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lequotidiendumedecin.fr : 75 % des étudiants et internes souffrent d’anxiété, 39 % ont des signes de dépression : la santé mentale des futurs médecins se dégrade toujours plus

il y a 1 mois, par infosecusanté

lequotidiendumedecin.fr : 75 % des étudiants et internes souffrent d’anxiété, 39 % ont des signes de dépression : la santé mentale des futurs médecins se dégrade toujours plus

PAR LÉA GALANOPOULO -

PUBLIÉ LE 14/10/2021

C’est une nouvelle alerte sur la souffrance psychique de la jeune génération médicale. Quatre ans après la dernière très vaste étude sur la santé mentale des étudiants en médecine, « le constat est affligeant et indiscutable : la santé des futurs médecins empire », se désolent les trois organisations étudiantes à l’origine d’une enquête de grande envergure. L’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) et l’Intersyndicale nationale autonome représentative des Internes de médecine générale (Isnar-MG) ont dévoilé ce jeudi les premiers résultats accablants de cette nouvelle étude santé mentale, menée auprès de 11 700 futurs médecins (entre mai et juin 2021).

Alors qu’en 2017, 66 % des étudiants en médecine montraient des symptômes d’anxiété pathologique, un chiffre déjà préoccupant, « ils sont désormais trois sur quatre à souffrir d’anxiété », commente Nicolas Lunel, président de l’ANEMF. Soit une augmentation de 9 points. Plus grave, les symptômes dépressifs s’aggravent encore plus chez les futurs médecins. Selon l’enquête, ils sont aujourd’hui 39 % à rapporter des signes de dépression dans la semaine précédant le questionnaire (contre 27 % il y a quatre ans, soit 12 points de plus !).

« Pour renforcer ces statistiques, nous avons cherché à comprendre les facteurs qui provoquent ce mal-être, en construisant le questionnaire avec des universitaires du domaine », précise Nicolas Lunel. Parmi les facteurs de risques les plus fréquents : les difficultés financières, un temps de travail excessif « mais aussi le fait d’avoir subi des violences psychologiques, des violences sexistes ou sexuelles, et des humiliations pendant ses études », souligne le président de l’ANEMF. Des maltraitances qui se produisent en majorité à l’hôpital, « et qui sont presque toujours infligées par des personnes avec une position hiérarchique plus élevée que celle de l’étudiant ou de l’interne. »

« Nous ne pouvons plus continuer d’attendre »

La détérioration de la santé mentale des futurs médecins affole d’autant plus les organisations étudiantes que plusieurs mesures ont été promises ces dernières années par les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé.

« Quatre ans et trois réformes des études de médecine plus tard, à la lumière de la pandémie, quelles sont les avancées réelles  ? En dehors de la création d’une plateforme téléphonique, qui ne figurait pas dans les mesures initiales, et de la campagne ministérielle autour de « Tolérance Zéro, Engagement Total », qu’en est-il de la santé des futurs médecins  ? », s’exaspèrent associations et syndicats, qui martèlent : « Nous ne pouvons plus continuer d’attendre. » « C’est problématique car on se rend compte que rien ne s’est amélioré, il va falloir trouver des solutions concrètes », insiste Nicolas Lunel. Pour le président de l’ANEMF, tout reste à construire, à condition d’y mettre les moyens financiers et humains.

Omerta

Violences sexuelles, burn-out, harcèlement… Un processus clair de remontées des signalements est en construction « pour signaler beaucoup plus facilement les problèmes, mettre fin à l’omerta et éviter que les affaires s’enlisent ou ne soient camouflées », détaille Nicolas Lunel. Il plaide pour un meilleur ancrage local des Centres nationaux d’appui (CNA) à la qualité de vie des étudiants en santé.

Alors que la santé mentale est présentée par l’exécutif comme un enjeu prioritaire, « comment soigner correctement la population si les soignants sont déjà au bord de l’épuisement  ? Si nous ne sommes plus aptes à soigner  ? », s’interroge encore le président de l’ANEMF.

L’ensemble des résultats consolidés de cette enquête seront présentés le 27 octobre, à l’occasion d’un colloque sur le sujet. Les étudiants préviennent déjà qu’ils réclameront « de nouveaux engagements pour la qualité de vie des futurs médecins ».