Le droit à l’IVG

Allo docteur - IVG : la proposition de loi contre les sites de "désinformation" de retour devant l’Assemblée

il y a 5 mois, par Info santé sécu social

Cette proposition de loi socialiste, destinée à étendre le délit d’entrave à l’IVG au numérique est âprement combattue par la droite, elle-même soutenue par les mouvements "pro-life".IVG : la proposition de loi contre les sites de "désinformation" de retour devant l’Assemblée
Les réponses de Véronique Séhier, coprésidente du Planning Familial.

•Si ce texte est adopté à l’Assemblée, le chef de file des députés Les Républicains, Christian Jacob, a déclaré qu’il saisirait le Conseil constitutionnel au nom de la liberté d’expression. Cela vous fait-il craindre que cette mesure ne passe jamais ?

Véronique Séhier, co-présidente du Planning Familial : "Je compte sur le fait que les députés soient suffisamment raisonnables pour comprendre la différence entre atteinte à la liberté d’expression et atteinte à une désinformation. Ce qui est en cause ce n’est pas la liberté d’expression, mais le fait de ne pas donner aux femmes la bonne information pour qu’elles aient accès à un droit très légitime. Et puis informer n’est pas obliger les femmes à avorter. L’important, c’est que les femmes puissent exercer ce droit. Et pour exercer ce droit, il faut bien le connaître, il ne faut pas avoir des informations tronquées ou culpabilisantes."

•Aux Etats-Unis, Donald Trump, dès son arrivée au pouvoir, s’est attaqué à l’IVG en interdisant le financement des ONG qui soutiennent le droit à l’avortement. Ce contexte international vous inquiète-t-il ?

Véronique Séhier : "Effectivement, ce contexte empêche certaines ONG tout simplement de parler d’avortement. Or c’est bien de santé sexuelle des femmes dont il est question. La première mesure qu’a prise Donald Trump, c’est aussi de supprimer les financements aux plannings familiaux qui est la structure qui permet aux femmes d’avoir accès à une information, à la contraception, et à l’avortement, dans de bonnes conditions. On sait que de toute façon, si les femmes n’ont pas accès à l’avortement, elles avorteront. Au risque de leur vie. Donc la mesure qu’a prise Trump signifie que des centres vont fermer et que des femmes continueront à avoir accès à l’avortement en mettant leur vie en danger. Moi j’appelle pas ça être pro-life."

•Que contiennent ces sites de désinformation pour ceux qui ne les connaissent pas ?

Véronique Séhier : "Ils se présentent comme des sites d’information tout à fait objectifs. Or on y trouve des informations assez culpabilisantes. On nous dit qu’un avortement est très dangereux, que c’est risqué. Surtout, il y a un numéro vert que les femmes appellent pour avoir des informations complémentaires et on leur dit : « êtes vous sûres de votre choix ? », « vous savez c’est dangereux d’avorter », « vous risquez d’être stérile ». Ce sont des arguments régulièrement utilisés. Aujourd’hui, en France, l’avortement se fait dans de très bonnes conditions et ces risques là n’existent quasiment pas. Le risque est dans l’avortement clandestin."

•Les femmes trouveront-elles dans les années à venir suffisamment de médecins pour pratiquer les actes d’IVG ? On le sait, aujourd’hui, ces actes sont peu valorisés et les jeunes médecins peu incités à les pratiquer.

Véronique Séhier : "Il y a plusieurs façons d’empêcher l’accès à l’avortement : la loi, et sur la question de la double clause de conscience des médecins sur l’avortement, elle existe toujours et je pense qu’elle ne bougera pas. Mais aussi les structures médicales, et leurs capacités à trouver des personnes pour assurer des avortements. Les questions de contraception et d’avortement en effet ont très peu de place dans la formation initiale des médecins. Le fait qu’on autorise les sages-femmes à pratiquer les avortements est une mesure très importante pour pouvoir multiplier les professionnels en capacité de pratiquer des IVG. Donner accès à l’avortement médicamenteux et par aspiration dans les centres de santé est également une mesure qui va multiplier ces lieux-ressources. Et il faut vraiment qu’on se dirige vers la possibilité, pour les femmes qui le souhaitent, d’accéder à des structures de proximité dans de bonnes conditions quand elles le veulent."