Le handicap

Alternative économique - Le handicap ne coûte pas un bras à la France

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

FRANCK SEURET 09/03/2018

En ce jour d’ouverture des jeux paralympiques d’hiver 2018 à PyeongChang, devinette à 45 milliards d’euros : quelle part de la richesse créée chaque année, la France consacre-t-elle aux prestations sociales dédiées aux personnes handicapées ? Réponse : en 2014, elle y a affecté 2,1% de son PIB. Soit un peu plus que le budget de la défense, pensions comprises (1,8%). « La France n’a pas à rougir (…) du budget qu’elle consacre aux personnes handicapées, assurait récemment, sur Public Sénat, Sophie Cluzel, la secrétaire d’État qui en la charge.On est dans la moyenne haute des pays européens. »

Autant pour le handicap que pour la défense
L’analyse des chiffres ne lui donne pas tout à fait raison. Avec ces 2,1%, la France se situe tout juste au niveau de la moyenne de l’Union européenne à 15, toujours selon la Drees. Seuls huit pays font mieux : les pays du Nord, Danemark en tête avec 4 %, la Croatie, le Luxembourg, la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas. En revanche, les pays d’Europe du sud et les pays anglo-saxons, y affectent une part bien inférieure à la moyenne.

Entre 2009 et 2014, après une quinzaine d’années de progression, ces dépenses1 se sont stabilisées au niveau européen. « La France (+2,7 %) et, dans une moindre mesure, l’Allemagne (+1,5 %) font figure d’exceptions, souligne la Drees. Cette singularité française peut s’expliquer en particulier par [l’instauration en 2005] de la prestation de compensation du handicap (PCH) et par le relèvement progressif du montant de l’allocation adulte handicapé (AAH). »

La prestation de compensation du handicap, allouée aux personnes dépendantes, permet de financer une partie de l’aide humaine et des aides techniques nécessaires. Et le montant de l’AAH, un minimum social attribué aux personnes handicapées, est passé de 666 € en 2009 à 810€, aujourd’hui. Les dépenses en faveur des enfants et des adultes e,n situation de handicap, sont d’ailleurs passées de 1,9 % du PIB en 2005 à 2,1 % en 2014.

Si la France ne fait donc pas figure de mauvais élève, elle a toutefois de la marge de progression. En quantité : la Suède, souvent citée en exemple, consacre 3,5 % de son PIB à ses citoyens handicapées. Mais aussi en qualité : la vie à domicile reste le parent pauvre de la politique française. Le nombre d’heures d’aide humaine attribuées, via la prestation de compensation du handicap, reste souvent largement inférieur à ce dont les personnes handicapées auraient besoin pour vivre dignement chez elles.

Sophie Cluzel veut affecter plus de financements aux services permettant aux personnes de travailler, étudier, vivre en milieu ordinaire… et moins aux institutions spécialisés fonctionnant en circuit fermé. Elle veut encourager « la désinstitutionnalisation ». Mais cette réforme se fera à moyens constants. « L’objectif de ma mission, cen’est pas plus de moyens, c’est des moyens positionnés différemment », a-t-elle expliqué au quotidien La Montagne. Dans les comparaisons budgétaires, la France restera donc un élève moyen.

Article publié en partenariat avec faire-face.fr, le site qui décrypte l’actualité du handicap.