La santé au travail. Les accidents de travail et maladies professionnelles

Allo-docteur avec AFP - Pesticides : le cancer de Denis Bibeyran n’a pas été reconnu comme "maladie professionnelle"

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

Salarié agricole dans les vignes du Médoc pendant 32 ans, Denis Bibeyran est décédé le 12 octobre 2009, à l’âge de 47 ans, d’un cholangiocarcinome, un cancer rare des voies biliaires (qui collectent la bile depuis le foie et l’achemine vers le duodénum). Ce cancer avait été diagnostiqué dix mois plus tôt. Il était tractoriste et directement exposé aux pesticides pendant une vingtaine d’années.

Sa famille estimait que ce cancer avait pour cause l’exposition aux pesticides à l’arsenic manipulé (sous forme d’arsénite de sodium) dans le cadre de son travail, et souhaitait voir requalifier cette pathologie comme "maladie professionnelle". La cour d’appel de Bordeaux a rejeté cette demande, estimant que le lien de cause à effet n’était pas avéré.

Selon Marie-Lys Bibeyran, la soeur de la victime et cofondatrice du Collectif Médoc Info Pesticides, la cour a considéré "que l’arsenic [n’était] cancérogène que pour les tumeurs cutanées et pourrait être un anti-cancéreux pour les tumeurs digestives et notamment un cholangiocarcinome".

L’arsénite de sodium, cancérogène identifié de longue date

L’arsenic est une substance fortement toxique. À faibles doses, elle possède une activité anticancéreuse, et des travaux sur l’animal ont identifié ce type d’activité pour le cholangiocarcinome. Mais dans le même temps, on suspecte que l’exposition à l’arsenic au travers d’une pollution de l’eau potable accroît le risque de cancers hépatiques. Néanmoins le lien reste incertain : les zones où ont été menées ces études présentent également des taux élevés d’infection au virus de l’hépatite B.

"C’est ce que je redoutais le plus : c’est une décision de rejet pur et simple de la demande de reconnaissance post-mortem de maladie professionnelle. Le plus grave, ce sont les motifs de la cour d’appel", a déclaré Marie-Lys Bibeyran. "L’arsenic a été inscrit au tableau des [causes des] maladies professionnelles en 1955, interdit en 73 pour toute l’agriculture mais laissée en circulation pour la viticulture sur dérogation jusqu’en 2001", a rappelé la jeune femme.

Dès 2011, elle avait tenté plusieurs actions devant les instances de la Mutualité sociale agricole (MSA) pour faire reconnaître ce cancer comme maladie professionnelle. Le 7 janvier 2014, le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Bordeaux avait rejeté la demande de reconnaissance de maladie professionnelle, incitant Mme Bibeyran à faire appel de cette décision. "Aujourd’hui, les vignes professionnelles ont un reflet prestigieux à l’étranger [...] Aujourd’hui pour nous, les vignes bordelaises, c’est un cercueil à ciel ouvert", s’est-elle indigné.

La jeune femme était accompagnée par Valérie Murat, dont le père est décédé d’un cancer lié à l’exposition à l’arsenic et reconnu comme maladie professionnelle en 2012. Cette dernière s’est dite "choquée" par cette décision : "dire que l’arsenic est un anti-cancéreux, c’est tuer mon père une deuxième fois". En 2015, le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris a accepté, à la demande de la famille de James-Bernard Murat, d’ouvrir une enquête préliminaire pour "homicide involontaire".

avec AFP