Le droit à la santé

Allo docteurs - Vaccination obligatoire : vos questions, nos réponses

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a déclaré réfléchir "à rendre obligatoire, pour une durée limitée, les onze vaccins destinés aux enfants". Cette décision soulève beaucoup de questions auprès de nos internautes.

Par la rédaction d’Allodocteurs.fr

Rédigé le 16/06/2017

Sommaire
• Pourquoi vacciner ?
• Quels vaccins sont obligatoires en 2017 ?
• D’autres pays d’Europe pratiquent-ils l’obligation vaccinale ?
• Quels sont les arguments en faveur de l’élargissement de l’obligation vaccinale ?
• Combien de vaccin peut supporter un nourrisson ?
• Pourquoi privilégie-t-on les injections combinées ?
• En France les rappels des vaccins obligatoires à l’âge adulte sont-ils obligatoires ?
• L’obligation vaccinale ne contredit-elle pas les lois sur la liberté de soin ?
• Notes

Pourquoi vacciner ?

L’objectif de la vaccination infantile est d’éduquer le système immunitaire des bébés à réagir à certains agents infectieux avant même qu’ils soient exposés au danger. Le principe consiste à exposer l’enfant à une version très affaiblie (voire totalement inerte) de tout ou partie de l’agent infectieux. Une mémoire immunitaire se met en place qui, si le bébé est un jour réellement infecté, lui permettra d’être très rapidement protégé et d’éviter l’infection (ou augmentera les chances d’en atténuer l’expression). Les agents infectieux contre lesquels on vaccine sont ceux qui ont des effets potentiellement graves, voire mortels. Le vaccin, lui, va entraîner une réponse immunitaire sans entraîner de risque de survenue de maladies infectieuses.

Quels vaccins sont obligatoires en 2017 ?

En France, les trois seuls vaccins obligatoires sont le vaccin contre la diphtérie et le tétanos (primo vaccination et rappel à 11 mois) et celui contre la poliomyélite (primo vaccination et rappels, jusqu’à 13 ans). Ces vaccinations ont lieu dans la première année de vie.

Ces trois vaccins sont aujourd’hui combinés dans des vaccins plurivalents [1]. Ainsi, le vaccin hexavalent comporte en plus : la coqueluche, l’haemophilus influenzae type B et l’hépatite B. Chez les nourrissons, sont également recommandés dans les premiers mois de vie le pneumocoque et à l’âge de 1 an, la rougeole, les oreillons, la rubéole.

L’éradication de la variole a entraîné la suspension de l’obligation vaccinale associée en 1984. Quant à la vaccination par le BCG (tuberculose), l’obligation pour la population générale a été remplacée en 2007 par une vaccination sélective chez des enfants à risque élevé, au vu des progrès de l’épidémiologie et du dépistage.

De nombreux autres, bien que seulement recommandés (selon la terminologie officielle), sont jugés indispensables par les professionnels de santé.

D’autres pays d’Europe pratiquent-ils l’obligation vaccinale ?

En Belgique, seul le vaccin contre la diphtérie est obligatoire. Dans plusieurs cantons suisses, seul celui contre la poliomyélite l’est. En Italie, aux trois vaccins obligatoires en France s’ajoute l’hépatite B, l’application de cette obligation étant variable selon les provinces.

Quels sont les arguments en faveur de l’élargissement de l’obligation vaccinale ?

En 2014, le Haut Conseil de santé publique (HCSP) constatait qu’aucun des vaccins introduits au calendrier vaccinal depuis 1964 n’a été rendu obligatoire, alors même que certaines des maladies ciblées constituaient "un fardeau comparable voire plus important que celui des maladies pour lesquelles la vaccination est obligatoire". Dans le collimateur du HCSP : l’hépatite B, et les infections à papillomavirus humains (HPV), respectivement responsables chaque année, en France, d’environ 1 300 décès par cirrhose ou cancer du foie pour le premier et, pour le second, de 1.000 décès par cancer du col de l’utérus. Or, selon une enquête de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), 53% des Français pensent que les vaccins "recommandés" sont moins importants que les vaccins "obligatoires".

Selon Agnès Buzyn, actuelle ministre de la santé, le problème est avant tout celui de l’étendue de la couverture vaccinale nécessaire pour protéger l’ensemble de la population. Concernant la rougeole, en recrudescence en France, "le taux de couverture est de 75% alors qu’il devrait être de 95%", a-t-elle déclaré mi-juin au Parisien. La ministre identifie "le même problème avec la méningite". "Il n’est pas supportable qu’un ado de 15 ans puisse mourir parce qu’il n’est pas vacciné", a-t-elle argumenté.

Combien de vaccin peut supporter un nourrisson ?

L’organisme est capable de réagir simultanément contre un nombre très important d’antigènes [2] distincts, avec la production de différents types d’anticorps associés (et/ou le déclenchement de mécanismes de défenses cellulaires spécifiques). Ces vaccins ne surchargent pas le système immunitaire : le système immunitaire humain a une capacité très importante de répondre aux antigènes. Selon des travaux publiés en 2002 dans la revue Pediatrics [3], l’organisme d’un nourrisson en bonne santé pourrait répondre sans danger à l’administration simultanée de 10.000 antigènes. Un vaccin combinant dix types d’antigènes mobiliserait ainsi moins de 0,1% de son système immunitaire.

Pourquoi privilégie-t-on les injections combinées ?

Les injections de vaccins combinés sont généralement privilégiées aux injections de vaccins contenant un seul antigène, afin de réduire le nombre d’injections.

"Imaginez-vous le nombre [d’injections] que l’on serait amené à faire si on devait séparer [les vaccins] : ce serait invivable pour les enfants, [et les patients] passeraient leur vie chez nous !" résumait le Dr Robert Cohen, pédiatre-infectiologue à l’hôpital intercommunal de Créteil, dans notre émission.

Les agences de santé publique notent en outre que ce mode de vaccination améliore le respect du calendrier vaccinal (moins de rendez-vous médicaux), ce qui permet d’accroître la couverture vaccinale contre de nombreuses pathologies(3).

Plus prosaïquement, les vaccins combinés ont des avantages en termes de stockage, ainsi que de temps consacrés au geste vaccinal (moins de rendez-vous pris, durées de consultations réduites). Il est en outre beaucoup plus simple de vérifier que les rappels sont à jour.

En France les rappels des vaccins obligatoires à l’âge adulte sont-ils obligatoires ?

Non. Les obligations actuelles ne concernent que l’enfant et non les rappels des adultes. De fait, des cas résiduels de diphtérie et de tétanos surviennent encore chez l’adulte. En 2014, le Haut Conseil de la santé publique notait que ces cas restent rares, du fait d’un important taux de vaccination volontaire à l’âge adulte.

L’obligation vaccinale ne contredit-elle pas les lois sur la liberté de soin ?

Comme l’observait le HCSP en 2014, l’obligation vaccinale peut paraître à certains égards en contradiction avec la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, qui instituait "la possibilité de donner à toute personne le choix de refuser des soins." Toutefois, en mars 2015, le Conseil constitutionnel a jugé que la vaccination obligatoire des enfants était "conforme à l’exigence constitutionnelle de protection de la santé". L’institution a notamment relevé jugé "[qu’en] imposant ces obligations de vaccination, le législateur a entendu lutter contre trois maladies très graves et contagieuses, ou [non susceptibles d’être éradiquées]".

Notes

[1] En France, les vaccins combinés disponibles :
•ROR (rougeole, oreillons, rubéole) ; recommandé à 12 mois, puis rappel entre 13 et 24 mois (ou à 9 mois et rappel entre 12 et 15 mois pour les enfants en collectivités).
•DT-Polio (vaccin diphtérique, tétanique et poliomyélitique), recommandé chez l’adulte en rappel d’une vaccination antérieure, à 45, 65 ans, puis tous les 10 ans.
•DTCP (DT-Polio + vaccin coquelucheux), recommandé en rappel chez l’enfant à l’âge de 6 ans, puis entre 11 et 13 ans et à 25 ans.
•DTCP-Hib (DTCP + vaccin contre Haemophilus influenzae type b). Trois injections à 2, 4 et 11 mois.
•DTC-HepB-P-Hib (DTCP-Hib+ hépatite B). Trois injections à 2, 4 et 11 mois.

[2] C’est-à-dire des molécules déclenchant une réponse immunitaire de l’organisme.

[3] Addressing Parents’ Concerns : Do Multiple Vaccines Overwhelm or Weaken the Infant’s Immune System ? P.A. Offit et coll. Pediatrics, 2002. doi : 10.1542/peds.109.1.124