Luttes et mobilisations

Actusoins - Infirmiers anesthésistes : une profession au bord de la crise de nerfs

24 mars, par Info santé sécu social

22 mars 2016 |

En 2010, ils avaient fait entendre leur voix. Six ans plus tard, les IADE descendent de nouveau dans la rue crier leur colère et leurs revendications.

IADE infirmiers anesthésistes : une profession au bord de la crise de nerfs« Je vous souhaite à tous de bien crier votre colère ! » crie une voix féminine dans le mégaphone. En cette journée de mouvement social du 22 mars, le cortège de IADE en colère parti du Ministère des Affaires Sociales, se déplace dans une ambiance bon enfant mais déterminée, vers le Ministère de la Santé.

C’est une profession avec des compétences actées, et on va leur montrer qu’on ne lâchera pas le morceau ! », poursuit la voix, largement applaudie par la foule.

« Depuis 2010 [et les violences policières subies par les manifestants, ndlr], il n’y a eu que des mesurettes », s’offusque Vincent Porteous, du collectif UFMICT-CGT (Union Fédérale des Médecins, Ingénieurs, Cadres, Tehcniciens).

2500 IADE ont fait le déplacement

Aujourd’hui, les infirmiers anesthésistes veulent plus et la colère gronde dans les rangs. En ce 22 mars, « au moins 2500 IADE ont fait le déplacement, explique-t-il encore. Cela correspond à 30% du métier [ils sont officiellement 9547] ce qui est considérable ». Une proportion colossale, sans compter les assignations qui parfois bloquent les venues, comme c’est le cas de l’hôpital de Bergerac, "dont 100% des IADE sont assignés, ce qui revient à interdire le droit de grève", s’inquiète le syndicaliste.

Les manifestants viennent en effet de toute la France métropolitaine, mais pas seulement : également de Corse, et même de Nouméa !

Sylvie, 35 ans de métier, est l’une de ces manifestantes. Cette dernière, originaire de Manosque, s’est levée à 3h du matin pour en être. « C’est la première fois que je viens à une manifestation pour défendre mon métier », explique-t-elle, sa blouse bleue sur le dos. A ses yeux, la barque est chargée : « Je veux garder l’exclusivité de mon métier, et je trouve que les salaires des jeunes collègues sont indécents. »

Elle résume ainsi les préoccupations d’une profession coincée entre un statut inadéquat, une grille tarifaire trop modeste [un niveau Master payé un niveau Licence, ndlr] et un avenir flou au sein de l’organigramme de santé.

Pour un statut autonome

Jean-Marc Serrat, du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (SNIA) réaffirme que le métier de IADE est un « métier à part, qui mérite un statut spécifique. Notre formation nous donne la faculté d’analyse pour apporter une réponse adaptée à des situations complexes », déclare-t-il, espérant une revalorisation de la grille salariale.

Et de souligner l’importance de ce métier : « Cette profession est la plus autonome de toutes les professions paramédicales. On assure toutes les anesthésies. Si on n’était pas là, le nombre d’anesthésies serait divisé par deux ».

Or la nouvelle loi santé de Marisol Touraine prévoit la création d’une profession intermédiaire entre les médecins et les professions paramédicales : ces infirmiers de pratiques avancées (IPA) bénéficieraient eux d’une grille salariale et d’une reconnaissance d’un statut spécifique, tandis que les compétences des IADE (urgences, douleur, réanimation...) se seraient pas reconnues à leur juste valeur.

Christophe, étudiant de 41 ans, estime que « la manifestation d’aujourd’hui n’est que la partie émergée de l’iceberg ». Gerald Delarue, étudiant et président de l’Association Nationale des Etudiants infirmiers (ANEIA) ne dit pas autre chose : « Nous avons fait du lobbying pour interpeller les députés, qui reprennent les principales revendications des infirmiers anesthésistes. Désormais, on ne veut parler qu’à l’exécutif », affirme-t-il.

En effet, dans les rangs des IADE, le silence de Marisol Touraine agace. Jean-Marc Serrat, pas convaincu par les déclarations de la Ministre de la Santé ce matin, qui chercherait à gagner du temps, attend des réponses claires quant aux revendication initiales. Gerald Delarue va même plus loin : « Si nous n’avons pas de réponse aujourd’hui, nous ne répondons plus de rien : la profession est excédée ».

Delphine Bauer