l’aggravation de la pauvreté et des écarts entre démunis et privilégiés, la montée des tensions politiques et sécuritaires dans le monde et la montée des idéologies de droite, voire d’extrême droite. Certes, il ne faut pas penser que le capitalisme va automatiquement s’effondrer. À travers les crises du vingtième siècle, le dispositif du pouvoir (regroupant derrière un puissant appareil d’État le 1% des plus riches) a été en mesure de changer les formes (sans changer la substance) et de perpétuer ce système en disloquant les projets alternatifs, par la coercition ou l’hégémonie.

Pour tout cela, nous constatons que les mouvements populaires et progressistes se retrouvent devant plusieurs énormes défis. [1]

Les angles morts de la « gestion » de crise

Nous ne nous opposons pas aux mesures de « gestion » de crise, bien qu’elles soient insuffisantes, irréalistes (dans le sud global) et mal gérées. Il faut effectivement se laver les mains et éviter les contacts entre les personnes. Cependant, nous constatons de sérieux problèmes. L’enfermement à domicile s’avère difficile pour des populations fragilisées par la misère, les problèmes de santé mentale et l’exclusion. C’est trop évident dans le sud global et surtout dans cette immense « planète des bidonvilles » où des centaines de millions de personnes sont menacées. Ici au Québec, nous pensons que les politiques en place ne donnent pas assez d’importance, non seulement à des populations en marge (comme les réfugiés et les Autochtones), mais aussi aux salariés, et en particulier aux travailleurs et surtout, aux travailleuses qui se trouvent en première ligne, en particulier les infirmières et les préposées dans la santé.

Par ailleurs, le confinement dans les maisons fait reposer le poids sur les femmes, notamment les mères, qui souvent doivent accomplir leur travail à distance tout en s’occupant des familles également confinées dans les maisons. Grave est en ce sens l’insuffisance des moyens mis de l’avant par Ottawa et Québec pour compenser l’immense perte de revenus qui affecte une grande partie de la population. Par l’ampleur des questions qu’elle soulève, par les pouvoirs étatiques et médicaux exceptionnels qu’elle mobilise, la crise pose à tous ceux et celles qui aspirent à un autre monde possible, des défis inédits, notamment en termes de droits humains inaliénables, de société égalitaire, de santé populaire, de bien commun et d’humanité solidaire, mais aussi d’alternatives socio-politiques émancipatrices. Comme jamais, tout est sur la table, objet d’enjeux, de nécessaires réflexions et remises en question.

La grande régression

Le discours de l’« urgence » utilisé abondamment par les pouvoirs en place masque mal leurs responsabilités. Ce système néolibéral, qui dit vouloir nous sauver, est responsable de la crise actuelle, et nous devons le dire. Nous devons rappeler leurs responsabilités : les terribles politiques qui ont mis à mal l’infrastructure de santé publique, qui ont affaibli les capacités collectives de poursuivre une recherche biomédicale au service des gens (au profit du « Big pharma »). C’est ce système, et nous allons le dire, qui a accéléré la détérioration de l’environnement dont les pandémies sont dans une large part des sous-produits. Cette pandémie s’inscrit dans une trame construite par un pouvoir pyromane qui veut qu’on le prenne pour un pompier.

En se combinant à une crise économique latente à la fois prévue et prévisible avant la pandémie, le capitalisme entre dans un cycle de régressions à un niveau qui n’a pas été vu depuis longtemps. Le chômage de masse, l’aggravation de la pauvreté et de l’exclusion, la détérioration des conditions de vie et de travail se profilent déjà, bien au-delà de l’impact immédiat de la pandémie. Il est certain que du point de vue du dispositif du pouvoir, il faut se préparer à ce que Naomi Klein a appelé la « stratégie du choc ». Le pouvoir va tenter d’imposer, dans la bataille des idées comme dans la bataille tout court, une grande régression. Celle-ci devrait se faire en aggravant les politiques actuelles (l’austéritarisme), en utilisant les médias-mercenaires, la classe politique compromise et les intellectuels de service qui vont tous nous dire, « il faut se serrer la ceinture ».

L’autre monde est non seulement possible mais nécessaire et urgent

La situation serait effectivement désespérée s’il n’y avait pas devant ce projet de multiples initiatives de résistances. Les dernières années ont vu prendre forme d’amples réactions populaires, à une échelle inégalée dans le passé. Bien avant la gravissime crise actuelle, des millions de gens se sont levés pour dire basta. Une des manifestations spectaculaires de ce ras-le-bol s’exprime autour d’un nouvel écologisme mené par des jeunes avec un message non équivoque : « c’est le système qu’il faut changer ! » Des dispositifs de pouvoir ont été mis à mal, obligés de se replier sur la force brutale. D’autres ont mieux résisté, en partie parce que des mouvements ont souvent agi en ordre dispersé, à la recherche de nouveaux modes organisationnels et de projets mieux définis pour s’engager dans une « grande transition » démocratique, autogestionnaire, écosocialiste, féministe, altermondialiste. Aujourd’hui la question est reposée, compte tenu que le système est sérieusement questionné : pouvons-nous collectivement et solidairement relancer ces mobilisations et construire un « alter-monde » 2.0 ?

Tenir bon !

Le collectif « Tenir bon ! », composé d’individus bénévoles agissant en leur nom propre [2] Avec l’appui solidaire du collectif de Presse-toi-à-gauche !1, est mis en place pour développer une perspective critique de ce qui passe actuellement, mais aussi de valoriser expériences et solutions permettant aux couches populaires de passer à travers la crise et de penser à des alternatives systémiques, dans une perspective pluraliste, nous entendons développer des plateformes de discussions et de débats (notamment sous formes de séminaires web), tout en constituant de nouveaux outils d’éducation populaire, pensés à travers un dialogue permanent avec ceux et celles qui sont sur le terrain, comme sur le front politique, économique, social et intellectuel. Au travers le tourbillon d’initiatives, nous avons la volonté d’offrir un contenu critique et alternatif dans le contexte de la crise sanitaire et économique mondiale.

Pour faire cela, nous allons rencontrer les travailleurs et travailleuses à qui le patronat et l’État veulent imposer d’importantes régressions dans leurs conditions de vie et de travail. Nous allons soulever les débat de fonds quant à la grande transition qu’il faut penser dès maintenant, en imaginant une société démocratique qui est en gestation aujourd’hui et qui pourrait s’imposer demain. Enfin, nous allons donner la parole à nos frères et sœurs du Brésil, de Palestine, des États-Unis, du Mexique, d’Haïti, de France et d’ailleurs qui, comme on le sait, résistent aux menaces contre leur vie, et avec qui il importe de renforcer des liens de solidarité. Sur la forme, nous pensons à des bulletins de liaison et des outils virtuels qui vont permettre de briser le mur de l’isolement actuel, tels journaux télévisés, podcasts, tables-rondes électroniques, etc. Nous ferons tout cela avec un esprit inclusif, rassembleur, constructif, sur la base de nos traditions de solidarité et de coopération.

Nous lançons un appel : avez-vous des idées, des pistes de solution à proposer ? Quels sont les thèmes prioritaires que vous aimeriez voir traiter, discuter, mis au débat ? Auriez-vous des pratiques alternatives que vous voudriez partager, tant en termes de solutions que de pratiques innovantes et solidaires ? Quels moyens nous donner pour sortir du sentiment d’impuissance qu’on essaie de nous inculquer ? Quels sont les instruments que nous pouvons utiliser pour mieux comprendre les enjeux, les confrontations, les alternatives, les utopies nées de ces temps de pandémie ?